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Pour ce 232ème Track-by-track, le retour, dans cette catégorie, d'un groupe de rock progressif assez détesté des fans de rock en général (les amateurs de rock progressif, eux, aiment généralement ce groupe) : Emerson, Lake & Palmer, trio composé du claviériste Keith Emerson, du bassiste, chanteur et guitariste Greg Lake, et du batteur Carl Palmer. Cet album, le troisième du groupe, date de 1972 (enregistré en mars 1971) et est un live. Il s'appelle Pictures At An Exhibition. C'est un album assez particulier qui adapte à la sauce rock progressif la fameuse pièce de musique classique Tableaux D'Une Exposition de Modeste Moussorgsky (compositeur russe du XIXème siècle), auteur de la fameuse Nuit Sur Le Mont Chauve ayant été utilisée dans le dernier segment du dessin animé Fantasia (mais pas issue de cet ensemble). Ce live est constitué de plusieurs segments, représentés sur la pochette par des tableaux vides (à l'intérieur, on a des illustrations pour les tableaux). Ce live, remarquable, le voici :

Promenade : Un peu moins de 2 minutes pour cette introduction aux Tableaux D'Une Exposition, Promenade (que l'on réentendra, dans des versions différentes, deux fois encore sur le live). Le clavier d'Emerson, et uniquement son clavier, qui livre une réinterprétation progressive, quasiment électronique, de ce sublime air de musique classique à la base conçu pour du piano. C'est court, envoûtant, ça permet d'introduire l'ensemble du live. Les anti-progressif diront que c'est hautement caricatural, et dans un sens, c'est vrai, Emerson, Lake & Palmer, alias ELP, n'a pas souvent fait dans la demi-mesure. Mais ici, sur ce live, c'est magnifique.

The Gnome : D'une durée de 4,15 minutes, The Gnome est le deuxième mouvement de la suite musicale, et il est franchement réussi, si on parvient à oublier le son assez cacophonique, par moments, des claviers d'Emerson (c'est assez dommage, compte tenu que les claviers ont une très importante part dans ce live). Je ne sais pas ce qui s'est passé, durant ce morceau, avec ses claviers, mais Emerson est limite inaudible ici (pas dans le sens 'silencieux'...non, au contraire, le son de ses claviers est par moments franchement insupportable). Sinon, c'est une très bonne reprise progressive, très réussie dans son ensemble.  

Promenade : En 1,20 minute, reprise de Promenade, mais cette fois-ci avec des paroles. Les paroles, signées et interprétées par Greg Lake (superbe voix). Des paroles très belle et bien interprétées, le morceau est acoustique et de toute beauté (mais trop court, ça passe comme une lettre à la Poste en envoi urgent). Seulement, les paroles n'ont aucun lien avec le thème Tableaux D'Une Exposition, ça ne parle pas de la Russie. Lake a trouvé des paroles à mettre sur la musique, et c'est tout (c'est pareil pour les autres passages chantés, qui sont rares, sur l'album). Ce n'est pas trop grave, mais c'est quand même un peu dommage. Sinon, très beau, musicalement parlant, et superbe voix de Lake !

The Sage : Magnifique chanson interprétée par Lake, The Sage est un morceau ne faisant apparemment pas partie des Tableaux D'Une Exposition de Moussorgsky (les crédits sont uniquement de Lake, alors que Moussorgsky est cité dans les crédits pour le reste). D'une durée de 4,40 minutes, c'est une chanson absolument magnifique, un des classiques du groupe par ailleurs, et qui permet à Greg Lake de prouver encore une fois qu'il est décidément un remarquable chanteur (mais quiconque ayant entendu les deux premiers albums de King Crimson ou d'autres albums d'ELP tels que Trilogy ou Brain Salad Surgery, le sait bien). The Sage est une vraie merveille, calme, atmosphérique, qui ne dépare pas dans l'ensemble malgré qu'elle n'en fasse, à la base, pas partie. Rien que pour ça, chapeau bas !

The Old Castle : 2,30 minutes pour cette version ELP de The Old Castle. Malheureusement, ce morceau assez court (mais en rien un des plus courts de l'album non plus) est un des moins intéressants. La faute, comme pour The Gnome (mais ici, c'est plus grave, car ça prend tout le morceau et pas seulement des passages), à un son de claviers assez dissonnant, foiré, Emerson aussi semble avoir subi des bugs de ses claviers chéris durant l'interprétation de ce morceau instrumental. A part ça, c'est pas mauvais du tout, mais les claviers dissonnants sont peu supportables à la longue...Dommage.

Blues Variation : Sauf erreur de ma part, ce morceau instrumental de 4,20 minutes, Blues Variation, est le seul (avec le Nutrocker final et The Sage) à ne pas faire partie de l'oeuvre de Moussorgsky. En fait, c'est tout simplement une improvisation signée du groupe, qui a été ajoutée à la suite musicale. Elle achevait la face A sur une note assez étrange et, en tout cas, tout sauf bluesy (ou alors, il faut accepter de considérer cette impro plutôt réussie comme étant une version progressive, ELP, d'une improvisation de blues). Ce qui serait faire preuve d'une belle imagination.

