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Pour ce nouveau Track-by-track (le 224ème), un disque assez mythique : Imagine, sorti en 1971 sous une pochette enfumée, nuageuse. C'est le deuxième vrai album solo de John Lennon (après trois albums avant-gardistes faits avec Yoko et un live du Plastic Ono Band), et selon pas mal de spécialistes, ça serait son meilleur. L'album, il est vrai, est excellent, il contient un beau nombre de classiques, mais il est aussi, selon moi, un peu inégal, vraiment moins marquant que son précédent opus studio (John Lennon/Plastic Ono Band, ou JL/POB, de 1970). L'album, produit par Phil Spector et bénéficiant de la participation de George Harrison, Badfinger, Kaus Voormann, Alan White, Nicky Hopkins, Jim Gordon ou King Curtis (entre autres), reste quand même le deuxième meilleur opus solo studio de Lennon, et cet album, le voici :

 Imagine : Le classique absolu, monumental, monstrueux, intouchable, mythique, cultissime, immense de l'album. Imagine, 3 petites minutes, est la chanson la plus connue de Lennon, une des chansons les plus connues au monde. Je pense sans me tromper que tout le monde, sur la Terre, même ceux qui ne s'intéressent absolument pas au rock et à la musique datant de plus de 20 ans d'âge, connaît Imagine. Un message de paix universel que Lennon voulait traduire en espagnol (il demandera pour ça de l'aide à Jodorowsky), une chanson éternelle, puissante, sobre. Ce piano entêtant (que l'on entend sur pas mal de morceaux de l'album), ce chant sublime et posé, cette image qu'on a de Lennon, dans une pièce blanche (de sa demeure anglaise), piano blanc aussi, et qui arrive immédiatement en tête dès les premières notes... You may say I'm a dreamer, but I'm not the only one/I hope someday you'll join us, and the world will live as one. Eternel. Seul reproche : la chanson vmpirise vraiment le reste de l'album. Qui, parmi vous, a acheté cet album uniquement pour Imagine, à la base ? Moi, je le reconnais, et je suis sûr que vous devez être nombreux !

Crippled Inside : 3,50 minutes assez entraînantes après une chanson-titre aussi magnifique que, il faut le dire, plombante (car vraiment mélancolique et au sujet assez utopiste). Avec son piano de saloon et son chant plutôt guilleret, léger, Crippled Inside est une chanson bien sympathique, toujours agréable à écouter à vrai dire. Il faut cependant bien avouer que la chanson fait partie des moins marquantes de l'album, au final. Pas mauvaise du tout, mais vraiment mineure, elle est une des 3 chansons d'Imagine que je trouve correcte, mais sans plus, que j'aime, mais que je ne considère pas comme une réussite totale. Le piano est ici joué par le grand Nicky Hopkins (sur Imagine, c'était Lennon himself), et reste un des atouts de la chanson. C'est donc pas mal, mais comparé à la précédente et à la suivante, c'est vraiment pas du même niveau.

Jealous Guy : Immense. Je me demande même si ce n'est pas ma chanson préférée de l'album, à vrai dire ! 4,15 minutes tout simplement tuantes de beauté. Jealous Guy, qui sera par la suite très bien reprise par Bryan Ferry (chanteur de Roxy Music), est une merveille mélancolique, triste comme un jour de pluie, interprétée par un Lennon qui doute de lui-même, s'estime jaloux, difficile à vivre. Apparemment, en tout cas ici, il ne s'aime pas trop. Piano sensationnel (aucun crédit d'interprétation du piano pour cette chanson dans le livret, j'en conclus que c'est Lennon), chant touchant, fragile, sur un fil et en même temps, très aérien... Cette chanson très triste est une pure merveille. Si tout le disque avait été comme elle, Imagine serait un chef d'oeuvre absolu !

It's So Hard : Première des deux participations du saxophoniste King Curtis sur l'album. A noter que quelques jours après avoir posé son saxophone sur It's So Hard et sur le morceau suivant, King Curtis décèdera connement, chez lui, agressé par un cambrioleur, en pleine nuit, qui le poignardera au cours d'une brève empoignade. C'est donc sur Imagine que l'on entendra pour la dernière fois cet excellent musicien, qui livre ici une prestation assez réussie (mais plus réussie encore sur le morceau suivant). It's So Hard, sinon, est un morceau assez correct, même s'il ne fait pas partie des meilleurs de l'album. La chanson est très courte (2,25 minutes) et assez répétitive (c'est une tare que les chansons les moins marquantes de l'album possèdent, sans exception...), avec un Lennon usant d'une voix plutôt revendicative, agressive, colérique. C'est pas mal, mais pas renversant. A noter, des arrangements lyriques (crédités au nom de The Flux Fiddlers sur l'album, d'ailleurs) assez réussis.

I Don't Wanna Be A Soldier, Mama, I Don't Wanna Die : 6,10 minutes achevant la face A. Ce morceau au titre à rallonge (globalement raccourci en I Don't Wanna Be A Soldier Mama) est le deuxième morceau de l'album bénéficiant de la participation du saxophoniste King Curtis, l'autre étant le précédent morceau. King Curtis, comme je l'ai dit plus haut, décèdera peu après dans une agression à son domicile par un cambrioleur, et il livre ici une prestation assez marquante, qui, il faut le dire, relève totalement le niveau de ce morceau ultra répétitif, au cours duquel Lennon répète sans arrêt le long titre/mantra. Oh...Well... I... Don't wanna be a soldier mama, I don't wanna die... etc, etc... Avec des Oh no, oh no de temps en temps, pour varier. La musique, si on excepte le saxophone de Curtis, est assez répétitive et morne, guitare agressive, basse gironde, mis au service du chant très répétitif (et voix assez revendicative) de Lennon. Un Lennon qui, je trouve, s'écoute un peu trop chanter, ici. Pour moi, ce morceau est trop long, trop répétitif, vraiment inégal. C'est limite s'il aurait pu avoir sa place sur un des albums avant-gardistes du couple Lennon/Ono, comme Wedding Album ou Unfinished Music N°2 :  Life With The Lions !

