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Pour ce nouveau Track-by-track, un sommet, le meilleur album de Prince : Sign 'O' The Times, sorti en 1987, double album (toujours en CD, mais de peu : 80 minutes) absolument quintessentiel.

CD 1 :

Sign 'O' The Times : Indéniablement une des plus grandes réussites de toute la carrière de Prince. Offrant son nom à l'album, Sign 'O' The Times est une chanson qui, en 5 minutes, résume parfaitement la situation mondiale de l'époque, entre fusées allant dans l'espace, violences diverses, drogues dures (In September my cousin tried reefer for the very first time/Now he's doing horse/It's June), et bien entendu cette saloperie de Sida, qui a d'ailleurs les honneurs en ouverture de chanson, laquelle est fracassante (In France a skinny man dies of a big disease with a little name/By chance his girlfriend came across a needle and soon she did the same). Sur fon de musique quelque peu robotique, avec un chant assez atone (sauf dans les refrains, immenses : It's silly, no,when a rocketship explodes, and everybody still wants to fly/Man ain't happy truly till man truly dies). Au final, on tient ici un chef d'oeuvre, aucun autre terme ne convient, une des chansons de la décennie '80 et une des chansons du XXème siècle, non, je n'exagère pas.

Play In The Sunshine : Chanson radicalement différente. De toute façon, avec ce disque, Prince a fait son Double Blanc, son Songs In The Key Of Life, à savoir un disque fourre-tout rempli de chansons aussi éloignées les unes que les autres. Ce Play In The Sunshine est très dansant et contagieux, on a envie de s'éclater, de danser comme des malades pendant qu'on l'écoute. Ce n'est pas la meilleure chanson de l'album (clairement pas), ce n'est pas aussi subtil et recherché que la précédente, mais dans le genre 'chanson pop ensoleillée faisant bouger les culs', c'est totalement réussi. Bref, c'est l'éclate !

Housequake : Première des trois chansons que Prince a enregistrées après avoir bidouillé sa voix pour la rendre féminine (il comptait sortir un disque entier de la sorte, qu'il aurait sorti sous la fausse identité de Camille, c'est d'ailleurs ainsi qu'uil se crédite, pour les trois chansons concernées de Sign 'O' The Times). Housequake est une chanson assez sympathique (Shut up already ! Damn !), assez martiale dans son rythme et son chant. On reconnaît bien la voix de Prince ici, l'effet 'féminin' est moyennement réussi, comparé à If I Was Your Girlfriend (sur le deuxième disque). Housequake est une chanson assez réussite dans le genre, pas ma préférée, mais on sent que Prince s'est amusé à la faire. Au fait, j'ai oublié de le dire plus haut, mais sur ce disque, comme souvent, Prince joue de quasiment tout (il a des musiciens accompagnateurs, mais assez peu au final).

The Ballad Of Dorothy Parker : Achevant la face A, The Ballad Of Dorothy Parker est une de mes chansons préférées de l'album et de Prince (je précise que je ne suis pas fanatique absolu de Prince, ce qui ne veut cependant pas dire que je n'aurais pas aimé le voir live au Stade de France dernièrement, hein...). La chason est pop, quasiment acoustique, sobre... En fait, c'est quasiment une démo, une ébauche pas encore achevée, et ça rend la chanson plus appréciable encore, elle a un petit côté 'sincère' en plus. Prince a toujours été fan de Joni Mitchell (chanteuse folk canadienne), et il le prouve ici, en la citant explicitement dans les paroles. Une chanson très réussie, mélodie sobre et robotique, étrange, mais magnifique. J'adore.

It : Cataclysme sexuel en perspective avec It, chanson ouvrant avec force et fracas les hostilités de la face B initiale. Bien entendu, le 'It' de la chanson, très présent dans les paroles, n'est autre, on l'aura pigé très vite, que le sexe... Une chanson interprétée de manière assez hystérique, je peux même dire que la voix de Prince, ici, m'énerve un peu, surtout que le morceau est plutôt long, dans les 5 minutes... Mine de rien, c'est pas mal, surtout la musique robotique (cependant, on notera un remarquable mais court solo de guitare) mais cependant funky. Une bonne chanson, mais trop longuette, et si le chant avait été moins poussé, ça aurait été mieux...

