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221ème Track-by-track, et pour ce faire, un disque qui compte énormément pour moi : Welcome, de Santana, disque sorti en 1973 sous une pochette que l'on peut clairement ranger dans la catégorie des plus sobres, tu meurs. Une pochette blanche, le titre écrit en belle écriture attachée, en diagonale. L'effet fait penser à un tapis d'entrée de maison. L'album, de plus, est assez accessible, et fait partie de la période jazz/rock mystique de Santana (alors rebaptisé Devadip Carlos Santana suite à sa rencontre avec le gourou mystique Sri Chinmoy, également gourou du guitariste anglais John McLaughlin qui joue sur un titre de Welcome). Il fait suite au mythique Caravanserai (1972) et sera suivi du triple live (depuis double CD) Lotus en 1974, qui achèvera cette période commencée avec Caravanserai. Avec le temps, Welcome est devenu un de mes disques préférés de Santana (avec Lotus, Moonflower et Caravanserai) et c'est un disque qui, je trouve, est un peu sous-estimé. Il est temps de le réhabiliter quelque peu ici, alors place au disque ! :

 Going Home : Instrumental magnifique et vaporeux, éthéré, composé par Alice Coltrane et le groupe Santana, d'après un air traditionnel et spirituel utilisé dans le 9ème Symphonie de Dvorak. Going Home est la seule collaboration Alice Coltrane/Santana, et c'est un morceau étrange et magnifique, qui sera joué sur le triple live Lotus (et sert même de morceau d'ouverture). Les claviers ont une part importante ici, ils offrent une ambiance vaporeuse, lounge. Going Home est, en fait, difficilement descriptible, et dure 4,10 minutes de pure beauté.

Love, Devotion & Surrender : 3,40 minutes pour la première chanson de l'album. Love, Devotion & Surrender (le titre dira quelque chose aux fans de Santana et de John McLaughlin, qui ne joue pas sur le morceau) est un morceau très jazzy et lounge, percussions latino mais claviers (Tom Coster) très vaporeux. Le chant est partagé par Leon Thomas (un ancien chanteur de jazz avant-gardiste) et Wendy Haas. Le morceau est très paisible (de toute façon, autant le dire tout de suite, cet album est très relaxant, zen ; si certains morceaux offrent des parties de guitare assez enlevées, rien de brutal), et s'écoute avec beaucoup de plaisir ; il faut dire qu'entre l'alternance de chant Thomas/Haas et les claviers (le reste des musiciens assure, Mike Shrieve, fidèle de la première heure, est un excellent batteur, Doug Rauch était - il est mort en 1979 d'une overdose - un très bon bassiste, Coster est aidé aux claviers par Richard Kermode, les percussions sont très bonnes...et la guitare de Carlos, évidemment). Ce morceau a été composé par Kermode et Carlos, justement, ce qui laisse présumer que ce sont surtout les claviers de Kermode qu'on entend, et pas forcément ceux de Coster, en fin de compte ! Très bon morceau.

Samba De Sausalito : Comme son nom l'indique, Samba De Sausalito est un morceau assez latino, samba dans l'âme. Morceau le plus court de Welcome, il ne dure que 3,10 minutes, et est instrumental. Sans être le morceau le plus remarquable de l'album, c'est cependant un instrumental très réjouissant, rythmé, entraînant, un morceau de samba à la Santana (claviers de Tom Coster, remarquables percussions d'Armando Peraza et de José 'Chepito' Areas, ce dernier est un fidèle depuis le premier album). Sans parler de la guitare. Composé en totalité par 'Chepito' Areas, Samba De Sausalito est une belle petite réussite dans le genre, c'est même trop court, aussi ! Quant à Sausalito, c'est un secteur géographique de la baie de San Francisco.

When I Look Into Your Eyes : Autre chanson, également interprétée par Leon Thomas et Wendy Haas (même si Haas est nettement moins présente ici, se contentant des choeurs et laissant le gros oeuvre des paroles à Thomas). When I Look Into Your Eyes est une chanson pop, lounge, jazzy, suave, aérienne, rendue encore plus vaporeuse par la voix chaude de Thomas. Le morceau, long de 5,50 minutes (ah  ! Ca devient plus étendu !), est composé par Tom Coster et Mike Shrieve (les claviers sont donc de Coster, essentiellement). On notera la grande force démocratique du groupe (comme pour les Eagles, ou les Doobie Brothers) : c'est le quatrième morceau, et toujours pas de crédits d'auteur/compositeur pour Carlos, lequel est quand même le leader du groupe, auquel il a donné son nom de famille ! Carlos s'est souvent, très souvent, caché derrière ses musiciens, se transformant volontairement en simple membre de son propre groupe plutôt qu'en tant que leader 'tyrannique' à la Robert Fripp (ah ah ah). Pour en revenir à ce morceau, il est très agréable, aérien, sans doute un peu trop long, mais vraiment joli comme tout.

