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Pour ce 249ème Track-by-track, un disque mémorable, qui fut pendant longtemps mon grand préféré de Pink Floyd et qui reste un de mes chouchous du groupe et un de mes albums de chevet en général : Wish You Were Here, sorti en 1975. Sorti sous une pochette en allusion aux quatre éléments (le feu au recto, la terre au verso avec ce détournement léger d'un tableau de Magritte, l'eau et l'air dans les illustrations de la pochette intérieure), l'album n'est constitué que de 5 morceaux, pour quasiment 45 minutes, et est une ode à l'absence, celle de Syd Barrett, premier frontman du groupe, parti en 1968, viré pour addiction à la came qui le rendait fou. La chanson-titre et Shine On, You Crazy Diamond parlent de lui. Barrett, pour l'anecdote, rendra visite au groupe à Abbey Road. Méconnaissable (quasiment chauve, bouffi, grossi), il leur demandera gentiment à quel moment il devra jouer ses parties de guitare (il n'avait, sur lui, outre ses fringues, qu'une brosse à dents...), et Waters dira ne pas l'avoir reconnu de suite (il dira aussi que, quelques heures plus tard, en comprenant que c'était Syd, il se mettra à pleurer). Tout l'album est une sorte d'allusion à ce génie devenu fou, et cet album, le voici :

Shine On, You Crazy Diamond 1 : Magnifique, grandiose. En 13,30 minutes, cette première partie de Shine On, You Crazy Diamond est tout simplement fantastique. Oui, c'est le sommet de l'album. Avec sa longue, très lugubre et atmosphérique intro (qui me filait les jetons, gamin, mais pas autant que le morceau suivant) et son riff de guitare remarquable (ce fameux thème qui surgit après l'introduction), Shine On, You Crazy Diamond 1 est un morceau mémorable. Une pièce musicale quasiment indescriptible, que je connais par coeur (l'irruption de la voix de Gilmour, Remember when you were young, you shone like the sun, shine on, you crazy diamond/Now there's a look in your eyes, like black holes in the sky, shine on, you crazy diamond ; le solo de saxophone...), ce qui ne m'empêche pas de ne pas pouvoir la décrire ici, tant elle échappe à toute tentative de description. C'est immense.

Welcome To The Machine : Autrefois, quand j'étais môme et que j'ai découvert l'album (je devais avoir dans les 10 ans), ce morceau me tétanisait. Il ne me faisait pas peur, non, il me faisait ch... dans mon froc, carrément. A cause de plusieurs choses : l'intro très expérimentale et glaciale, la voix de Gilmour, bidouillée et rendue quasiment inhumaine, le final étrange avec ce bruit de sirène qui va dans les aigus (comme dans le final du Parachute des Pretty Things) et ces bruits de foule, et, aussi, l'ambiance générale, pas guillerette pour un sou. D'une longueur de 7,25 minutes, Welcome To The Machine est un morceau immense qui, aujourd'hui, ne me fait évidemment plus du tout peur, mais me laisse quand même un peu mal à l'aise, il faut dire que c'est vraiment space. La voix de Gilmour est si étrange qu'elle est méconnaissable (je pensais, au départ, que c'était celle de Waters en train de hurler, car il suffit d'écouter l'album The Final Cut pour se rendre compte que quand il braille, Waters a une voix radicalement différente de sa voix classique, mais c'est bien Gilmour), les paroles parlent de frustrations diverses (école, etc). Au final, très étrange et grandiose chanson.

