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219ème Track-by-track, et pour ce faire, un disque mythique, sorti en 1977 sous une pochette tapageuse (l'album sera interdit dans plusieurs boutiques, des vendeurs refuseront de le vendre) : Nevermind The Bollocks, Here's The Sex Pistols, premier album des Sex Pistols (leur unique album, de toute façon), 38 minutes de pur son punk-rock bas du front et totalement réjouissant. Le groupe de Johnny Rotten (chant, de son vrai nom John Lydon) est un des plus mythiques au monde. On conteste leur niveau musical (faut dire que le groupe a été crée de toutes pièces par Malcolm McLaren et Vivienne Westwood, qui dirigeaient une boutique de mode punk baptisée Sex, afin de promouvoir leur mouvement, et que les musiciens du groupe ne savaient pas jouer, et ont même été engagés pour ça), mais on conteste rarement l'efficacité de ce brûlot punk totalement culte et réussi, vendu en Angleterre sous une version de 12 titres (38 minutes) et partout ailleurs avec seulement 11 titres et 34 minutes (Sub-Mission en moins). Ce disque, une pure bombe décervelée, le voici :

Holidays In The Sun : Intro magnifique : bruit de bottes tout ce qu'il y à de plus martial/militaire, puis un riff tétanisant de Steve Jones (guitare), riff mortel, immédiatement jouissif, repris trois fois ensuite, et boum, le morceau décolle. Et ça va à une de ces vitesses !! Rotten déboule, I don't wanna holidays in the sun, I wanna go to the new Belsen, I wanna see some history, caus now I got a reasonable economy... Une chanson démentielle, sortie en single (pochette mythique en BD avec paroles écrites dans les bulles), agressive, un vrai brûlot également assez drôle (le chant de Rotten, tout sauf parfait dans le sens où il fait exprès de chanter le plus mal possible, est terrible), qui critique le gouvernement anglais, et dans laquelle Rotten explique qu'à Berlin, face au Mur, il est bien mieux qu'à Londres. Question de point de vue. En tout cas, immense chanson, parfaite pour ouvrir le disque !

Bodies : Terrifiante. Bodies est une chanson anti-avortement, d'une noirceur et d'un réalisme tellement angoissants qu'on en viendrait à espérer que la chanson, interprétée par un Rotten en furie pure, ne soit pas inspirée par un fait réel. Et pourtant, si : un jour, une jeune femme, ancienne petite amie de Rotten, vient sonner à sa porte, et lui remet un sac en papier. Tout en lui expliquant qu'elle vient de se faire avorter de lui, elle lui fait comprendre que ce qu'il y à dans le cas est le résidu de l'avortement, le foetus, qu'elle lui refile en 'souvenir'... Ambiance. Après une telle expérience, commen s'étonner de la voix furieuse, tetanisante, de Rotten, sur Bodies ? Une des meilleures de l'album, avec par ailleurs Sid Vicious à la basse (unique participation de ce fou furieux sur le disque). 

No Feelings : Chanson très énergique, agressive, sans grosse surprise (comme Seventeen par la suite) mais franchement appréciable que ce No Feelings, chanson assez sombre et nihiliste, comme on peut s'en douter (avec les Pistols, pas question de parler de petites fleurs dans les champs et de gentis oiseaux qui gazouillent dans les arbres, hein). Encore une fois, coincé par le mur du son de ses musiciens (une musique agressive et minimaliste, rentre-dedans et jouissive au premier degré), Rotten glapit des paroles insensées d'unevoix tout aussi insensée d'anarchiste cinglé (qu'il était). Pas mal.

Liar : Une chanson franchement excellente, très cynique, très drôle aussi, dans laquelle Rotten s'en prend (déjà) à Malcolm McLaren, le manager du groupe. Liar mérite bien son titre ('menteur'), McLaren en prend plein la tronche (par la suite, Lydon, avec Attack, Public Image, continuera on travail de démolition anti-McLaren, au sein de son groupe Public Image Limited en 1978). You're a liar, you're a li-a li-a liaaaaaaar... Une chanson pas totalement grandiose, pas une des meilleures, mais c'est franchement excellent quand même.

God Save The Queen : Est-il besoin de parler de God Save The Queen ? De dire à quel point cette chanson, sortie en single et ayant pulvérisé les charts, est scandaleuse ? Un détournement jouissif de l'hymne anglais, une chanson terrible, fantastique, un hymne...Allez, assez parlé ; il faut écouter !

Problems : 4,10 minutes, le morceau le plus long (champagne ! Mais un autre titre fait pile-poil la même durée). Problems est une chanson assez cynique, dans laquelle Rotten nous explique gentiment qu'il y à des problèmes, dans la vie, et que NOUS sommes, nous les auditeurs, les problèmes. La chanson est tout simplement monstrueuse, autant le dire, c'est une des toutes meilleures de l'album. Difficile d'en parler, en fait, tellement c'est génial !

