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Pour ce 248ème Track-by-track, un des classiques du rock psychédélique anglais, sorti en 1967 sous une pochette bien dans l'air de son temps : Disraeli Gears. C'est le deuxième album de Cream, groupe constitué de Jack Bruce (chant, basse, piano), Eric Clapton (guitare, un peu chant) et Ginger Baker (batterie, parfois chant). Court (11 titres, 33 minutes), c'est un album rempli de grandes chansons du genre et du groupe, mais que j'ai mis énormément de temps à aimer. Même si je pense toujours que le meilleur album du groupe (qui n'en a pas fait beaucoup, le groupe n'a existé que de 1966 à 1969 et a fait quatre albums studio) est Wheels Of Fire, double album de 1968 à la fois studio et live, je dois reconnaître que Disraeli Gears est important. Son titre vient d'un roadie du groupe qui, défonçé, leur parla un jour d'une biyclette avec, en anglais dans le texte, des dérailleurs gears. Mal prononcé, c'est devenu le titre de l'album, que voici détaillé :

Strange Brew : Excellente chanson, parfaite pour ouvrir l'album. Un jeu de guitare fantastique, un chant (de Bruce et Clapton) également fantastique, une rythmique parfaite, Strange Brew est une des meilleures chansons de l'album et du groupe. C'est tout simplement un modèle de blues-rock, un peu psychédélique (mais pas autant que ne le seront, au hasard, Tales Of Brave Ulysses ou Dance The Night Away). Une chanson un peu courte (mais ce n'est pas non plus la plus courte de Disraeli Gears), qui ouvre l'album sur une note franchement remarquable.

Sunshine Of Your Love : Le plus gros classique de Disraeli Gears et de Cream. Sunshine Of Your Love est tellement immense qu'Hendrix la reprendra, en version instrumentale (voir Valleys Of Neptune, album de prises et morceaux inédits sorti en 2010). Interprété par Bruce et un peu par Clapton, le morceau bénéficie d'un des plus grands riffs de l'histoire du rock, et d'une interprétation tout simplement éblouissante, quintessentielle, exceptionnelle. Je préfère m'arrêter là, car il vaut mieux écouter que trop parler dessus, c'est tellement indescriptible...Et puis si vous aimez le rock, logiquement, vous connaissez cette chanson !

World Of Pain : Excellente chanson, bénéficiant d'un chant parfait (Clapton et Bruce), d'un jeu de guitare remarquable de Clapton. World Of Pain ne fait pas partie des plus connues et de l'album, et du groupe, et ce n'est peut-être pas la chanson la plus exceptionnelle des 11 de l'album, mais elle fait partie des bonnes surprises, une chanson franchement excellente, excellemment bien interprétée. La production est sans doute un peu moins bonne ici que pour les autres chansons (disons que le son semble un peu ecrasé, plat, ça a moins bien vieilli que la précédente chanson). Mais rien de grave, le morceau reste excellent.

Dance The Night Away : Rien à voir avec la chanson que le groupe de hard-rock américain Van Halen fera quelques 12 ans plus tard (et qui n'est donc pas une reprise de Cream, c'est ce que je voulais dire). Dance The Night Away est une des meilleures absolues de Disraeli Gears, une chanson mémorable, dotée d'un jeu de guitare tout simplement immense (mais pas le plus recherché qui soit non plus) et d'une interprétation tout simplement grandiose, là aussi. Si toutes les chansons de l'album avaient été de ce tonneau, on tiendrait un sommet absolu et intouchable ! Immense, quoi. Et très psychédélique !

Blue Condition : Achevant la face A, Blue Condition est une des plus mauvaises chansons de l'album et de Cream. C'est le batteur Ginger Baker qui la chante (une autre version existe, chantée par Clapton, meilleure), et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il est largement meilleur batteur (un des meilleurs qui soient) que chanteur ! Mon Dieu ! Chant franchement pataud et poussif, musique aussi pataude et poussive, cette chanson est vraiment une catastrophe musicale... Allez, on passe à la suivante ? Qui est...

Tales Of Brave Ulysses : Une pure merveille, ouvrant la face B sur une note très psychédélique. Une chanson d'épopée vraisemblablement inspirée par Homère que ce Tales Of Brave Ulysses franchement mémorable, interprété par un Jack Bruce en grande forme. Paroles totalement absconses et incroyables, guitare sensationnelle d'Eric Clapton, chant parfait, cette chanson n'a qu'un défaut, ne pas durer très longtemps, mais à part ça, elle est tout simplement exceptionnelle, une des trois meilleures de l'album avec Sunshine Of Your Love et Dance The Night Away !