Have A Cigar : Ouvrant la face B, Have A Cigar est le morceau le plus court de l'album (seulement 5,05 minutes), et c'est aussi un des plus à part de toute la discographie, de tout le répertoire floydien : il est, en effet, interprété ni par Gilmour, ni par Waters, ni par Wright, même pas par Mason (et ne parlons pas de Syd, voulez-vous), mais par Roy Harper, un folkeux anglais ami du groupe, qui a accepté de chanter sur la chanson (Led Zeppelin rendra hommage à ce chanteur, en 1970, via la chanson Hats Off To (Roy) Harper). C'est la seule chanson du groupe à être chantée par un chanteur extérieur au groupe ! Have A Cigar est, ma foi, franchement excellente (mais c'est aussi le morceau le moins exceptionnel de l'album), une chanson très rock qui parle de la consécration, d'un groupe qui grimpe dans les charts, connaît le succès. Les paroles semblent être prononcées, dans le sujet, par un producteur, qui s'extasie face au succès du groupe et leur propose un cigare pour la peine. Un excellent solo de guitare achève le morceau, qui se termine d'ailleurs d'une façon assez spéciale, un effet 'radio' : le son baisse brutalement de puissance et devient criard et petit, comme issu d'un transistor. Effet radicalement réussi et en osmose avec l'intro du morceau suivant, qui est...

Wish You Were Here : Comme jel'ai dit juste avant, entre le final de Have A Cigar et l'intro de cette chanson, c'est l'osmose totale (et aucune pause, tout s'enchaîne). Wish You Were Here, 5,40 minutes, commence par un bruit de radio qu'on bidouille, un zappe, les fréquences changent, jusqu'à ce qu'on entende une intro à base de guitare acoustique. Le morceau démarre alors, magnifiquement, arpèges assez mélodiques, mélancoliques, bluesy. Le chant (de Gilmour) surgit alors, pour nous offrir des paroles tout simplement superbes sur l'absence d'un proche (il s'agit, même s'il n'est jamais cité, de Syd Barrett). La chanson, mémorable, une des meilleures du groupe, est inoubliable. Oh I wish, how I wish you were here/We're just two lost souls swimming in a fish bowl, years after years/Running over the same old ground, what have we found ? The same old fears/Wish you were here. C'est tellement beau, tellement fort, que c'est au-delà des mots. Et ce solo acoustique, magnifique, qui vient se fondre dans l'intro atmosphérique du dernier morceau... Beau à pleurer dans sa bière.

Shine On, You Crazy Diamond 2 : Le final, 12,20 minutes. Comme son nom l'indique, c'est la deuxième partie de Shine On, You Crazy Diamond. Comme certains l'ont fait remarquer, Shine On, You Crazy Diamond 2 est moins grandiose que la première partie. Oui, en effet, cette deuxième partie s'essouffle un petit peu, semble moins marquante. Un seul couplet, survenant bien plus tôt (au bout de 4-5 minutes) que ceux de la première partie, et une allusion à See Emily Play, fameuse chanson du groupe dans la période Barrett (rappelons que le morceau, dans sa totalité, est une allusion/hommage du groupe à Syd Barrett), dans le final, via quelques notes succintement jouées, au moog, par Rick Wright, il faut bien connaître le morceau pour s'en rendre compte (surtout que c'est vraiment dans le final, dans le fade-up). Cette deuxième partie achève remarquablement bien l'album, elle est moins grandiose que la première, mais n'en demeure pas moins franchement belle et planante. Fantastique !

 Pour finir, que dire, donc, au sujet de Wish You Were Here ? Un classique absolu, interprété à la perfection (Gilmour et Wright auront rarement aussi bien joué, sur un disque du groupe, qu'ici), magnifiquement produit, une merveille qui vous emporte, durant 44 minutes, dans un univers fabuleux. Pour moi, ce disque symbolise (assez connement, d'ailleurs) l'été, car c'est en été que je l'ai découvert, et c'est en été que je l'écoutais le plus souvent, allongé dans le jardin, avec le walkman sur les oreilles, yeux fermés, à l'écoute de l'intro atmosphérique de Shine On, You Crazy Diamond 1 ou des arpèges mélancoliques de la chanson-titre. A cause de ça, je ne peux m'empêcher de penser à l'été, aux vacances, en écoutant ce disque qui, pourtant, est assez froid, musicalement parlant (quand je vous disais que cette association d'idées était conne) ! Un des trésors du Floyd, un disque immense dont une version ultra-méga-collector sortira en novembre (idem pour The Dark Side Of The Moon et The Wall). J'ai déjà hâte de l'avoir, même si elle me coûtera la peau d'une couille, voire même des deux !