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Journée progressive sur le blog ! En effet, ce 213ème Track-by-track est, tout comme le précédent (Meddle du Floyd), un disque de rock progressif anglais. Sorti en 1972, c'est le quatrième album de Genesis, et il s'appelle Foxtrot. Le groupe est désormais bien installé (Peter Gabriel au chant et flûte, percussions aussi ; Steve Hackett à la guitare ; Mike Rutherford à la basse et guitare ; Tony Banks aux claviers ; Phil Collins à la batterie), et livre ici un disque long (52 minutes, 6 titres, dont un de 23 minutes) et franchement remarquable, un des jalons du rock progressif anglais (et même, tout court, du rock progressif). Foxtrot est un très grand disque, et le voici détaillé :

Watcher Of The Skies : Une pure magnificence de 7,25 minutes, qui se paie le luxe de s'ouvrir sur un son tout simplement inoubliable. Couplée avec l'illustration de pochette, l'intro de Watcher Of The Skies apporte une dimension maritime à Foxtrot. Cmment ça, j'éxagère ? Oui, sans doute un peu, mais il faut dire que les effets sonores crées par cette intro de mellotron sont conçus pour imiter le son de la mer, que l'on entend, selon la légende urbaine, en écoutant dans un gros coquillage. L'intro est si magnifique et évocatrice qu'elle embarque littéralement les auditeurs avec elle, et une fois que le morceau démarre vraiment (et il ne parle pas du tout de la mer, ah ah ah), on est déjà loin, en plein trip. Un morceau assez mythique, qui parle d'un extraterrestre surveillant la Terre du haut des cieux... Le chant de Gabriel assure. Le seul truc qui, à la rigueur, a moyennement vieilli de temps en temps, c'est le son des claviers de Banks (intro exceptée), qui sont de plus très présents(c'est du progressif, logique !), mais rien de grave...

Time Table : La chanson la plus courte de la première face, avec seulement 4,45 minutes (ce qui, en soi, est déjà une durée plutôt pas mal, en général), mais ça n'empêche pas Time Table d'être très réussie. En fait, et même si ce morceau n'est pas aussi quintessentiel que le précédent, que Supper's Ready ou que le suivant, c'est en tout cas une de mes préférées de Foxtrot ! Une chanson assez pop et même soul, le chant de Peter Gabriel est juste magnifique ici, alternant entre douceur (couplets) et énergie (refrains). A noter, une mélodie de piano tout simplement sublimissime après chaque refrain, et dans le final. A l'arrivée, Time Table est donc une bien belle petite chanson qui mérite plus d'intérêt.

Get 'Em Out By Friday ! : 8, 35 minutes assez mythiques. Une chanson qui, comme d'autres de Genesis, est racontée par le biais de plusieurs personnages (avec leurs noms dans les paroles, faites comme un mini livret d'opéra ou de théâtre). Get 'Em Out By Friday ! n'est pas, selon moi, le sommet de l'album et du groupe, ni une de mes préférées, mais cette chanson très sombre et cynique racontant une histoire d'anticipation (un groupement immobilier véreux 'chasse' de leurs maisons de braves Anglais, pour les reloger dans des HLMs assez impersonnels ; puis, on apprend que, compte tenu que la taille humaine, en général, a considérablement baissé depuis plusieurs années, due à une restriction du Contrôle Génétique, on peut, dès lors, caser plus de monde dans un seul HLM, ce qui va entraîner, avant ça, d'autres délogements. Le final est encore plus cynique, mais je vous laisse le découvrir par vous-mêmes), cette chanson, donc, est quand même très bonne. Ce que je n'aime pas, c'est le refrain, et particulièrement la voix de Gabriel, dessus. Sinon, et c'est encore plus frappant en live (Genesis Live, 1973), Gabriel parvient vraiment à donner vie à tous les différents personnages de cette histoire qui donne franchement des sueurs froides aux propriétaires de maisons ! Très bonne histoire de SF. 

