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Pour ce nouveau Track-by-track, un album assez réputé chez les fans de rock, et surtout de rock progressif : Aqualung, de Jethro Tul, sorti en 1971. Je n'aime pas vraiment le Tull, à l'exception de quelques albums : Minstrel In The Gallery, Songs From The Wood, et cet Aqualung mythique. Cependant, un peu surestimé, Aqualung, enfn, je trouve. Les premiers morceaux (les deux ou trois premiers) forment une suite conceptuelle autour d'un personnage du nom d'Aqualung, apparemment un clochard assez libidineux, mais le reste de l'album n'a rien à voir. Avec son lot de classiques, cet album fait partie des plus connus du rock progressif, des plus essentiels, le genre d'album qui revient souvent dans les discussions sur le genre, mais ce n'est pas non plus un sommet absolu. Cet album est quand même pas mal, et le voici :

Aqualung : Riff assez heavy (Jethro Tull, groupe de rock progressif, fera aussi du hard-rock de temps à autre) et la voix de Ian Anderson (aussi flûtiste) surgissant, voix assez sarcastique, Sitting on a park bench, eyeing little girls with bad intent ('Assis sur un banc dans le parc, à regarder les petites filles avec de mauvaises intentions')... Aqualung, première chanson de l'album et une des plus longues (6,35 minutes), est une chanson assez cultissime, remarquable il faut bien le dire, sur un clodo du nom de Aqualung, atteint d'un problème pulmonaire (son nom, et le titre de l'album et de la chanson donc, signifie 'poumon aquatique'), et assez obsédé sexuel tendance pédophile sur les bords. Le chant de Anderson, qui alterne entre agressivité et lyrisme, est bluffant. Malgré des hey, Aqualung assez présents en fin de couplets, et qui sont, à la longue, saoûlants, enfin, je trouve. La guitare (de Martin Barre) assure. Un break remarquable achève de faire la chanson un modèle du rock progressif, et un des sommets de l'album.

Cross-Eyed Mary : Autre chanson mettant en scène le clochard Aqualung, Cross-Eyed Mary, interprétée par un Ian Anderson au sommet de sa forme niveau agressivité vocale, est une chanson qui tient plus du hard-rock que du rock progressif, en fin de compte. Pour preuve, Iron Maiden reprendra cette chanson (jamais placée sur un album officiel, live ou studio, elle est sortie sur un single du groupe seulement, et peut-être aussi sur une compilation), et la reprendra très bien. C'est une chanson assez cinglante, riff excellent de Martin Barre. 4 minutes franchement réjouissantes.

Cheap Day Return : Un des morceaux les plus courts de l'album, un des trois morceaux n'atteignant pas 2 minutes de durée pour être précis. Cheap Day Return, chanson acoustique de toute beauté, très reposante après deux chansons franchement rythmées et rock, ne dure que 1,20 minute. Le chant de Ian Anderson est remarquable, zen, calme, apaisant. En fait, la chanson est tellement belle qu'elle est vraiment trop courte, on aimerait que Cheap Day Return dure bien plus longtemps, pour pouvoir la savourer encore et encore...

Mother Goose : La flûte de Ian Anderson a une grande importance sur ce Mother Goose sublimissime, quasiment 4 minutes assez reposantes et acoustiques, une pure petite merveille folk plus que progressive. En fait, Aqualung est un album de prog-rock sans en être un : soit c'est du lourd, bourrin, soit c'est de la folk zen, acoustique ; mais à de rares exceptions près (My God), ce n'est pas vraiment du rock progressif que l'on entend sur cet album ! Pour en revenir à Mother Goose ('Mère L'Oie', ou plutôt, 'Mère l'Oye', pour reprendre le titre du recueil de contes de Perrault, dont la chanson ne parle cependant pas du tout), c'est une bien belle chanson, acoustique et très zen.

Won'dring Aloud : 1,40 minute pour ce Won'dring Aloud encore une fois totalement acoustique et baigné d'une atmosphère absolument remarquable. Comme pour les deux précédents morceaux, à savoir Cheap Day Return et Mother Goose, le chant de Ian Anderson, chanteur qui avait l'habitude, sur scène, de faire des soli de flûte perché sur une seule jambe comme un flamant rose (si, si !), est tout simplement remarquable, calme, zen, apaisant. Décidément, l'album commence dans la furie, se poursuit dans le calme... Etrange Aqualung !!