Yours Is The Light : Morceau achevant la face A, Yours Is The Light est un morceau chanté (sur Lotus, une sublime version instrumentale sera interprétée), non pas par Thomas ou Haas, mais par la chanteuse brésilienne Flora Purim, femme du percussionniste et batteur de jazz brésilien Airto Moreira, qui a collaboré notamment avec Miles Davis, Weather Report... mais ne joue pas sur Welcome, ni sur les précédents opus de Santana (il n'a en fait jamais joué sur un disque de Santana, si je ne me trompe pas). Le chant est sublime, magnifique même, et le morceau, long de 5,45 minutes et composé par Kermode et Shrieve, est bluffant de beauté, une chanson douce, aérienne, rythmée par des percussions latino sensationnelles et la guitare de Carlos (n'oublions pas les claviers). Quintessentiel, un des sommets de Welcome.

Mother Africa : 5,55 minutes pour cet instrumental ouvrant donc la face B. Mother Africa est le premier morceau de l'album à avoir des crédits d'auteur pour Carlos Santana (avec Tom Coster, cependant : Carlos, sur Welcome, ne signe aucun titre à lui tout seul). Je suis un peu circonspect au sujet de ce morceau. En tant que tel, il n'est pas mauvais, pas nul du tout, mais je ne l'ai jamais vraiment aimé. Sa mélodie m'énerve un peu, et je trouve le morceau franchement longuet (heureusement qu'il n'a pas la durée de Flame-Sky...), aussi. Malgré tout, Mother Africa contient de bons passages, et , je le répète, n'est pas nul. C'est une question de goût personnel ; je n'aime pas, mais vous aimerez peut-être !

Light Of Life : Morceau assez court, 3,50 minutes, et dommage, car Light Of Life, chanté, co-écrit par Carlos, Kermode et Coster, est une vraie réussite, un morceau vraiment enthousiasmant, surtout, en ce qui me concerne, après un Mother Africa que je n'aime pas. Le chant (de Leon Thomas) assure encore une fois, l'ambiance est parfaite, avec de sublimes parties de claviers. Light Of Life est vraiment une réussite ! Un de mes morceaux préférés de l'album, de plus.

Flame-Sky : Le morceau le plus long de l'album avec 11,30 minutes. Rien que ça ! Instrumental co-écrit par Santana, Doug Rauch et John McLaughlin, Flame-Sky est un duel de guitare remarquable entre, justement, Carlos et McLaughlin. L'Américain d'origine mexicaine et l'anglais se livrent ici à une confrontation guitaristique sensationnelle, une double performance comptant parmi les meilleurs moments de l'histoire du jazz/rock. Indescriptible, tout simplement.

Welcome : Et un petit morceau-titre pour achever l'album. Par 'petit', je veux dire qu'après les 11,30 de Flame-Sky, n'importe quel morceau de l'album paraît minuscule ! Mais Welcome dure quad même 6,35 minutes. Et c'est une reprise d'un morceau de John Coltrane, par ailleurs et surtot. On sent vraiment que Carlos Santana est fan de Coltrane : il reprend un des morceaux du légendaire saxophoniste de jazz mort (trop tôt) en 1967, et, de plus, nomme son album du nom de ce morceau, qu'il place en position de choix, en bouquet final. De plus, il collabore brièvement avec la veuve de John. Ce Welcome est tout simplement exceptionnel. Certes placé après un feu d'artifices de guitares, il est cependant très différent. Si la guitare de Carlos se fait entendre, ce sont surtout les claviers qui apportent l'ambiance ici. Pour achever l'album (en vinyle, car en CD, un bonus-track, Mantra, instrumental d'ambiance de 6 minutes, est situé juste après), c'est idéal !

 Pour conclure, on peut donc dire de Welcome que c'est un album formidable, à la fois jazzy, latino et rock, 50 minutes de pur bonheur (56 en CD, car Mantra, le bonus-track dont une version live est sur Lotus, est excellent). Carlos Santana est en grande forme niveau guitare, le chant de Leon Thomas (un des nombreux chanteurs ayant participé à Santana) est très bon, les morceaux sont sublimes si on en excepté un qui est nettement moins marquant que le reste. Sous sa très sobre pochette, ce disque est un des plus accessibles du groupe, et probablement aussi un des meilleurs. Un disque qui permet aussi à Santana de rendre hommage à John Coltrane (le dernier titre) et de collaborer, brièvement cependant, avec sa veuve Alice (le premier titre) ! Quant à la collaboration avec John McLaughlin, elle est ici fantastique. Elle est cependant encorep lus évidente sur Love, Devotion, Surrender (rien à voir avec le morceau de Welcome), datant de quelques mois plus tôt en cette même année 1973, un album fait en duo par les deux guitaristes ! Pour finir, Welcome est, selon moi, un disque essentiel pour fans du groupe mexico-américain.