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Pour ce 234ème Track-by-track, un disque mémorable sorti en 1969, double à sa sortie : le premier album de Chicago (alors appelé Chicago Transit Authority, le groupe devrai raccourcir son nom assez rapidement), éponyme. L'album dure 76 minutes (les deux albums suivants du groupe seront doubles aussi, et tiennent aussi sur un seul CD, et leur quatrième, live, sera quadruple !), et est assurément un des meilleurs de Chicago, groupe de jazz-rock originaire de la ville du même nom, et constitué du chanteur et pianiste Robert Lamm, du bassiste et chanteur Peter Cetera, du chanteur et guitariste Terry Kath, du batteur Danny Seraphine, du tromboniste James Pankow, du trompettiste Lee Loughane et du flûtiste et saxophoniste Walter Parazaider. Chicago Transit Authority/Chicago I (quasiment tous les albums du groupe sont numérotés, sans avoir de vrai nom) est un vrai classique, que voici :

Introduction : Cette Introduction mérite bien son titre, elle introduit la musique du groupe, si magnifique. Le chant est de Terry Kath, mais ce que l'on entend surtout ici, ce sont les cuivres, inoubliables, de Loughane, Pankow et Parazaider. Long (6,35 minutes), ce morceau est totalement trépidant, on alterne entre passages rock pur (la guitare et le chant de Kath, un guitariste qui fera dire à Hendrix qu'il est meilleur que lui, anecdote authentique, et qui, anecdote également authentique, mourra en 1978, après avoir joué et perdu à la roulette russe, mort très conne) et passages totalement jazz. Je ne sais pas ce qui est le mieux ici : les passages jazz (Chicago le joue à la perfection) ou les passages rock (idem) ? Dans l'ensemble, cette Introduction est fabuleuse.

Does Anybody Really Know What Time It Is ? : Avec son intro 'formelle' au piano, signée Lamm (lequel était surnommé Chops par ses complices du groupe, allusion à Chopin et à la virtuosité de Lamm au piano), Does Anybody Really Know What Time It Is ?, malgré son titre à rallonge et un peu idiot ('Est-ce que quelqu'un sait vraiment quelle heure il est ?') est un classique absolu pour le groupe. 4,35 minutes en tout (moins pour le single, car ce morceau bénéficiera d'une sortie en single et se classera très haut dans les charts (mais le single sortira en 1970, soit après la sortie de leur album suivant). L'ambiance est jazzy, lounge, swingante, tout simplement sublime. Les cuivres, le piano, le chant de Lamm, sont autant d'ingrédients qui rendent ce morceau tout simplement immortel et exceptionnel. Sublime et classieux.

Beginnings : Chanson remarquable achevant la face A avec 8 minutes en tout, et qui sortira en single en 1971, dans une version raccourcie considérablement (le single durera moins de 3 minutes !). Beginnings, avec son final en samba, est un morceau tout simplement grandiose, interprété par Lamm , qui, hélas, ne marchera pas en tant que single. Mais on s'en fout, car le morceau, dans sa version album, est juste fantastique, une alliance parfaite entre cuivres jazz, percussions latino et rock. Ce n'est jamais long malgré les 8 minutes, car Beginnings est franchement bien réparti, bien construit. Le chant est parfait, Lamm est un des meilleur vocalistes du groupe avec Kath et Cetera. Au final, immense, une fois de plus.

Questions 67 And 68 : 5 minutes dans sa version album, 3,30 minutes dans sa version single sortie en 1971. Questions 67 And 68 (un des exemples de titres de chansons de Chicago avec des chiffres dedant, avec Poem 58 ou 25 Or 6 To 4) est une réussite pop/jazz absolument fantastique pour Chicago, interprétée par Cetera et Lamm (Cetera n'interprète aucun titre tout seul sur cet album, il faudra attendre les autres albums pour ça). Le morceau possède une durée parfaite, et une ambiance remarquable, c'est une des meilleures utilisation de cuivres de l'album. C'est une pure merveille à écouter et à réécouter...

Listen : Un des morceaux les plus courts de l'album avec seulement 3,20 minutes. Mais Listen est une vraie réussite, par la même occasion. Si le morceau est franchement d'une durée ridicule par rapport à Beginnings ou au suivant, c'est quand même une chanson franchement remarquable, interprétée par un Robert Lamm en grande forme. Ligne de basse (de Cetera) fantastique, cuivres comme toujours parfaits, guitare remarquable de Kath... Dans l'ensemble, ce morceau est nettement plus rock que les autres, rapport à sa courte durée qui ne permet pas les grands épanchements jazzy. C'est franchement remarquable !

Poem 58 : 8,35 minutes interprétées par Lamm (mais il n'intervient pas, vocalement, avant une bonne longue section instrumentale) et achevant à la perfection le premier disque vinyle (et, donc, la face B). Poem 58 est une pure merveille quasiment instrumentale, une sorte de jam remarquable en plusieurs temps (la dernière section, très bluesy, est fantastique), musicalement parfaite, le genre de morceau dont on ne se lasse pas, en fin de comtpe. C'est tout simplement indescriptible, je ne peux que vous conseillerr de découvrir ce morceau (et cet album) séance tenante !!

Free Form Guitar : A vous qui pensez que Metal Machine Music de Lou Reed est la première vraie expérimentation bruitiste non-musicale à base de guitare, de feedback, de larsen, écoutez Free Form Guitar. Non seulement ce morceau (instrumental) dure la bagatelle de 6,55 minutes, mais en plus, il ouvre le deuxième disque (vinyle) ! C'est une improvisation bruitiste de la part de Terry Kath, musicalement proche de zéro, c'est un déluge de feedback faisant le plus souvent penser à des moteurs de F1 vrombissant les uns à côté des autres plutôt qu'à autre chose. Et ça a été fait 6 ans avant le double album bruitiste et honni de Lou Reed ! Alors certes, ce n'est pas aussi extrémiste que le Lou Reed, mais c'est quand même sacrément audacieux pour l'époque, non ?

