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Pour ce nouveau et 238ème Track-by-track, un disque assez particulier, car il s'agit d'une compilation. Mais pas n'importe laquelle : Relics, de Pink Floyd. Sortie en 1972, c'est une compilation mythique qui existe en CD et propose aussi bien des morceaux issus des albums de la période 1967/1969 que des morceaux de la même époque, mais inédits en album (sortis en singles seulement, et même un inédit total). Assez long (49 minutes), cet album à la pochette conçue par Nick Mason (batteur du groupe) est une bien belle réussite, même si ceux d'entre vous qui possédez les trois premiers albums du groupe auront des doublons s'ils se procurent cet album. Un album qui fait la part belle au côté psychédélique du groupe, et que voici (je me suis permis de reprendre mes avis sur les chansons déjà présentes sur les albums studios du groupe, tous abordés en TBT, comme par exemple pour Bike ou Cirrus Minor) :

Arnold Layne : C'est somme toute absolument normal d'ouvrir Relics (et aussi de l'achever, voir la dernière chanson) par un morceau signé Syd Barrett. Arnold Layne, datant de 1967, est sorti en single (avec Candy And A Currant Bun en face B), et est une des chansons les plus mythiques du groupe. Elle est absente de tout album studio, mais se trouve sur Relics et sur la réédition collector 3 CDs de The Piper At The Gates Of Dawn sortie en 2007 (sur le dernier disque, sur lequel Candy And A Current Bun se trouve aussi). La chanson parle d'un jeune homme, un travesti, qui passe son temps à voler les vêtements et sous-vêtements féminins sur les cordes à linge. Chanson qui se classera assez haut dans les charts, mais qui attisera la colère de certaines ligues de vertu en raison du sujet, Arnold Layne est une chanson remarquable.

Interstellar Overdrive : Et voici Interstellar Overdrive, qui marquait l'ouverture de la face B de The Piper At The Gates Of Dawn (1967) avec ses 9,40 minutes (de loin, morceau le plus long de l'album, et de Relics) instrumentales. Si les chansons de l'album sont essentiellement en forme de comptines psychédéliques faussement sages, Interstellar Overdrive, lui, est un morceau totalement barré (Barrett ?), remplis de feedbacks, de soli dingues de chez dingues, rythmique spatiarde, ambiance intergalactique et planante, un petit peu oppressante parfois aussi. Même si The Piper At The Gates Of Dawn est un disque largement différent du reste de la discographie floydienne, on sent quand même les prémices de morceaux tels que A Saucerful Of Secrets ou Set The Controls For The Heart Of The Sun ici. Immense. A noter, cette version présente sur Relics a subi une modification assez légère : le final assez abrupt est, ici, atténué par un fade-up !

See Emily Play : Immense chanson, reprise plusieurs fois et notamment par Bowie en 1973 sur son Pin Ups. Datant de 1967, See Emily Play est sortie en single et est bien entendue signée Syd Barrett. Absente de tout album du groupe, elle est tout simplement merveilleuse, cultissime, difficile d'en parler en fait. La face B du single était Scarecrow, chanson qui, elle, se trouve sur le premier album studio du groupe. See Emily Play, dont on entend rapidement quelques mesures jouées au moog à la toute fin de Shine On, You Crazy Diamond, Part II (sur Wish You Were Here, album qui parle de l'absence de Barrett), est une chanson indémodable. Je préfère m'arrêter là plutôt que de somber dans le cliché en continuant !

Remember A Day : Rick Wright, claviériste décédé en 2008, était probablement mon Floyd préféré, grâce à ses chansons. Entre 1968 et 1972, il casera une chanson par disque environ, avec l'exception de Meddle et de More - Soundtrack. Comme s'il savait à l'avance qu'il ne ferait rien, vocalement parlant, sur deux disques futurs du groupe, il s'est lâché sur A Saucerful Of Secrets, et nous offre non pas une, mais deux chansons. Remember A Day est la première, et la meilleure des deux, et accessoirement la seule chanson de A Saucerful Of Secrets présente sur Relics. On ne saurait mieux définir la chanson que par le terme 'nostalgique'. C'est une chanson qui rappelle à ses auditeurs un temps révolu, l'enfance, l'adolescence, une chanson douceâtre, sur laquelle Syd Barrett joue, et qui possède un parfum de nostalgie, de mélancolie, accentué par la voix aigue et douce de Wright. Inoubliable.

Paintbox : Sortie en 1967, en face B du single Apples And Oranges (laquelle chanson, de Barrett, ne se trouve sur aucun album studio officiel, comme Paintbox, mais se trouve cependant sur le troisième disque de la réédition 2007 de The Piper At The Gates Of Dawn), Paintbox est une chanson entièrement interprétée par Wright. Elle était créditée au nom Paint Box (séparé, donc) sur le single, et se distingue par plusieurs choses : le piano de bastringue, les paroles assez sombres qui parle d'un mec ayant passé la nuit précédente à se saoûler la gueule, sujet assez étonnant pour le groupe, et de longs passages de batterie. Achevant la face A de Relics, c'est une chanson franchement réussie, une des meilleures de celles interprétées par le claviériste du groupe, mon Floyd préféré, hélas mort en 2008.

Julia Dream : Ouvrant la face B, Julia Dream est une chanson interprétée (et écrite) par Waters, qui se trouvait en face B d'une chanson elle aussi sortie uniquement en single et jamais en album, It Would Be So Nice (laquelle était interprétée par Wright), en 1968. Je ne sais pas où on peut écouter It Would Be So Nice autrement que sur le Net (j'ai vérifié : sur la compilation The Early Singles), mais Julia Dream a donc l'honneur de se trouver sur Relics. Avec sa mélodie à base de flûte et de guitare acoustique, cette chanson est totalement psychédélique et très douce, enivrante. Une bien belle chanson, pas un sommet absolu, mais, franchement, elle mérite la découverte !