Promenade : Ouverture de la face B avec ce troisième thème de Promenade, 1,30 minute. Cette fois-ci, instrumental, et reprenant à la sauce rock progressif (avec, je voulais dire, la participation de Palmer et Lake en plus des claviers d'Emerson), le thème principal. C'est, ici, comme le premier titre, en version plus énergique, mouvementée. Le thème de Promenade est cependant très facilement retrouvable ici. Comme pour les deux autres versions, c'est trop court (mises ensemble, les trois parties font 4,50 minutes), mais vraiment beau.

The Hut Of Baba Yaga (1) : Cette première partie de The Hut Of Baba Yaga est un des morceaux les plus courts avec 1,10 minutes. Une sorte d'improvisation faisant un peu penser à The Old Castle (sans les claviers dissonnants, heureusement) et même à Blues Variation. Cette première partie, qui ouvre un triptyque consacré à Baba Yaga, est très mouvementé, très bien interprété, mais définitivement trop court, comme les Promenade (et la deuxième partie, en fin de triptyque). Mais c'est franchement bon.

The Curse Of Baba Yaga : 4 minutes pour The Curse Of Baba Yaga. On notera quelques (rares, heureusement) claviers un peu dissonnants de la part d'Emerson (décidément...), et une partie vocale très énergique de la part de Lake, avec des paroles sans aucun doute sans lien avec Baba Yaga. La batterie de Carl Palmer assure, ce mec étant vraiment un excellent batteur, et si les claviers d'Emerson prennent un peu trop de place sur l'ensemble du live, on entend quand même de belles parties de guitare de temps à autre, de la part de Lake. Un très bon morceau bien musclé.

The Hut Of Baba Yaga (2) : 1,05 minutes pour ce rappel de The Hut Of Baba Yaga. Explosive, cette minute et des poussières achève à la perfection ce triptyque consacré à Baba Yaga, laquelle est, dans le folklore russe, une très vieille et immonde sorcière vivant dans une cabane, et aimant par dessous tout bouffer des enfants. Cette deuxième partie est encore une fois vraiment trop courte, mais c'est également musicalement très énergique et ça ne sert, après tout, que de conclusion, avant un morceau franchement remarquable (et bien plus long, lui), qui est...

The Great Gates Of Kiev : Le morceau le plus long de l'album, avec 6,35 minutes. The Great Gates Of Kiev achève la suite Tableaux D'Une Exposition, le morceau suivant n'étant pas de Moussorgsky. Interprété par Lake (paroles sans lien avec le sujet, qui est les Grandes Portes de la ville de Kiev en Ukraine, autrefois Grande Russie), ce morceau est tout simplement fantastique, et permet d'achever la suite (mais, hélas, pas l'album, car le morceau suivant est vraiment mauvais et ne mérite pas, selon moi, de se trouver sur Pictures At An Exhibition) avec force et élégance. C'est certes long (et encore...), mais c'est totalement passionnant, pour qui aime le rock progressif et la musique classique (pour les autres...) !

Nutrocker : Malheureusement, Pictures At An Exhibition ne s'achève pas sur le remarquable et long The Great Gates Of Kiev, mais par ce Nutrocker franchement ridicule. Inspiré par une adaptation faite par Kim Fowley (un des rockeurs les plus cinglés qui soient) du Casse-Noisettes de Tchaïkovsky, Nutrocker est un instrumental d'un peu plus de 4 minutes, un morceau ultra enjoué et répétitif sur lequel le groupe, et essentiellement Emerson, semble s'être bien éclaté. Malheureusement, c'est franchement immonde. Si le groupe a réussi, durant les précédents morceaux, à faire revivre, à la sauce progressive, l'oeuvre de Moussorgsky, pour Nutrocker, c'est un ratage intégral. Les 4,25 minutes de ce dernier morceau sont insipides, ridicules, vraiment nulles (et pourquoi ces cris idiots de Lake - car je crois bien que c'est lui - vers le final du morceau ? On croirait entendre un hard-rockeur, alors que ce morceau est assez niais et que, guitaristiquement parlant, c'est proche de zéro...). C'est limite si ce morceau ne gâche pas l'album, en fait !

Dans l'ensemble, Pictures At An Exhibition est donc un remarquable album live, et album tout court, malgré le morceau final. Un disque court (37 minutes), complexe. Il faut aimer, ou tout du moins apprécier la musique classique pour bien apprécier cet album (pas nécessaire, en revanche, de connaître l'oeuvre de Moussorgsky, que vous aurez sûrement envie de découvrir par la suite, pour apprécier l'album). Essentiellement l'oeuvre de Keith Emerson (c'est lui qui a eu l'idée d'adapter Moussorgsky, à la base, et on entend surtout ses claviers ici), cette réadaptation progressive est franchement remarquable ! Mis à part Nutrocker...