Seventeen : Seulement 2 petites minutes qui achevaient la face A de l'édition 12-titres, et ouvrait la face B de l'édition 11-titres. Seventeen n'est pas la meilleure de Nevermind The Bollocks, Here's The Sex Pistols, mais c'est une petite chanson punk bien trépidante et speedée. C'est bourrin, mal joué, mal chanté, mais bon, ça, on le sait, on ne va pas chipoter pour si peu (compte tenu du niveau des Pistols, je veux dire). Pas ma préférée, loin de là, mais pas mal.

Anarchy In The U.K. : Le sommet de l'album, clairement, et une des plus grandes chansons de punk-rock, et de rock tout court. Intro démoniaque : riff tueur, Rotten glapissant Rrrrrright...nooooooooow, ah ah ah ah aaaah ! (rire sardonique digne du meilleur méchant d'un James Bond). Iiiiiiiiiiiii aaaaaaam an antechrist, Iiiiiiiiiiii aaaaaaam an anarchist... Le chant est parfait, Rotten roulant ses r de la meilleure manière, chant hystérique et agressif, virulent, saignant. Guitare tronçonneuse, basse (de Glen Matlock, unique colaboration de Matlock sur le disque, Jones faisant la basse sur 10 des titres), refrains jubilatoires repris en choeur, rythmide de folie... Une chanson immortelle. And Iiiiiiiiiiii wanna beeeeeeeee in anarchyyyyyyyyyyy...get pissed, destrrrrrroyyyyyyyyyyyyyyyyy !!

Sub-Mission : Absente de la plupart des éditions vinyle sauf l'anglaise, Sub-Mission est une excellente chanson, dotée d'un tempo considérablement plus lent que les 11 autres titres de l'album. La chanson est probablement une des meilleures de l'album, mais elle est aussi assez particulière, on dirait presque une tentative blues de la part des Pistols, en fait. Johnny Rotten chante franchement mieux ici que sur le reste de l'album, Anarchy In The U.K. excepté. Le morceau est, avec Problems, le plus long (même durée, soit 4,10 minutes).

Pretty Vacant : Sorti en single, et gros succès (N°1 en Angleterre). Les Pistols furent le premier groupe, depuis les Beatles, à aligner successivement, en N°1 dans les charts, autant de singles (quatre, si je ne m'abuse), on a un peu tendance à l'oublier. Pretty Vacant n'est pas le plus immense de ces singles, mais c'est clairement une immense chanson punk, dont le riff, selon Glen Matlock (basse), fut inspiré par... S.O.S. d'ABBA !! Mais la chanson se veut surtout une sorte de version Pistols de la chanson de Richard Hell (ancien membre de Television et des Heartbreakers) Blank Generation, un hymne du punk américain (et punk tout court). Franchement excellent.

New York : Là, les Pistols s'en prennent aux New York Dolls, fameux groupe de rock américain fondé en 1972, constitué de cnq membres qui trouvaient amusant et original de se fringuer en travelos. Parmi eux, Johnny Thunders, qui fondera en 1976 les Heartbreakers, groupe punk ayant donné l'immortel album L.A.M.F. en 1977. Thunders répondra à la chanson des Pistols (qui traitent gentiment les Dolls de tapettes - faggots dans le texte) avec le très virulent London Boys. Les Sex Pistols étaient vraiment des crevures, compte tenu que le punk-rock, sans les Dolls, n'existerait probablement pas, les Dolls ayant pas mal apporté au punk-rock (et étaient un temps produits par Malcolm McLaren...). Et eux se permettent de les conchier ici... Chanson sympa, mais pas immense.

E.M.I. (Unlimited Edition) : Ultime crachat dans la gueule avec cette chanson ultra speedée et hilarante (le refrain, en phonétique anglaise : iiiiiiiiiiiiiiémaïïïïïïïïï) dans laquelle les Pistols s'en prennent charitablement (humour !) aux maisons de disques ayant soit refusé de les signer, soit les ayant signé, mais les ayant aussi virés suite aux (nombreuses) emmerdes causées par le groupe, comme scandales, bastons, provocations, etc... E.M.I. et A&M en prennent, ici, plein la gueule. Goodbye, A&M, prrrtttttttt, voilà comment se finit la chanson (et l'album, forcément). E.M.I (Unlimited Edition) est une excellente chanson pour achever le disque.

 Au final, que dire face à un tel disque ? Oui, musicalement parlant, Nevermind The Bollocks, Here's The Sex Pistols est limite, très limité, même. Clairement, les Pistols ne savent pas jouer, Lydon (alias Johnny Rotten, surnommé ainsi en raison d'une dentition pourrie) ne sait pas chanter autrement qu'en poussant des hurlements hystériques de jeune punk en rut et en manque de speed. Avec Public Image Limited (alias PiL), dès 1978, Lydon montrera d'autres facettes de sa personnalité, mais en attendant, c'est du graveleux et du lourd. Chansons choquantes contre la monarchie, le gouvernement, contre d'autres maisons de disques ayant refusé les Pistols (ou les ayant virés...), ce disque est une bombe punk absolue qui, aujourd'hui encore, suscite la controverse. C'est aussi un des meilleurs disques de rock qui soient.