3

Pour ce nouveau et 236ème Track-by-track, j'ai le plaisir de vous proposer un des albums les plus cultes et connus de tous temps, j'ai nommé Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band, sorti en 1967, le fameux album des Beatles. Sorti sous une pochette magnifique et culte représentant les Beatles en tenue de fanfare, à côté de leurs reproductions en statues de cire et entourés d'une foule de célébrités en reproductions de carton (et devant un parterre de fleurs), l'album est mythique, et est une sorte d'album conceptuel, même si ce concept est plus celui d'un faux groupe (la Fanfare des Coeurs Solitaires du Sergent Poivre) jouant pour un faux public (bruit de foule au début) qu'une histoire racontée par les 13 morceaux (pour 39 minutes) de l'album. Le titre vient d'une discussion entre McCartney et un des exécutifs de l'entourage du groupe, dans un voyage en avion. Ils parlaient de sel et de poivre ('salt and pepper') qui fut mal compris en 'sergeant Pepper' ! L'idée est assez rapidement venue à Macca de faire un disque qu'ils sortiraient sous un faux nom (de ce fait, sur la tranche de l'album, il n'y à marqué que le nom de l'album). L'album est tellement mythique qu'on pourrait faire un livre dessus. Si en plus on y rajoute les prétendues preuves de la mort de Macca en 1965 et depuis disséminées dans les pochettes et chansons, alors on tient un disque totalement mythique, que voici :

Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band : Morceau introductif commençant par une sorte de bruit de foule. Un excellentissime riff de guitare, une mélodie imparable, lance le morceau. It was 20 years ago today, Sergeant Pepper told his band to play... Le chant de Macca est juste parfait, impossible de ne pas imaginer les Beatles comme sur la pochette, en tenue, à chanter devant un parterre de spectateurs. Le morceau est court (2 minutes) et sert à introduire l'album plutôt qu'à autre chose. Le morceau se finit alors que Macca demande aux gens d'applaudir le seul, l'unique Billy Shears, et la Fanfare des Coeurs Solitaires du Sergent Poivre, et le morceau se fond dans le suivant, qui est...

With A Little Help From My Friends : Une pure merveille écrite par Lennon et Macca, mais interprétée par Ringo Starr. Chanson immense qui sera reprise un an et demi/deux ans plus tard par Joe Cocker, With A Little Help From My Friends est une pure merveille. What do you see when you turn out the light ? I can't tell you but I know it's mine. Le chant est vraiment excellent, même si Ringo n'a jamais été le meilleur chanteur du groupe. Mais cette chanson est sans doute celle qu'il chante le mieux dans tout le répertoire du groupe. Tout simplement magnifique.

Lucy In The Sky With Diamonds : Encore une immense chanson, interprétée par Lennon, que ce Lucy In The Sky With Diamonds. J'ai dit que la chanson était chantée par Lennon, mais c'est cependant McCartney qui s'occupe du refrain ! Une chanson aux paroles totalement psychédéliques, dont le titre est une allusion probable mais pas certaine au LSD (les initiales : 'Lucy In The Sky With Diamonds'). Chanson magnifique, aérienne, pop et culte, aux paroles, comme je l'ai dit, vraiment cintrées, on y parle de portiers en plasticine avec des cravates en longue-vue (plasticine porters with looking-glass ties), de tartes au marshmallow mangées par des chevaux se balançant (rocking horse people eat marshmallow pies)... Totalement psychédélique !! Et sublime, aussi.

Getting Better : Chanson très rock et très sympathique, interprétée par Macca, Getting Better est une chanson franchement amusante et très entraînante, une des plus attachantes de l'album au final. Le riff de guitare, les arrangements, les choeurs un peu lyriques, le refrain, le chant de McCartney, tout concourt à faire de cette chanson un petit classique. Oui mais voilà, il faut admettre qu'elle est vraiment moins réputée que les trois précédentes et que la dernière de l'album, cette chanson... Il faut écouter l'album pour la connaître, en gros ! N'empêche, elle est vraiment excellentissime. J'adore Getting Better, une chanson qui vous fera vous sentir mieux (le titre, justement) !

