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Pour ce 235ème Track-by-track, un de mes albums préférés de David Bowie (avec Station To Station et Pin Ups), et probablement un de ses plus sous-estimés : Young Americans. Marquant la première collaboration entre Bowie et le guitariste Carlos Alomar, cet album date de 1975. Il marque la collaboration entre Bowie et Luther Vandross (Fascination) et John Lennon (Fame et une reprise des Beatles). Très imprégné de soul, cet album enregistré à New York par un Bowie accro à la coke et blafard, sortant d'une tournée éprouvante immortalisée par David Live, est une vraie réussite, bien qu'un peu opportuniste. Je n'ai, sinon, jamais vraiment pigé pourquoi cet album franchement excellent était aussi mal aimé des fans ! Ce disque, qui regorge de grandes chansons en 40 minutes de temps, le voici :

Young Americans : Chanson très connue que cette chanson-titre, qui ouvre à merveille l'album sur une note totalement pop/soul. Les choeurs (qui, à un moment donné, à la fin, reprennent la phrase introductive du A Day In The Life des Beatles, I Read the new today, oh boy ; allusion amicale de Bowie au groupe, dont un des membres, l'illustre Lennon, collabore sur deux titres, comme je l'ai dit plus haut) sont magnifiques, la chanson, bien que longue (mais pas la plus longue : elle dure 5,10 minutes cependant) est totalement envoûtante, Bowie chante comme un dieu, comme à son habitude. Certes, faire un album de pop/soul était assez opportuniste à l'époque, mais le moins que l'on puisse dire, c'est que c'est totalement réussi ! Et ça, ça ne gâche rien, au contraire !

Win : Chanson plus lente et vraiment belle que ce Win de 4,45 minutes, sur lequel Bowie est en état de grâce. Sublime saxophone (de David Sanborn), claviers magnifiques, ambiance un peu vaporeuse, guitare sensationnelle, choeurs intenses, refrain parfait, cette chanson est, à défaut d'être le sommet et ma préférée, une très très grande chanson méconnue, à découvrir d'urgence. Mais la chanson suivante l'explose totalement, à tous les niveaux, cependant...

Fascination : Ma préférée de l'album et une de mes grandes, grandes préférées de David Bowie. Fascination, co-écrite avec Luther Vandross, est la deuxième chanson la plus longue de l'album avec 5,45 minutes, et elle est tout simpement phénoménale, aucun autre terme ne convient (à part grandiose, immense ou majestueux). Qu'est-ce qui est le mieux, ici ? Le solo de guitare, un peu cocotte ? Le chant de Bowie, surpuissant ? Les choeurs, géniaux ? La rythmique, insensée ? En fait, l'ensemble. Un morceau tout simplement légendaire qui mériterait de se trouver dans les best-ofs de Bowie, ce qui n'est par conséquent hélas pas le cas. Elle mérite vraiment la découverte, cette chanson...fascinante !

Right : 4,15 minutes pour ce Right achevant bien la face A, tout en en étant probablement la chanson la moins réussie (mais rien de grave : c'est juste que située après Fascination, n'importe quelle chanson, même la chanson-titre, paraîtrait fadoche). Enormément de choeurs ici, il y en à limite plus que de chant de Bowie lui-même ! Mais Right est une chanson vraiment sympathique et totalement soul, elle ne dépare pas sur l'album, bien au contraire. Bref, encore une fois, c'est très très réussi, bien qu'incomparable avec Fascination.

Somebody Up There Likes Me : Ouvrant la face B, Somebody Up There Likes Me est le morceau le plus long de Young Americans avec 6,30 minutes. C'est aussi une des plus belles réussites de l'album, une chanson puissante, une supebe montée en puissance orchestrée de main de maître, interprétée à la perfection et bénéficiant encore une fois de choeurs certes très présents (et encore, moins que pour Right ou Young Americans) et totalement sublimes. Une superbe utilisation du saxophone, joué par David Sanborn, achève de faire de ce morceau une totale réussite de pop/soul, une des plus belles chansons de l'album.

Across The Universe : La voilà, la reprise des Beatles, interprétée en duo avec John Lennon, lequel était alors en plein lost weekend, en perdition, seul à New York, momentanément séparé de Yoko et venant de faire Walls & Bridges et de préparer son médiocre album de reprises Rock'n'Roll. La rencontre Bowie/Lennon sera un assez bon moment pour eux deux, qui s'appréciaient beaucoup (Lennon qualifiera gentiment la musique de Bowie comme du pur rock avec du maquillage, Bowie ne s'en formalisera pas, au contraire). Cette reprise est très soul, elle sent assez bien la coke, c'est vrai, mais elle n'en demeure pas moins très belle et originale. Across The Universe est, il est vrai, plus belle dans sa version originale, sur Let It Be (1970), qu'ici, mais cette reprise vaut le coup d'oreille !! A noter, les refrains hare krishna (Shaï guru deva oooom) de la chanson sont ici purement instrumentaux.

Can You Hear Me : Une très belle chanson, bien que la moins marquante de l'album selon moi (avis personnel : je préfère la suivante). Can You Hear Me est cependant une bien belle chanson de pop/soul, avec choeurs sublimes, guitare magnifique, ambiance soul et même un peu jazzy et lounge... Bowie l'interprète à la perfection, et si je trouve ce morceau un peu moins marquant que les 7 autres de l'album, il n'en demeure pas moins une très belle réussite. De toute façon, aucun des 8 titres de Young Americans n'est mauvais ou moyen, c'est bien simple...

Fame : Co-écrit par Bowie, Lennon et Alomar, Fame est un des deux tubes de l'album avec la chanson-titre, et c'est le plus grand de ces deux tubes. Chanson très connue et groovy, funky, avec sa guitare en cocotte offrant des sonorités telles que celles que Prince sortira de sa guitare par la suite, la chanson sera souvent interprétée en concert par Bowie, bien que ce dernier n'ait jamais vraiment considéré cette chanson comme un modèle du genre. C'est simple, brut, efficace, vraiment réussi, même si ça vole, c'est vrai, moins haut que Life On Mars ? ou Rock'n'Roll Suicide ; mais en même temps, ça n'a rien à voir. Ici, c'est une chanson dansante, sur la célébrité ('fame'), purement commerciale, et qui se taillera d'ailleurs un assez beau succès. Dans le genre, c'est une réussite, même si c'est, aussi, purement commercial (et ça, les fans de Bowie ne lui pardonneront pas vraiment ; mais qu'ils attendent 1983 et Let's Dance pour vraiment parler de chanson commerciale !)... Perso, j'adore cette chanson.

Disque opportuniste que ce Young Americans, comme je l'ai dit en intro, donc, mais disque fantastique, aussi. La soul, battait son plein, et Bowie avait sans aucun doute envie de s'y essayer (par la suite, il qualifiera ce disque, avec qui il a toujours entretenu une relation un peu schizophrène, de plastic soul ; il jouera souvent Fame en live, mais on sent aussi qu'il n'apprécie pas totalement l'album, sans le renier). Bien que rongé par la cocaïne à l'époque (la période 1973/1978 est une période très sombre, niveau came, Bowie y est totalement accro, il suffit de voir les photos de lui à l'époque 1974/1975 pour juger de son état physique, blafard, maigre, squelettique même), Bowie est en pleine forme vocale, et il livre ici un album franchement remarquable, sans doute mon préféré, donc, avec Station To Station (le suivant). Immense et sous-estimé !