Gimme Some Truth : Chanson engagée, paranoïaque ouvrant le bal de la face B avec force, vitalité, agressivité (les guitares, remarquables, la lead est signée Harrison). Chanson courte (3,15 minutes), Gimme Some Truth ('Donnez-moi un peu de vérité') est une chanson engagée, donc, dans laquelle Lennon s'en prend aux politiciens, notamment, et exige la vérité, toute la vérité, même si ça doit faire mal. Le message est virulent, assez vague (il ne cite personne, la chanson reste assez généraliste), typique du Lennon de l'époque. Ca a moyennement bien vieilli (la musique est excellente, Lennon chante plutôt bien, mais les paroles engagées sont un peu kitsch aujourd'hui). Au final, une des chansons correctes de l'album, comme It's So Hard et Crippled Inside, qui sont agréables, sympas, mais pas immenses.

Oh My Love : Chanson en hommage à sa Yoko d'amour. 2,45 minutes franchement sublimes, Lennon et Hopkins aux pianos (Hopkins au piano électrique), Harrison à la guitare. Un Lennon touchant, ici, sentimental mais vraiment parfait. Le chant est juste sublime, Oh My Love est, selon moi, une des pures merveilles de l'album. Certes, c'est une chanson d'amûûûr, et coincée entre deux chansons agressives, elle semble un peu intruse, mais c'est quand même une pure merveille, pas trop longue (non, vraiment, durée idéale), et magnifiquement bien écrite et interprétée. Sublime.

How Do You Sleep ? : Une des chansons les plus longues, avec 5,35 minutes. Cette chanson, Lennon la regrettera des années plus tard, estimant que quand on écrit des chansons comme ça, au fond, c'est pour soi-même qu'on l'écrit plus que pour quelqu'un d'autre. Et le quelqu'un d'autre, en l'occurence, c'est Paul McCartney, jamais explicitement cité, mais impossible de ne pas le reconnaître. How Do You Sleep ?, avec sa guitare agressive (slide jouée par Harrison, guitare classique par Lennon) et son chant tuant de méchanceté, avec ses paroles agressives, est une diatribe violente contre Macca. The only thing you've done is Yesterday, and since You've gone you're just Another Day (allusion à deux chansons écrites par Macca), The sound you make is mukaz to my ears, etc, sont autant de gentillesses qui feront dire aux gens que Lennon en a vraiment contre Macca. Selon la légende, en lisant les paroles, Allen Klein, dernier manager des Beatles, personnalité très contestée, aurait frôlé l'infarctus... Une immense chanson, même si le message agressif, virulent, est aussi daté qu'inutilement salaud.

How ? : Une pure merveille mélancolique, tristounette mais franchement sublime, 3,45 minutes touchantes au possible après un How Do You Sleep ? terrible et ravageur. How ? permet encore une fois, après Jealous Guy ou Oh My Love, d'entendre un Lennon bluffant de mélancolie, de tristesse, de sobriété. Le chant est posé, un peu plaintif sans être caricatural, et le piano est tout simplement sensationnel. Les arrangements (Flux Fiddlers) aussi. Une des meilleures chansons de l'album ; c'est, en fait, comme les deux précédentes, une des 5 plus grandes chansons de cet Imagine assez inégal mais tout de même excellent.

Oh Yoko ! : C'est probablement la chanson que j'aime le moins sur Imagine. Oh Yoko ! est une bluette sentimentale guillerette (piano entraînant, cristallin, magnifique il faut bien le dire, et un Lennon en forme et avec le moral), assez longuette (4,20 minutes) et, comme son titre l'indique, en hommage à sa femme Yoko, encore une chanson de la sorte après Oh My Love. Ce n'est pas que je n'aime pas Yoko (une des personnalités les moins aimées du rock, comme chacun le sait, en grande partie parce qu'elle a sa part de responsabilité dans la fin des Beatles), car, à vrai dire, Yoko, je m'en fous un peu (tant qu'elle ne chante pas... et heureusement, sur cet album comme sur le précédent de Lennon, elle ne chante pas). Mais je trouve la chanson assez répétitive, et si ce n'était cette sublime partition de piano, je n'écouterait jamais Oh Yoko ! pour tout dire. Pas mauvais, mais une chanson assez mièvre.

 Au final, Imagine, superbement bien produit par Spector (la production est cependant à des années-lumière de celle de JL/POB, qui était assez sèche, sobre l'album avait même été qualifié de difficile à apprécier à cause de sa production ; là, selon l'avis de Lennon et Yoko, le disque a été chocolaté par des arrangements surcrés, pop, luxuriants, le rendant plus commercial et attractif), Imagine, donc, est un excellent disque de Lennon. 39 minutes comptant quelques chansons absolument immenses  (5, précisément), 3 chanson très correctes, et 2 chansons que je n'aime pas trop. Le bilan est assez positif, même si la moitié seulement de l'album est du même niveau que le précédent opus. Dans l'ensemble, c'est un disque attachant, à écouter, à posséder, même, mais un petit peu inégal et surestimé quand même. Il faut dire que la chanson-titre, monstrueuse, vampirise un peu trop le reste de l'album (et même de la discographie solo de Lennon). N'empêche, Imagine reste un classique du rock !