SWLABR : Titre assez étrange que ce SWLABR. Pas forcément le morceau en lui-même, qui est très rock et permet encore une fois à Clapton de briller, niveau guitare. Le chant de Jack Bruce assure aussi, même si j'ai toujours eu un petit peu de mal avec sa voix. Non, c'est le titre de la chanson qui est bizarre. Et c'est un titre raccourci, le groupe a conservé la première lettre de chacun des mots qui composait le premier titre, long, de la chanson : She Was Like A Bearded Rainbow ('Elle était comme un arc-en-ciel barbu'). Et tout deviendra clair, comme le chantait les Tranxen 200, alias les Inconnus, et vice et versa... Pour redevenir sérieux, on peut dire que, vraiment, ce SWLABR est une réussite de plus pour l'album, une excellente chanson psychédélique, aux paroles bien délirantes par moments. Super !

We're Going Wrong : Morceau assez étrange, lent, hypnotique et sombre, qui a toujours fait partie des morceaux les moins appréciés des fans de Cream et de l'album, allez savoir pourquoi. We're Going Wrong est quand même une bien belle chanson, je ne suis pas fan de la voix de Bruce, mais je dois reconnaître qu'ici, elle est parfaite, lente, languissante, sombre (le morceau est tout sauf gai), envoûtante, comme le climat général de cette chanson vraiment à part et fantastique. C'est vraiment un des morceaux les plus à part, si ce n'est le morceau le plus à part, mais c'est aussi un des meilleurs, je pense !

Outside Woman Blues : Un blues-rock remarquable mais court (2 minutes et des poussières) interprété par Eric Clapton, qui livre une de ses rares interprétations solo au sein de Cream (le guitariste ne voulait pas chanter, à la base, mais le fait que d'autres guitaristes tels que Hendrix ou Jeff Beck se mettent au chant en plus de leur instrument l'a quelque peu convaincu). Outside Woman Blues possède un jeu de guitare juste fantastique qui prouve, s'il fallait le prouver (et dans ce cas, les exemples abondent) à quel point Clapton mérite son surnom de God ('Dieu'). Niveau chant, il chantera encore mieux par la suite, mais sa voix si flegmatique est parfaite, elle va bien avec l'ambiance bluesy du morceau, qui, définitivement, est beaucoup trop court. Autant le dire tout de suite, c'est le dernier bon morceau de l'album.

Take It Back : Interprétée par Bruce, Take It Back est probablement, avec Blue Condition, la plus mauvaise chanson de l'album (le morceau suivant n'est pas à proprement parler une chanson, mais il est, sinon, aussi très mauvais). Qu'a-t-on de bien sur ce titre ? La guitare de Clapton, la batterie de Baker, comme toujours fantastiques. Bruce a toujours été un excellent bassiste. Musicalement parlant, ça peut donc aller, ce n'est pas SWLABR ou Strange Brew, mais ça passe. L'interprétation vocale, en revanche, m'insupporte au plus haut point. Pas à cause de la voix de Bruce (j'ai déjà expliqué que ce n'est pas ce que je préfère chez Cream), mais en fait, je ne sais pas pourquoi. J'ai l'impression que c'est forcé, ici, quelque chose m'énerve vraiment avec cette chanson. Elle est vraiment inférieure aux précédentes (sauf à la 5) !

Mother's Lament : Final très court (1,45 minute) interprété en choeur par le trio crémier, sans grand accompagnement musical (piano). Mother's Lament est une nursery rhyme, une comptine musicale traditionnelle, racontant le calvaire d'une mère et de son bébé. L'impression générale, à l'écoute de ce final aussi étonnant que vraiment nul, est que le groupe semblait un peu bourré (ça fait un peu chanson de bistrot, accoudé au comptoir, un verre de bière à la main). Les voix, inégales (Ginger Baker, comme je l'ai dit plus haut, ne chante pas très bien, et on l'entend vraiment pas mal sur ce titre), accentuent cet état de fait. On a l'impression d'écouter des poivrots dans un pub, ça fait tout sauf réussi. Heureusement, c'est court.

 Alors, au final, que dire ? Album totalement psychédélique, riche en grands moments claptoniens (on dit parfois que Clapton n'a jamais aussi bien joué que sur cet album ; Clapton lui-même estime que c'est le cas pour l'album Layla And Other Assorted Love Songs de son groupe Derek & The Dominoes, et je pense pareil) et en superbes chansons. Alors bon, c'est vrai, l'album n'est pas totalement parfait, il possède quelques (rares, quand même : il n'y en à que 3) chanson vraiment ratées, et deux d'entre elles, héas, achèvent l'album (l'autre, comme je l'ai dit plus haut, achève la face A). Malgré cela, Disraeli Gears est un excellent cru de rock psychédélique et un disque quasiment essentiel pour tout amateur de rock psychédélique, et de rock tout court (et de Clapton). Vraiment excellent !