Fixing A Hole : Etonnante chanson interprétée par Macca, et qui fait partie des chansons possédant des allusions à la came, avec Lucy In The Sky With Diamonds, par exemple (un fix est un shoot de came). Mais la chanson, en fait, parle d'un homme désireux de boucher un trou dans le plafond de sa demeure... Pas ma préférée de l'album, mais Fixing A Hole, avec sa superbe guitare, est une très bonne chanson au demeurant. Et selon Macca, si la chanson parle un peu de came par mots couverts, c'est plus sur la marijuana qu'autre chose !

She's Leaving Home : Magnifique chanson que ce She's Leaving Home chanté par Macca (avec un peu de Lennon dans les refrains), ma deuxième préférée derrière A Day In The Life. Une chanson triste sur une jeune fille de 17 ans, mineure donc, quittant sa maison, subitement, en début de matinée (alors que le jour se lève), pour vivre sa vie, laissant un mot à ses parents qui, au réveil, sont effondrés. Colère du père, tristesse de la mère, mais il fallait bien qu'elle vive sa vie, aussi. Chanson triste, mais aussi chanson d'espoir et de liberté, She's Leaving Home est bouleversante (arrangements lyriques très chargés et solennels), une réussite totale qui rend un peu mélancolique.

Being For The Benefit Of Mr. Kite ! : Achevant la face A, Being For The Benefit Of Mr. Kite ! est inspirée d'une affiche de spectacle datant de 1843, et vantant un spectacle formidable avec chevaux dansants, funambules, jongleurs, acrobates divers... Les noms de Pablo Fanque, Kite et Henderson se trouvent sur cette affiche, seul le nom du cheval (Henry the Horse dans la chanson) fut modifié afin que ça rime avec waltz ('valse'). Avec sa mélodie  d'harmonium, la chanson, interprétée par Lennon, est totalement farfelue, vraiment réussie, assez complexe musicalement parlant avec beaucoup d'effets sonores et d'instruments. Une bien belle réussite dans le genre !

Within You Without You : Ouvrant la face B, Within You Without You est écrite, composée et interprétée par George Harrison. Inutile, pour quiconque découvrant l'album, de lire les crédits d'auteur ou d'attendre l'arrivée de la voix pour le deviner : l'ambiance est ici totalement hindouïste, hare krishna, Katmandou, zen à mort, et Harrison était à fond dans ce mode de vie, on le sait (lors du séjour du groupe dans l'ashram du Maharishi Mahesh Yogi à Rishikesh, en 1967/68, c'est le seul qui, vraiment, se sentira à sa place). Longue de 5 minutes, c'est une chanson un poil longuette, justement, mais très réussie dans l'ensemble, une tentative de rock psychédélique orientalisant et zen très psychotrope, très bien chantée par Harrison. Un peu trop long, mais vraiment bon.

When I'm Sixty-Four : J'adore cette chanson interprétée par Macca ! When I'm Sixty-Four, avec sa partition d'anches, est une superbe petite chanson amusante et touchante dans laquelle Macca s'imagine, lui et sa femme (ce n'était pas encore Linda), à 64 ans, ils seront vieux tous deux, auront des petits-enfants (il donne même les noms, Vera, Chuck et Dave) qu'ils feront sauter sur leurs genoux, ils s'offriront un cottage sur l'île de Wight, vivront enfin une vie paisible, reposante, loin de toute l'agitation de leur jeunesse. Une chanson magnifique, drôle et touchante en même temps, une des meilleures de l'album.

Lovely Rita : Une des deux chansons qui ne me plaisent pas trop. Lovely Rita, chantée par McCartney, est quand même très sympathique, je l'aime nettement moins que les précédentes, mais c'est loin d'être une mauvaise chanson. Je la trouve un peu énervante, cette chanson, en fait, qui dure 2,40 minutes en tout. C'est vrai qu'elle est moins marquante que She's Leaving Home, Lucy In The Sky With Diamonds ou When I'm Sixty-Four, en même temps ! Mais, comme je l'ai dit, c'est loin d'être une mauvaise chanson, elle est un petit peu secondaire, rien de grave.