Starfish And Coffee : Chanson courte (3 minutes, en fait, un petit peu moins) et qui, tout comme The Ballad Of Dorothy Parker, fait plus penser à une ébauche (acoustique, de plus) qu'autre chose. Starfish And Coffee est une bien belle chanson, calme, douce, agréable, qui parle de l'enfance. Après la furie de It, ça fait du bien d'entendre une chanson aussi apaisante et apaisée, vraiment adorable. Pas grand chose à dire dessus, sinon, mis à part que j'adore vraiment ce morceau !

Slow Love : Une ballade, un slow, dégoulinant de sucre et de grands sentiments humains, que de Slow Love. Une bien belle réussite interprétée à la perfection, avec des cuivres parfaits, marquants, et une ambiance fête du slip tendu bien marquée aussi. La voix de Prince est très 'crooner' ici, on sent vraiment qu'il voulait faire une chanson pour emballer, voire même pour consommer tout de suite, avec Slow Love, chanson qui détonne totalement avec la suivante (même si, après la drague, place au cul, et c'est de ça que parle la chanson suivante). Excellent, bien que caricatural.

Hot Thing : Comme It, mais en plus funky, groovy (pas mal de cuivres) et conventionnel. Prince, ici, ne chante pas d'une voix aussi hystéro que pour It, mais le sujet est à peu près le même ('hot thing' : 'chose chaude'). Surtout qu'on dit, dans les paroles, que la personne dont Prince cause a tout juste 21 ans (barely twenty-one). Hot Thing est une chanson que je n'aime pas trop, par ailleurs, c'est même la chanson que j'aime le moins des 16 de l'album. La seule que je n'aime pas. N'allez pas croire qu'elle est nulle, non ; aucune mauvaise chanson ici. C'est juste que j'accroche pas, personnellement...

Forever In My Life : Chanson assez robotique dans la mélodie et le chant (qui est cependant excellent, bien que saccadé). Forever In My Life achève excellemment bien le premier disque de Sign 'O' The Times. C'est une chanson d'amour (on y parle d'une femme qui sera, pour toujours, dans la vie de Prince), mais la chanson reste quand même assez saccadée et robotique, ces deux termes conviennent bien. Ce n'est pas une de mes préférées de l'album, mais c'est franchement pas mal du tout, le chant, notamment, et les paroles (qui ne sont pas faciles à lire sur la pochette, car écrites, toutes, en un seul bloc hermétique, à la suite, et surtout sur le vinyle...) sont parfaites.

CD 2 :

U Got The Look : Duo entre Prince et Sheena Easton (la chanteuse, écossaise, de For Your Eyes Only, chanson du générique d'un des "James Bond", Rien Que Pour Vos Yeux, en 1981, entre autres chansons qu'elle a faites), U Got The Look (toujours cette habitude princière de mettre des U à la place des 'you', tout comme il met des 2 au lieu de 'to' ou 'too', et des 4 au lieu de 'for'... il n'est évidemment pas le seul à le faire...) est une chanson endiablée, parfaite, un tube pop inoubliable faisant partie des essentiels de Prince, des chansons les plus mythiques et réussies de Sign 'O' The Times aussi. Cette chanson parfaite, duo réussi, ouvre à merveille un disque 2 aussi long que le premier, mais avec seulement 7 titres au lieu de 9. On en redemande, clairement, de ce genre de chanson.

If I Was Your Girlfriend : Retour de Camille. Des trois chansons que Prince chante sous cette appellation féminine trafiquée, If I Was Your Girlfriend est indéniablement la plus bluffante. C'est bien simple : faites écouter cette chanson à quelqu'un ne sachant pas que c'est Prince, et il (ou elle) vous dire que la voix est celle d'une jeune femme. Dites lui que c'est Prince, et elle (ou il) vous regardera avec une expression du style tu te fous de moi, ou bien ?, tout ça pour dire à quel point c'est bluffant, trompeur, ici. Chanson remarquable, avec choeurs masculins (non signés de Prince) et une ambiance r'n'b (avant l'heure) franchement excellente. Moi qui hait le r'n'b, je dois dire que Prince, ici, avec quelques années d'avance, a réussi un truc parfait dans le genre. Sublime chanson qui, de nos jours, pourrait très bien sortir telle quelle, elle est encore dans le mouv', comme on dit !