South California Purples : Chanson admirable de 6,10 minutes qui, en live (le quadruple live de 1971 au Carnegie Hall), atteindra facilement le quart d'heure. South California Purples est une morceau monstrueux, doté d'une ambiance très lourde (les cuivres, le riff de guitare, la basse, tout ça apporte une mélodie franchement pesante), et interprété à la perfection par Robert Lamm. Chose amusante, à un moment donné, on entend les premières paroles de la chanson I Am The Walrus des Beatles (ces paroles sont bien entendu chantées par Lamm dans la chanson, ce n'est pas un sample) : I am he as you are he as you are me and we are all together. Ce morceau fait partie des plus anthologiques de Chicago, une totale réussite à la fois rock et jazz.

I'm A Man : Immense reprise du standard du Spencer Davis Group (fameux groupe de rhythm'n'blues anglais dont le chanteur était Stevie Winwood), et un morceau assez long, car atteignant les 7,40 minutes, I'm A Man est une des plus grandes réussites de Chicago. Cette reprise fait en effet partie des morceaux de choix du répertoire du groupe, une de leurs chansons les plus emblématiques malgré qu'elle ne soit qu'une reprise, en fin de compte. Le chant est signé Lamm, Kath et Cetera, et ce mélange vocal est tout simplement fantastique, entre la voix rauque de Kath, celle nasillarde de Cetera et celle, classique, de Lamm. Au final, ce morceau achevant la face C est juste immense ! Il sortira en single et marchera correctement.

Prologue (August 29, 1968) : Chose amusante : les cris de la foule (qui hurle Whole world watching ! en boucle), sur ce très court morceau (il n'y à ici que 55 secondes enregistrées live à un concert du 29 août 1968 à Chicago, comme le morceau suivant, à un meeting démocratique), sont exactement les mêmes que ceux que l'on entend en toute fin du Revolution 9 des Beatles (sur le Double Blanc, album sorti quelques mois après en cette même année 1968). Deux choses : soit un des Beatles se trouvait là, sur place, et a enregistré ces vociférations populesques ; soit ça a été enregistré par les médias et les Beatles (Lennon, car c'est lui qui est derrière Revolution 9) l'a utilisé par la suite ! Sinon ? Ce Prologue ouvrant la dernière face, qui est totalement live (je ne suis pas sûr que le dernier morceau date du même jour de 1968, car rien n'est précisé sur le livret et sur la pochette initiale qui est reproduite dans le livret CD que je possède) n'est pas musical, on entend quelqu'un parler à la foule, la haranguer, et ces fameux cris. C'est court, et ça laisse la place à...

Someday (August 29, 1968) : ...à Someday, lequel, comme précisé dans les parenthèses, est issu du même jour, même lieu. Morceau court (4 minutes ; par rapport à la majorité des morceaux de l'album, c'est assez marquant), Someday est une chanson, une vraie, et elle est plutôt réussie, même si on a toujours un petit peu de mal à s'en souvenir (ce n'est pas comme Introduction, Questions 67 And 68 ou South California Purples, qui restent bien en mémoire, elles). En résumé, une chanson plutôt bien foutue, un peu secondaire, bien interprétée mais en rien un des sommets de l'album. Le morceau suivant (et dernier), en revanche...c'est quelque chose ! Le chant est de Cetera et Lamm.

Liberation : Crédité à 15,40 minutes sur la pochette vinyle, Liberation ne dure en fait que 14 minutes...Ouf ! Rassurés ? Oui, je sais, 14 minutes, c'est long quand même. Entièrement joué live (il est précisé sur la pochette que la performance enregistrée est totalement live, sans rajouts, sans coupures aussi, c'est du 100% pur live), Liberation est une sorte de longue jam franchement remarquable, quasiment instrumentale, vraiment réussie bien qu'un petit peu longue par moments. Mais rien de grave. En fait, c'est surtout sa position (dernier morceau d'un album assez long) qui le rend un peu longuet. Musicalement, le groupe assure, surtout Kath et les cuivres de Parazaider, Pankow et Loughane. On entend Kath dire, en chantant un peu, Thank you people, dans la fin du morceau, chose assez amusante ! Bref, c'est, dans l'ensemble, super bien interprété.

 Alors, au final, que dire au sujet de ce Chicago Transit Authority/Chicago I ? Album sensationnel, magnifique, bien que long (il faut dire qu'un disque de 76 minutes avec seulement 12 titres, c'est parfois long, surtout le dernier morceau, mais les deux albums suivants, doubles eux aussi en vinyle, font respectivement 67 et 71 minutes pour, chacun, 23 titres en tout, ce qui est radicalement différent !), il offre une collection de grands morceaux imprégnés de jazz, section de cuivres sensationnelle. Impossible, après écoute, d'oubler ces Poem 58, Introduction, Does Anybody Really Know What Time It Is ? ou cette reprise de I'm A Man ! Interprétation immense, remarquable production de James William Guercio, ce premier album de Chicago Transit Authority, qui devra raccourcir son nom en Chicago car leur nom était aussi celui de la CTA, la compagnie de tranports publics de Chicago, ce premier album, donc, est immense ! Tout comme les deux suivants et leur fantastique quadruple live de 1971...