Good Morning Good Morning : Indéniablement le morceau que j'aime le moins sur l'album. En fait, pour être plus précis, Good Morning Good Morning est même le seul morceau de l'album que je n'aime pas du tout ! Je le trouve très énervant, ce morceau très guilleret interprété par Lennon, et assez court (2,40 minutes). Je ne sais pas ce qui me plaît le moins ici : les refrains (Good morning, good morning, good morning, good) ? Les gros coups de cymbales de Ringo, qui font vraiment musique d'accompagnement de numéro de cirque ? Ou l'ensemble ? On notera un final qui comporte un grand nombre de gimmicks sonores, des cris de divers animaux, allant du chien au lion en passant par les poules ou chevaux, une vraie Arche de Noé... L'album a été inspiré par le Pet Sounds des Beach Boys, qui proposait des gimmicks sonores pour la première fois. On sent bien l'émulation entre les Beach Boys et les Beatles, car Sgt. Pepper's... contient vraiment pas mal de gimmicks sonores ! Bien utilisés, en plus. Oui, même ici.

Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band (Reprise) : Une reprise du thème du morceau-titre, très courte (le morceau le plus court avec seulement 1,20 minute), dont l'intro à base de batterie a probablement inspiré Michael Jackson et Quincy Jones pour celle de Billie Jean. Mis à part ça, on entend les Beatles chanter le thème (We're Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band...) en changeant légèrement les paroles pour en faire une chanson de conclusion, de prise de congé, avec un morceau final totalement  bluffant, et qui est...

A Day In The Life : Morceau légendaire. Le sommet de l'album, et un des sommets du groupe. 5,30 minutes de pur bonheur, s'achevant en vrai bordel avant-gardiste (on entend comme un bruit de piano dégringolant d'une fenêtre, cacophonie pure (c'est un accord simple de piano aussi culte qu'étonnant), puis rien, sauf un petit vrombissement léger en ultra-sons, et, enfin, en final, une voix féminine assez étrange répétant une phrase plutôt incompréhensible, en boucle). A noter que sur le vinyle initial, il y avait un effet de endless loop, un sillon bloqué, il fallait se lever pour retirer le bras du lecteur. Chose que les rééditions vinyle n'ont pas (le morceau, dans ce cas, dure 4,50 minutes). En CD, le morceau fait 5,30 minutes, le endless loop est évidemment supprimé. Mis à part ça, A Day In The Life, interprété par Lennon et un peu par Macca (le passage Woke up, fell out of bed...), est un morceau mythique. Il me file des frissons à chaque écoute. Rien que la voix de Lennon prononçant I read the new today oh boy et ce qui s'ensuit suffit à me faire frissonner. La chanson est belle à chialer dans son whisky. Dernier morceau de l'album c'est, si je ne me trompe pas, le premier à avoir été enregistré en studio pour l'album. C'est le 2001 des Beatles. IMMENSE.

 Alors, que dire, au final ? Album magnifique, en effet, malgré une ou deux chansons pas top sur la face B (mais rien de grave). En tout, 39 minutes remarquables, même si l'album n'est pas, selon moi, aussi grandiose que le Double Blanc et Abbey Road (et, aussi, niveau rock psychédélique, Magical Mystery Tour, sorti quelques mois plus tard en cette même année 1967, est plus réussi, va plus loin, et je le préfère). Mais là aussi, rien de grave. Je finirai en citant quelques unes des 'allusions'/'preuves' de la prétendue mort de Macca, sur la pochette : la main au-dessus de lui, qui symbolise la mort dans certaines croyances ; le sigle OPD sur sa tenue (Ontario Police Department, mais ça signifierait aussi Officially Pronounced Dead), le fait que l'on trouve, dans les célébrités, des personnes ayant subi des accidents, mortels ou non, de la route, et le fait que le parterre ressemble un peu à une tombe (certains parviennent à lire 'Paul ?' dans les fleurs jaunes). Bref, que des conneries (il y en à plus sur le Net) ! Sinon, comme je l'ai prouvé plus haut, c'est un album tout simplement grandiose et culte.