Up To Me : Achevant la face A, Up To Me est selon moi le morceau le moins bon de tout l'album. En fait, c'est surtout un morceau que je déteste (au départ, je ne le détestait pas, mais j'ai toujours eu du mal, quand même, dès la première écoute) plutôt qu'autre chose ! Le morceau n'est heureusement pas long (3,10 minutes), car il est insupportable. Flûte omniprésente, répêtant une mélodie assez irritante à la longue. Je n'ai rien contre la flûte (un fan de rock progressif comme moi, appréciant totalement Genesis ou King Crimson, doit savoir apprécier la flûte, car dans ces deux groupes et surtout Genesis, on a de la flûte assez souvent, du moins, dans la première période de ces deux groupes cultes), mais sur Up To Me, Ian Anderson en use et surtout, abuse. Si on rajoute à ça un chant également répétitif, on tient ici une chanson vraiment énervante et chiante. Désolé s'il y à des fans de cette chanson, mais là, je ne peux pas !

My God : La face B est sous-titrée My God, titre de la première des chansons. My God est le morceau le plus long (7 minutes) et assurément le meilleur de tout l'album. C'est le morceau le plus progressif avec Wind-Up, et une charge absolument cinglante contre la Church of England, l'église anglicane. The bloody Church of England, in terms of history, request your earthy presence at the vicarage for tea... Une chanson assez marquante, ambiance oppressante, limite flippante par moments (le passage où Anderson, d'une voix agressive et terrifiante, parle de Plastic crucifix, avec gros riff bien sombre en prime, est assez marquant), avec de très belles parties de flûte (dont un break hallucinant permettant un court mais remarquable solo de la part d'Anderson). Jamais ennuyeuse malgré sa longueur, My God est une chanson vraiment cynique et méchante sur la religion anglicane. Une vraie réussite !

Hymn 43 : Chanson qui sortira en single. Hymn 43 est une chanson assez réussie, courte (3,15 minutes) et, tout comme My God, férocement anti-cléricale. Une chanson bien saignante, méchante, cynique sur la religion (difficile de ne pas voir, dans le refrain, de la féroce ironie : Oh, Jesus saves me). J'imagine que le single a du avoir des emmerdes à l'époque de sa sortie ; si ce n'est pas le cas, alors c'est que le Tull a eu de la chance, beaucoup de chance ! Sans doute trop de piano ici, mais c'est, dans l'ensemble, pas mal du tout.

Slipstream : La chanson la plus courte de l'album avec seulement 1,10 minutes. Slipstream est une chanson assez sympathique mais définitivement trop courte, elle est tellement courte qu'on a généralement du mal à s'en souvenir. C'est globalement bien fout, comme Wond'ring Aloud, vraiment trop court, mais une des plus jolies, mis à part ça, de l'album.

Locomotive Breath : Une pure chanson de hard-rock comme Led Zeppelin ou Deep Purple aurait pu en faire. Locomotive Breath est vraiment un modèle du genre, une chanson qui va à cent à l'heure, sur un train devenu fou, impossible à ralentir. La chanson sortira en face B du single Hymn 43, ce qui peut sembler assez étrange car, si Hymn 43 est une bonne chanson, Locomotive Breath est nettement supérieure. Ca tape fort, avec paroles certes assez connes, mais riff bien efficace, tempo effréné comme une locomotive folle impossible à freiner ou à arrêter... Un peu plus de 4 minutes franchement excellentes !

Wind-Up : 6 minutes assez progressive (changement de rythmes, notamment) qui achèvent assez bien Aqualung. Wind-Up n'est pas le sommet de l'album, mais c'est une très belle chanson, il n'y à pas à dire, avec un Ian Anderson en très grande forme. Le groupe (que je n'ai toujours pas cité à part Anderson et le guitariste Martin Barre, alors les voici : John Evan aux claviers, Clive Bunker à la batterie, et Jeffrey Hammond à la basse) offre une mélodie remarquable. Le morceau est peut-être un peu longuet quand même, bien que 6 minutes ne soit pas, au final, une durée extrêmement longue pour une chanson de rock progressif. Dans l'ensemble, l'album se finit très bien, comme il avait commencé.

 Alors, au final, que dire ? Aqualung est un très bon disque de rock progressif (même si ce n'est pas à 100% du rock progressif, comme je l'ai dit plus haut), malgré une ou deux chansons assez moyennes. L'album est un peu surestimé, il n'est pas si grandiose que ça (inconvénients majeurs, la voix de Anderson peut saoûler à la longue, et l'omniprésence de la flûte aussi peut, parfois, énerver, il faut dire que Ian Anderson n'est vraiment pas avare de sa flûte), mais reste quand même un disque à écouter au moins une fois pour ne pas mourir idiot. J'ai presque envie de dire que cet album est, dans le fond, essentiel à toute discothèque rock se respectant (mais dans ce cas, prenez aussi Minstrel In The Gallery, de 1975 !). Bref, pour moi, un disque un peu surestimé, mais quand même très bon. Il y à vraiment d'immenses chansons ici (Aqualung, My God, Mother Goose).