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Pour ce 218ème Track-by-track, un disque sensationnel, le deuxième album studio solo de Sting après un The Dream Of The Blue Turtles (1985) remarquable et déjà abordé dans cette catégorie). Ce deuxième album date  de 1987 et sera un succès monstrueux. C'est un disque, aussi, engagé, humanitaire, comme le The Joshua Tree de U2 de la même année, en faveur d'Amnesty International. Ce disque, c'est ...Nothing Like The Sun. C'est probablement le meilleur de Sting (même si je préfère légèrement son précédent opus pour des raisons personnelles), un disque sensationnel qui, en une grosse cinquantaine de minutes, offre 12 titres qui sont, pour la majorité d'entre eux, grandioses. Ce disque, dédié à sa mère (qui venait de décéder) and all those who loved her (comme indiqué sur la pochette), le voici :

 The Lazarus Heart : Andy Summers (guitariste de The Police) participe amicalement à la guitare sur cette chanson (et la suivante), qui ouvre à merveille ...Nothing Like The Sun (au fait, le titre de l'album est tiré d'une citation de Shakespeare, My mistress' eyes are nothing like the sun, laquelle citation est dans Sister Moon). Une pure merveille bénéficiant du son stingien de l'époque (merci à Kenny Kirkland et Brandford Marsalis, respectivement claviériste et saxophoniste, qui sont en grande partie dans ce son assez jazzy et pop), et une interprétation sans failles, aussi bien vocale qu'instrumentale. The Lazarus Heart est une chanson pop et jazz, dont on ne se lasse pas. On notera des paroles assez sombres, la chanson se basant sur un cauchemar que Sting aurait fait, et transcrit en chanson.

Be Still My Beating Heart : Comme je l'ai dit plus haut, Andy Summers participe aussi, amicalement, à la guitare, sur ce Be Still My Beating Heart, une chanson admirable qui, en presque 5 minutes, offre un tempo plus lent (et totalement magnifique). Accompagné de sublimes choristes féminins (Dollette McDonald, Janice Pendarvis, Vesta Williams), Sting offre ici encore une fois une performance remarquable. Une chanson assez jazzy, qui aurait pu sortir en single malgré qu'elle soit un peu lente, car elle est vraiment sensationnelle. Rectification tardive, elle est sortie en single, en fait ! L'album, décidément, commence à la perfection !

Englishman In New York : Est-il vraiment nécessaire de présenter Englishman In New York ? Chanson de Sting qui passe le plus souvent à la radio, une de ses plus connues (si ce n'est la plus connue) au monde, c'est une bien belle réussite pop qui ahevait avec talent la première face du double vinyle. La chanson parle de Sting, qui est Anglais, mais parle surtout d'un de ses amis, assez âgé, Anglais aussi, et parti vivre aux Etats-Unis. C'est Sting lui-même qui le dit au dos de la pochette, vu que lui aussi a fait un Track-by-track personnel de son album, au dos de cette pochette (et dans le livret, pour le CD) ! Selon lui, son ami est parti aux USA et aurait demandé d'être naturalisé américain afin de pouvoir agir criminellement sans avoir ensuite à être extradé. Selon Sting, ce crime en question, qui n'a amais été commis (l'ami de Sting est un Anglais, il a un sens de l'humour assez ravageur), aurait été un crime non violent et assez glamour... Une très bonne chanson pop, mythique, excellente, mais sans doute trop souvent entendue quand même.

History Will Teach Us Nothing : Une chanson admirable et sombre pour ouvrir la face B, laquelle, en plus d'être la meilleure des quatre de l'album, est aussi et surtout la face la plus engagée (la seule vraiment engagée) du disque. History Will Teach Us Nothing possède un titre tellement éloquent qu'il est inutile de dire de quoi parle la chanson : le titre signifie en effet 'l'Histoire ne nous enseignera rien', autrement dit, l'Homme n'apprendra pas à mieux se comporter en se référant à sa très violente histoire, il y à certes eu des drames, des guerres, des tragédies autrefois, mais il y en aura d'autres par la suite. Tel est l'Homme. Une chanson sombre, remarquable aussi. Un des sommets de l'album et de Sting. Elle fait réfléchir, cette chanson...

They Dance Alone (Cueca Solo) : Chanson admirable faite pour Amnesty International (comme U2, la même année, fera Mothers Of The Disappeared sur leur The Joshua Tree). Participation amicale, aux guitares, de Mark Knopfler (Dire Straits) et Eric Clapton, et un passage en espagnol (Sting sortira par la suite une version entièrement en espagnol de ...Nothing Like The Sun, intitulée évidemment ...Nada Como El Sol). La chanson parle de la dictature de Pinochet au Chili (comme la chanson de U2), et surtout de ces femmes, mères, épouses, soeurs, filles de 'disparus' (les victimes de la répression de Pinochet, évidemment : voir le film Missing de Costa-Gavras, entre autres) qui, pour protester, dansaient, sur les lieux publics de Santiago, face à la police. La chanson est magnifique, avec une mélodie sud-américaine inoubliable, une interprétation belle à chialer, des paroles inoubliables (Pinochet est explicitement nommé, dénoncé)... Un chef d'oeuvre.