Strange Relationship : Troisième (et dernière) des chansons que Prince a créditées au nom de Camille, après avoir bidouillé sa voix en studio pour la rendre totalement féminine, Strange Relationship est cependant une sorte de faux duo entre Prince et Prince/Camille. Une chanson très réussie, sympathique comme tout, baignant dans une très bonne partition de claviers, entêtante et vraiment agréable. Strange Relationship ('étrange relation') n'est cependant pas la meilleure, ni une des meilleures, de l'album, ni de Prince, mais comme il n'y à aucune mauvaise chanson sur l'album, ça signifie que cette chanson reste vraiment très très bonne, et à écouter.

I Could Never Take The Place Of Your Man : Une chanson bien pop pour achever la face C. I Could Never Take The Place Of Your Man aurait pu se trouver sur Purple Rain ou 1999, deux des précédents albums de Prince (et deux grandes réussites). Elle est vraiment pop, Prince en forme olympique, un refrain endiablé et immédiatement retenable, une chanson sur un homme consolant une amie alors que son mec est absent, probablement même parti définitivement, mais lui disant bien, je veux bien être le coup d'un soir, mais je ne remplacerai jamais ton homme. Mélodie inoubliable, chant parfait, cette chanson assure totalement.

The Cross : La face D (et dernière) s'ouvrait sur les presque 5 minutes de The Cross, chanson étrange, assez martiale (la batterie tape fort, ça fait mal), au rythme cependant assez orientalisant. Chanson de rédemption, religieuse, interprétée avec force par Prince, The Cross est unechanson étonnante pour ouvrir la face B, une chanson qui détonne avec la suivante (laquelle détonnera elle aussi avec celle qui la suivra et achèvera le disque). We all have our problems/Some are big, some are small/But soon all our problems/Will be taken by the cross... Excellence chanson, assez sombre quand même. J'aime beaucoup.

It's Gonna Be A Beautiful Night : 9 minutes monstrueuses, c'est le morceau le plus long de l'album. Et It's Gonna Be A Beautiful Night est aussi, pour une autre raison, le morceau le plus à part de Sign 'O' The Times. Vous ne devinez pas pourquoi ? Alors, écoutez-le...Ca y est, écouté ? Dans ce cas, vous vous êtes rendus compte que ce morceau est live. Oui, enregistré live, au cours d'un concert que Prince donnera à Paris (Zénith ? Bercy ?) en 1986. Apparemment, le concert était exceptionnel. Si, en tout cas, tout le show était comme les 9 minutes de ce morceau, alors, ça devait être quelque chose ! Un funk endiablé, groovy, guitare cocotte parfaite, un Prince en grande forme, un sample vocal de la bande-son du film Le Magicien D'Oz à un moment donné... 9 minutes tétanisantes d'efficacité !

Adore : Radicalement différent, Adore achève l'album sur une note suave, sublime, reposante. Prince, voix fragile ici, est en état de grâce, encore une fois, avec cette chanson douce, longue (6,30 minutes) et magnifique, dotée de subtils arrangements de cuivres. Adore est une de mes préférées de l'album, une chanson vraiment magistrale, magnifique, qui achève Sign 'O' The Times sur une note de revenez quand vous voulez. L'album est clairement le genre de disque qu'on peut réécouter assez souvent, sans éprouver de lassitude. Mieux : on le redécouvre quasiment à chaque fois ! Une vraie réussite pour achever le double album, que je suis bien content de posséder en vinyle, par ailleurs (en plus du CD)...

 Au final, Sign 'O' The Times, long de 80 minutes (une minute de moins, tout tiendrait sur un seul CD ! Dans un sens, c'est rageant, car le disque, sur un seul CD, serait vendu bien moins cher...), est un disque tout simplement fantastique. Aucune mauvaise chanson sur les 16 qu'il contient, et parmi elles, un grand nombre de réussites. On notera la réussite, notamment, des quelques chansons que Prince a enregistrées en bidouillant sa voix de manière à la rendre féminine, et qu'il a signées Camille. A la base, Prince voulait sortir plusieurs albums, dont un qu'il aurait crédité au nom de Camille, de manière à faire croire que ce n'était pas lui, mais une femme qui chantait. Plusieurs projets avortés donneront ainsi naissance à ce double album mythique et grandiose, que je viens d'aborder, et qui est tout simplement indispensable à un amateur de bonne musique !