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Pour ce 222ème Track-by-track, un disque remarquable que je viens juste (il y à quelques semaines) de me payer (enfin !) en vinyle neuf : Polnareff's. Sorti en 1971, ce disque est le troisième album de Michel Polnareff, et probablement son sommet absolu (Le Bal Des Laze, son deuxième, sorti en 1968, assure totalement aussi). L'album sera un bide à sa sortie, mais est aujourd'hui considéré comme une réussite totale, l'égal du mythique Histoire De Melody Nelson de Gainsbourg, de la même année. 11 titres pour 37 minutes, et parmi ces 11 titres, quasiment que des sommets. Cet album, assez symphonique et super bien produit, le voici :

Voyages : Un instrumental pour ouvrir l'album. Et pas n'importe lequel : Voyages est une invitation, justement, au voyage. Cuivres (trompette...), cordes, tout concourt ici, dès l'intro, à vous faire voyager. Le rythme, cependant, s'emballe rapidement : entre deux belles coulées de piano à la Nicky Hopkins, des cuivres sensationnels et funky et un orgue sublime font de ce morceau d'ouverture une pièce maîtresse de l'univers de l'Amiral (surnom donné à Polnareff par ses fans, sur son site web officiel). Difficile de trouver un morceau plus étonnant et accrocheur en guise d'ouverture d'album ; Polnareff's démarre à la perfection.

Né Dans Un Ice-Cream : Cuivres remarquables, et Polnareff surgit : Ce n'est pas crime, je suis né dans un ice-cream... Morceau très connu et fantastique, à la fois aérien (des choeurs sublimes, toujours ce piano à la Hopkins) et très rock (le chant est énergique, les cuivres jazzy/lounge, une batterie discrète et mais efficace en arrière-plan). Né Dans Un Ice-Cream se paie même le luxe de s'offrir un intermède totalement jazz/swing au centre, qui achève de rendre ce morceau aussi magnifique qu'à part. Immense.

Petite, Petite : Sublime chanson qui change radicalement de style : Petite, Petite, avec sa flûte et ses cuivres sublimes, ses arrangements luxuriants (piano) et son chant doucereux, est une ballade/complainte de toute beauté. Allusion à Tous Les Bateaux, Tous Les Oiseaux (Il n'y aurait plus de bateaux, il n'y aurait plus d'oiseaux) dans cette chanson qui passe par la suite à une sorte de reprise d'une ancienne chanson de Polnareff (allusion, sur fond de musique lounge et pop, au Roi Des Fourmis) dans un break assez ahurissant, avant de revenir à la douceur du début. Magnifique.

Computer's Dream : Encore un instrumental. Computer's Dream est, avec sa guitare très rock et son orgue électrique lounge, une réussite totale, enivrante, planante et un peu farfelue, qui résume assez bien Polnareff's dans son ensemble : un disque super bien produit, riche en sons, en rythmes. Je préfère m'arrêter là, car c'est tellement beau que ç'en est indescriptible.

Le Désert N'Est Plus En Afrique : Etonnante chanson, une réussite de plus, avec toujours ces cuivres sublimes et très présents, et un chant parfait de la part de Paul Nareffe (ah ah ah). Les paroles sont assez réussies, mais un peu kitsch quand même (dans l'air de son temps, mais ça vieillit). Entre une guitare très rock et des cuivres très présents, Le Désert N'Est Plus En Afrique est un morceau sensationnel, mais il ne fait pas partie des plus connus, emblématiques, de Polnareff's, en même temps. Une chanson qui fustige allègrement les idéaux hippie, que Polnareff, comme Zappa aux USA, n'aimait pas trop, les trouvant un peu ridicules...

Nos Mots D'Amour : Achevant la face A, Nos Mots D'Amour est une chanson emblématique du Polnareff doucereux. Le genre de chanson qui semble avoir inspiré au moins 5 chansons à Pascal Obispo (comme Lucie, par exemple, ou l'intro de Fan). Paroles assez connes dans lesquelles on a le mot 'amour' et ses variantes toutes les deux secondes, On peut aimer, mais sans amour. Difficile pour moi de ne pas penser à la parodie des Inconnus Un Chagrin D'Amour, qui parodiait Gray et Barbelivien (et en aucun cas cette chanson et Polnareff, hein), et dans laquelle, aussi, on a le mot 'amour' à toutes les sauces et toutes les deux secondes. Arrangements sublimement lyriques, chanson touchante et vraiment belle. Un peu kitsch, mais belle.