Can-Utility And The Coastliners : Achevant la face A avec 5,45 minutes, Can-Utility And The Coastliners est une très belle chanson, bien que, pour être franc, moins grandiose que Watcher Of The Skies et que Get 'Em Out By Friday ! (car, si j'ai dit que cette dernière n'était ni le sommet de Foxtrot, ni ma préférée, elle n'en demeure pas moins remarquable). On notera notamment un final assez réussi, mais cette chanson bénéficie, sinon, de tout ce qui fait le charme du Genesis de l'époque : excellent texte, interprétation intéressante de Gabriel, musiciens en très grande forme, et notamment Collins et Hackett. Et Banks, aussi, oui. Ah oui, et Rutherford, aussi. Enfin, tous, quoi ! Can-Utility And The Coastliners est une bien belle chanson un peu épique. Mais le meilleur de Foxtrot est à venir sur la face B.

Horizons : Ouvrant la face B (hé oui ! Si Supper's Ready, le morceau suivant, atteint 23 minutes, il n'occupe pas toute la face B à lui tout seul !), Horizons est un petit instrumental totalement zen, relaxant, acoustique, fait à base de guitare sèche, et basé sur le fameux Prélude de Bach. Ce morceau fait office d'introduction pour le titre suivant, et dure 1,40 minute seulement, quans je disais qu'il s'agissait d'un petit instrumental... Mais Horizons est malgré sa courte durée une vraie réussite dans le genre.

Supper's Ready : Scindé en sept sous-parties (qui sont toutes réunies sur une seule plage audio de 23 minutes), Supper's Ready est LE morceau de Genesis. L'équivalent, pour le groupe, de Echoes (Pink Floyd), A Plague Of Lighthouse Keepers (Van Der Graaf Generator), Close To The Edge (Yes) ou Tarkus (Emerson, Lake & Palmer). Le morceau commence directement par la voix de Gabriel, lequel, sur ce morceau, est tout simplement en état de grâce, alternant passages calmes (comme cette intro, acoustique et de toute beauté) ou énergiques (la cinquième section, Willow Farm, est remarquable). Au sujet de ces sections, elles ont pour noms Lover's Leap, The Guaranteed Eternal Sanctuary Man, Ikhnaton And Itsacon And Their Band Of Merry Men, How Dare I Be So Beautiful ?, Willow Farm, Apocalypse In 9/8 (Co-Starring The Delicious Talents Of Gable Ratchet) et As Sure As Eggs Is Eggs (Aching Men's Feet), tout un programme, non ? Moments de choix et de gloire du morceau : une section instrumentale quintessentielle (la batterie !) sur l'avant-dernière section ; Willow Farm, pop et rigolote ; le final, quintessentiel ; l'intro, qui l'est tout autant à vrai dire ; How Dare I Be So Beautiful ? avec ce final de section où Gabriel s'étonne de devoir se transformer en fleur (a flower ?), ce qui occasionnera, en live, un costume supplémentaire à enfiler (niveau costumes, le groupe assurait). Enfin, vous l'aurez compris, en citant ces quelques passages, je veux bien entendu vous faire comprendre que décrire l'ensemble de ce morceau est chose impossible et quasiment blasphématoire, comme pour Echoes du Floyd. Immense, quoi !

 Foxtrot, avec sa pochette en allusion, donc, à des passages de Supper's Ready (The fox on the rocks ; Six saintly-shrouded men... ) et signée du grand Paul Whitehead, est un des meilleurs albums de Genesis. Et accessoirement, et c'est vrai, un des albums préférés de Steve Harris, bassiste d'Iron Maiden (dont l'aspect progressif de la musique n'est pas à négliger) ! Un disque remarquable, même si la face A contient, on l'a vu, une chanson un peu surestimée (mais quand même très bonne), et même si l'album suivant du groupe, Selling England By The Pound, sera mille fois supérieur encore (et aussi deux disques de la période Phil Collins au chant, les deux premiers). Ce disque reste quand même un grand classique du genre et du groupe.