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Pour ce nouveau Track-by-track, un disque à part, vraiment à part. Il y à quelques temps, j'ai abordé, ici, dans cette catégorie, Metal Machine Music de Lou Reed. Hé bien, voici encore un disque totalement inclassable et à la réputation dégueulasse. A la différence qu'il est, dans un sens, plus 'musical' que le Lou Reed. Ce disque, sorti en 1969, c'est Unfinished Music #2 : Life With The Lions, deuxième album du tandem John Lennon/Yoko Ono. Sous sa pochette représentant Yoko, alitée, après une fausse-couche, et un Lennon prostré à côté du lit, tous deux ravagés par une douleur muette (au dos, une photo de John et Yoko, enlacés, après la libération du couple, qui furent arrêter momentanément pour détention de drogues douces) se cachent 50 minutes totalement weird. En 5 titres, dont un qui occupe toute la face A. Ce disque, le voici :

Cambridge 1969 : 26,30 minutes occupant toute la face A. Accrochez-vous (mieux que ça) : Cambridge 1969, enregistré le 2 mars 1969 à l'université de Cambridge (sinon, le titre n'aurait rien d'intéressant), est une longue, looooooongue improvisation mettant en scène, surtout, la terrifiante Yoko, qui pousse, ici, des cris sauvages et givrés. Dès le départ. La première fois, j'ai tenu trois minutes, et maintenant, je pense que je n'en tiendrait que deux. Mais j'ai quand même réussi à écouter ça deux fois dans ma vie ! Avant-gardiste à mort, c'est un morceau totalement space, malade de chez malade, et limite flippant (pas que limite, en fait). Se dire que Lennon a laissé Yoko faire ça, pire, qu'il approuvait et appréciait, quelque part, ça fait réfléchir... A noter que tout le Wedding Album est constitué de ça (deux longs morceaux aussi timbrés que ça) !

No Bed For Beatle John : La face B s'ouvre sur l'unique chanson de l'album (oui, je sais, ça fait peur, hein, pour la suite de l'album ?), No Bed For Beatle John, d'une durée de 4,40 minutes. Cette chanson raconte les différents déboires que le couple a connus depuis un an et demi (scandale de la pochette et du contenu de Two Virgins, les bed-ins qui font aussi scandale, les emmerdes au sein du groupe), le tout raconté, chanté, par le duo, qui se contente de lire des articles de presse les concernant et relatant ces divers déboires. Comme la chanson des Beatles (de la même année) The Ballad Of John & Yoko, mais en version avant-gardiste. C'est un peu space, mais ça se laisse écouter. Apparemment enregistré, comme toute la face B, dans la chambre d'hosto de Yoko.

Baby's Heartbeat : Comme je l'ai dit en intro, la pochette de l'album a été faite à l'hôpital, après la fausse-couche de Yoko. Ce morceau et le suivant ont été enregistrés à l'hôpital. Celui-ci a été enregistré avant la fausse-couche, puisqu'il ne consiste, sur 5 minutes, que dans le bruit des battements du coeur du bébé, in utero, bref, c'est le son donné par une échographie. Difficile, très difficile d'écouter ça sans ressentir un malaise : en effet, on sait que le bébé (qui se serait appelé John Jr s'il avait survécu) est mort-né. Il est donc immortalisé ici, et entendre, monstrueusement amplifié, ces petits battements de coeur, ça fait quelque chose de bizarre et même de flippant. Et c'est accentué par le morceau suivant.

Two Minute Silence : Les plus grandes douleurs sont muettes. Après le glaçant Baby's Heartbeat, voici Two Minute Silence, qui mérite bien son nom. En effet, pendant deux minutes, vous n'entendrez strictement rien, que du silence absolu. Reposant, direz-vous ? Oui, dans un sens, même et surtout si ce silence symbolise la mort du bébé que Yoko portait, et qu'il est difficile, donc, d'écouter ce silence sans ressentir un profond malaise... Les mauvaises langues diront que c'est le meilleur morceau de l'album, voire même du tandem Lennon/Ono, qui feront encore un disque avant-gardiste, Wedding Album, avant de passer à un son rock et classique.

Radio Play : Pendant 12,35 minutes, Radio Play nous permet d'entendre Lennon tripatouiller les boutons d'une radio afin de chercher des fréquences. Sorte de version grandeur nature de Revolution 9, en quelque sorte, le morceau contient autant de courts passages vocaux ou musicaux (extraits de programmes radiophoniques) que de bruits de larsen et de recherche de fréquences. On entend aussi Lennon au téléphone, et des extraits de Ob-La-Di, Ob-La-Da à un moment donné. C'est long, terriblement long, horriblement long...

 Au final, que dire ? Unfinished Music #2 : Life With The Lions, qui fait suite au bien connu (pochette scandaleuse montrant le couple debout, nu, de face et de dos) Unfinished Music #1 : Two Virgins de 1968 (et qui était plus sobre niveau durée, mais pas niveau contenu), est un disque totalement givré. Quasiment inaudible. La face  est tout simplement insoutenable, et si la B est plus écoutable, elle n'en demeure pas moins totalement malade. Au final, donc, je ne peux pas dire que j'aime ce disque. Mais, curieusement, je ne le hais pas non plus, contrairement au précédent album du couple et à leur suivant (Wedding Album, qui sera leur dernier disque de ce genre). En fait, même si j'écoute TRES rarement ce disque (je l'ai depuis plusieurs années, et je ne l'ai écouté que deux fois en tout), j'éprouve un peu d'affection pour lui. Enregistré dans des conditions assez difficiles, c'est un des albums, au monde, qui reflète le mieux la situation personnelle, privée, de l'artiste (des artistes, en l'occurence) l'ayant fait, une sorte de journal intime certes impudique, mais assez sincère. Bref, c'est barge, le plus souvent inaudible, mais, quelque part, intéressant !