Careful With That Axe, Eugene : La version studio d'une chanson déjà présente sur un album du groupe (Ummagumma), mais en version live. Cette version studio dure 5,45 minutes, soit 3 minutes de moins que la version live. Elle est moins marquante, mais tout de ême extraordinaire. Careful With That Axe, Eugene, qui sera remakée par le groupe en 1970 pour la bande-son de Zabriskie Point (sous le titre Come In, N°51, Your Time Is Up), reste un grand moment, instrumental, de tension psychédélique qui reflète bien la violence latente, la folie contenue, de la musique du groupe entre 1968 et 1970. Immense !

Cirrus Minor : Issu de la bande-son du film More de Barbet Schroeder de 1969, tout comme le morceau suivant (qui suit directement Cirrus Minor sur l'album More Soundtrack d'ailleurs). J'ai longtemps cru que c'était Roger Waters (par ailleurs auteur unique du morceau) qui interprétait ce titre, mais il s'agit en fait de David Gilmour (c'est pareil pour The Nile Song, Cymbaline et Ibiza Bar, c'est Gilmour aussi qui chante). Intro lente, on y entend des pépiements d'oiseaux, nombreux, et une guitare acoustique qui, lentement, arrive. Le chant de Gilmour est lent, morne, accompagné de la guitare et d'un orgue Farsifa très très envoûtant, hypnotique, l'effet est totalement lysergique. Une sorte de mélodie gothique, très planante, un des sommets de l'album, apparaissant dans le film dans une scène où Stefan (Klaus Grünberg, le personnage principal) est en plein trip d'héroïne, avachi contre le mur extérieur de la petite maison qu'il habite, dans les collines d'Ibiza... Effet hallucinogène assuré, et morceau juste puissant.

The Nile Song : Une pure tuerie hard-rock, limite grunge en fait, chantée (non : hurlée !!!) par Gilmour, et dont Ibiza Bar, morceau situé plus loin sur l'album, semble être un calque plus 'apaisé'. Le moins que l'on puisse dire, c'est que The Nile Song, qui apparaît dans une scène de soirée hippie dans un appartement branché parisien (dans le film More de Schroeder, 1969), est un des morceaux les plus violents du groupe avec Young Lust (The Wall, 1979) et Not Now John (The Final Cut, 1983). Guitare saturée, chant braillé, rythmique ahurissante, aucun répit, ce morceau détonne totalement, surtout après un morceau aussi envoûtant et lent que Cirrus Minor ! Le placer sur Relics me semble être une bonne idée, car le morceau gagne vraiment à être connu.

Biding My Time : Un morceau assez long (5,20 minutes) et très réussi, interprété par Waters (qui l'a écrite), le seul et unique vrai morceau inédit de Relics si on excepte la version studio de Careful With That Axe, Eugene. Cette chanson possède une atmosphère jazzy remarquable et a été conçue en 1969, initialement pour se trouver sur Ummagumma. Biding My Time a été joué live dans la fameuse suite The Man And The Journey (qui n'a jamais été placée sur un album officiel mais doit se trouver sur des bootlegs difficiles à trouver), dans laquelle plusieurs morceaux tels que Grantchester Meadows, Quicksilver, Cymbaline, The Narrow Way ou Green Is The Colour furent jouées, en 1969, certains titres furent modifiés pour se trouver sur des albums studio, d'autres existaient déjà dans d'autres formes. Possédant un solo de guitare de 3 minutes environ (un des plus longs enregistrés par le groupe), Biding My Time est vraiment une réussite, et la seule vraie rareté de l'album. je ne vais pas aller jusqu'à dire qu'il faut acheter Relics uniquement pour cette chanson, mais c'est en tout cas une des raisons pour avoir ce disque chez soi !

Bike : Sous des aspects enfantins, sous des dehors de comptine pour gosses, Bike est une des chansons les plus barges de l'album The Piper At The Gates Of Dawn (comme pour Relics, elle achève aussi l'album de 1967). Et pas seulement à cause de son final bruitiste durant lequel on entend, pendant une trentaine de secondes, des mécanismes d'horlogerie et bruits divers et variés ! La chanson est une allusion, discrète mais vraie, à une légende urbaine bien connue des amateurs de drogues : le LSD aurait été inventé, dans les années 40, par un chimiste suisse qui manipulait l'ergot de seigle et qui, un jour, se sentant quelque peu fièvreux et imputant ça à un début de grippe, rentra chez lui en vélo ('bike'), sans se douter qu'il venait, en manipulant ainsi l'ergot de seigle, de se shooter. Il rentra donc en vélo chez lui à travers la campagne, en vivant un petit trip durant son trajet de retour... La chanson, terriblement réussie, est donc faussement simpliste, avec paroles assez amusantes et légères, musique comme issue d'une fête foraine et chant insouciant. Mais elle cache un secret, donc...

 Au final, donc, Relics est une assez bonne compilation, qui a le mérite d'offrir en partie des chansons jusque là inédites en album. Le seul reproche est que la compilation contient trop de morceaux déjà présents sur les albums (normal, c'est une compilation). Il aurait mieux valu faire une compilation de raretés uniquement, avec, à la rigueur, un ou deux titres issus des albums (mais pas trop connus, comme les deux de More Soundtrack ou Remember A Day) afin de rendre Relics encore plus intéressant. Mettre Apples And Oranges, Point Me At The Sky, Embryo ou It Would Be So Nice, par exemple. Mais on ne va pas trop chipoter non plus, cet album qui n'en est pas un est quand même franchement bien. Pour fans du groupe, surtout !