...Mais Encore : Ouvrant la face B, c'est encore un instrumental, et le dernier de l'album. Oui, mais encore ? (ah ah ah). Le morceau s'ouvre sur des cuivres sublimes ajoutés à une partition de piano et des arrangements de cordes tout simplement envoûtants. Hélas trop court (2,15 minutes), ...Mais Encore est une réussite sublime qui en rajoute au prestige de ce Polnareff's décidément enivrant et grandiose. C'est probablement, cependant, le moins grandiose des trois instrumentaux, il n'arrive pas à être aussi quintessentiel que Voyages, mais c'est bien beau quand même.

Qui A Tué Grand-Maman ? : Le morceau le plus connu de Polnareff's, que j'ai découvert à 11 ans en le chantant, avec ma classe, en 6ème, en cours de musique. Une chanson triste en hommage à un ami de Polnareff, Lucien Morisse, qui était directeur des programmes de la radio Europe 1 et directeur général de la maison de disques AZ, qui éditait Polnareff. Il s'est suicidé en 1970, et Polnareff lui rend hommage avec cette chanson très triste qui, à mots couverts, parle de la détresse sentimentale dans laquelle Morisse devait se trouver au moment de sa mort. Une bien belle chanson, triste, déchirante même. Culte. A noter que, sur la pochette intérieure, c'est clairement expliqué, le fait que Qui A Tué Grand-Maman ? est en hommage à Morisse, compte tenu que rien, dans les paroles, ne le dit.

Monsieur L'Abbé : Avec sa wah-wah assez marquante, Monsieur L'Abbé est un morceau très rock, bien plus que les précédentes. Ce morceau est cependant, avec ses paroles un peu moyennes (Monsieur l'abbé vient de se marier...) et son final également moyen (des effets sonores un peu militaires qui n'ont pas grand chose à voir avec le reste, enfin, j'en ai l'impression), le morceau que j'aime le moins sur Polnareff's. Ce n'est pas mauvais du tout, et musicalement, c'est même franchement réussi, un morceau rock et psychédélique, mais il y à un je-ne-sais-quoi de forcé, de caricatural ici. Bref, cette chanson ne rend pas l'album moins intéressant pour autant, mais sans Monsieur L'Abbé, Polnareff's serait probablement encore meilleur !

Hey You Woman : Le morceau le plus long avec 5,20 minutes. Un morceau étonnant, une sorte de rap/funk avant l'heure, avec des choeurs féminins répétant le refrain (Hey, you woman, I'm talking to you, yeah yeah !) tandis que Michou le bouclé récite ses paroles. sur fond de musique pop; boogie, un piano irrésistible. Polnareff est assez amusant sur ce titre à la fois engagé et rigolo, avec ce piano entêtant et des paroles alternant entre mièvrerie et humour bien marqué. Bon, c'est sans doute un petit peu longuet, c'est vrai, et un peu trop à part si on la considère avec le reste de l'album, mais Hey You Woman est quand même une chanson très attachante, pas grandiose à 100%, mais certainement pas mauvaise. Elle est assez connue, de plus, et Polnareff la chantera dans ces concerts, lors de son retour de 2007. J'aime assez !

A Minuit, A Midi : Le final de Polnareff's est tout simplement sublime. A Minuit, A Midi est une chanson sublimement arrangée, avec des paroles assez cryptiques, on ne sait pas si Polnareff parle d'un homme amoureux d'une jeune (très très jeune) femme ou d'autre chose. Piano sensationnel à la Hopkins, arrangements de cordes inoubliables, et chant tout simplement parfait de Polnareff, tout concourt à faire des 3,35 minutes de cette chanson, malgré des paroles qui peuvent être douteuses (tout dépend du sens qu'on leur donne), un sommet, une indéniable réussite. Comme tout Polnareff's, une chanson exceptée (et encore) !

 Pour finir, je dois dire que si, au départ, je pensais que le meilleur opus de Polnareff était Le Bal Des Laze (qui contient, outre la chanson-titre qui est le sommet du chanteur, des titres aussi merveilleux que Ta-Ta-Ta-Ta ou Âme Caline), je dois dire que la réécoute de Polnareff's, il y à quelques temps, m'a fait changer d'avis. Lyrique, super bien produit, faisant penser au Histoire De Melody Nelson de Gainsbourg par moments de par son côté surproduit et ses arrangements lyriques, l'album, qui sera hélas un bide à sa sortie, est une réussite totale. Oui, bon, il y à un morceau un peu moins bon que les autres. Il faut dire qu'aucun album de Polnareff ne contient zéro chanson moyennes ou mauvaises. Mais mis à part cette petite chanson un peu mineure, le reste assure totalement. Dans l'ensemble, on tient ici un chef d'oeuvre à (re)découvrir !