Fragile : Magnifique chanson, douce, triste (surtout), et un classique absolude plus pour Sting. On se souvient tous de cette image de concert, au moment du 9/11, en Italie (en Toscane). Sting y donnait un concert, et a interprété une version assez marquante, déchirante, de Fragile (chanson sur la fragilité de l'espèce humaine), en hommage aux victimes de ce terrible attentat du World Trade Center. La chanson était déjà assez connue et remarquée pour son côté aussi engagé que triste (du style nous sommes fragiles, que pouvons-nous y faire ?). Une chanson aussi magnifique que déprimante, vraiment triste, mais sensationnelle, et quels arrangements (Sting à la guitare, si je ne m'abuse) !!  

We'll Be Together : La face C (et donc, le deuxième disque vinyle, car tout tient évidemment sur 55 minutes en un seul CD) s'ouvrait sur We'll Be Together, qui fait démarrer la deuxième partie de l'album, plus courte (25 minutes environ...). Et cette deuxième partie est nettement plus pop et facile que la première, qui contenait, on l'a vu, pas mal de chansons engagées (ou assez introspectives). Autant le dire tout de suite, aucun tube, sur la deuxième partie, si on excepte We'll Be Together, qui a tout du tube : énergique, pop, racée, entraînante, jubilatoire, elle est vraiment fantastique, cette chanson. Comme de juste, elle est sortie en single (Sting en fera une reprise avec Annie Lennox, par la suite, au fait). Une chanson qui, après trois morceaux engagés, semble un peu trop light, mais elle n'en demeure pas moins excellente (et, oui, c'est vrai, très light).

Straight To My Heart : Une très bonne chanson au tempo assez lent. Comme Be Still My Beating Heart, d'ailleurs, et Straight To My Heart est d'ailleurs aussi belle que cette dernière. C'est une chanson qui bénéficie encore une fois d'une ambiance jazzy sensationnelle et d'une interprétation incroyable de la part de Gordon 'Sting' Sumner. Après, Straight To My Heart, 3,55 minutes au compteur, n'est pas non plus une de mes préférées de l'album et de Sting, mais comparée à la suivante, c'est franchement excellentissime.

Rock Steady : Bon, c'est probablement la chanson la moins quintessentielle de ...Nothing Like The Sun, autant le dire tout de suite... Rock Steady est une chanson qui, malgré son titre ('solide comme le roc'), n'est pas très énergique. C'est un peu comme Straight To My Heart, mais en moins réussi. C'est quand même pas mal (rayon 'réussite', pour la chanson, on notera une interprétation encore une fois excellente de Sting et une ambiance jazzy vraiment sympa), mais c'est, aussi et surtout, loin, très loin derrière les autres chansons de l'album. Bref, il fallait bien une chanson moins réussie que les autres, et la voici.

Sister Moon : La face D et dernière s'ouvrait sur Sister Moon, magnifique chanson de 3,45 minutes qui, avec son climat, apporte une touche jazzy non négligeable (le jazz a toujours été un genre de prédilection pour Sting, qui venait du jazz avant d'entrer dans The Police - ce qui a toujours été signe d'exaspération et de mépris de la part des vrais punks, car The Police, à la base, était un groupe de punk-rock). Une chanson qui est à rapprocher du Moon Over Bourbon Street du précédent abum, et malgré le sujet différent (celle-ci ne parle pas de vampires). Une chanson très soft, interprétée à la perfection. Une pure petite merveille. Et comme je l'ai dit plus haut, on retrouve, dans les paroles, la citation de Shakespeare ayant donné son titre à l'album.

Little Wing : Une reprise (5 minutes) de la fameuse chanson de Jimi Hendrix (1967), laquelle fut reprise autrefois (1970) par Derek & The Dominoes (et par d'autres artistes, sans aucun doute). Cette reprise, très jazzy, mais contenant un solo de guitare très très réussi tout de même, est vraiment belle. Chanson qui, il me semble, parle de la mère d'Hendrix, elle est devenue, quasiment, après la mort d'Hendrix (en 1970), une sorte d'emblème, d'hymne à ce brillant artiste. Little Wing est immortelle, et cette reprise est franchement remarquable.

The Secret Marriage : 2 petites minutes pour achever l'album. Une chanson magnifique, douce, une reprise par ailleurs, adaptée en anglais, d'une chanson allemande de Hans Eisler, un compatriote et ami du fameux auteur Bertolt Brecht, auteur de L'Opéra De Quat' Sous, entre autres... The Secret Marriage permet à Sting de briller, sobrement, pour la dernière fois sur le disque. Court, mais très joli, vraiment !

 Au final, ...Nothing Like The Sun est bel et bien le meilleur album de Sting. Certes, je préfère légèrement son précédent opus (en partie parce que ce fut mon premier Sting solo et en partie parce qu'il contient, sur ses 10 titres, 5 de mes chansons préférées du chanteur, rien de moins), mais ce deuxième album, enregistré avec la crème des musiciens de studio (Manu Katché, Kenny Kirkland, Brandford Marsalis, et avec la participation d'Andy Summers de The Police sur les deux premiers titres, et de Clapton et Knopfler sur un autre) est vraiment un monument. Un disque à la fois engagé et pop (la première partie, équivalent du disque 1 en vinyle - je possède cette édition vinyle double dont la dernière face n'excède pas 11 minutes ! - est engagée, et la deuxième partie est plus light), totalement réjouissant, et un vrai best-seller, en plus ! Par la suite, Sting fera d'autres excellents albums, comme The Soul Cages (1991). Mais celui-ci reste le summum.