9

Attention, chef d'oeuvre pour ce 204ème Track-by-track : Hot Rats, sorti en 1969. Sous sa pochette montrant Miss Christine des GTO's (un groupe de rock féminin ; elle fut la nounou de Moon Unitt, fille de Zappa) posant dans une piscine vide d'une propriété de Laurel Canyon (quartier de Los Angeles), Hot Rats est le deuxième album solo de Frank Zappa. En cette année 1969, Zappa, guitariste leader des Mothers Of Invention, décide d'en finir avec le groupe et de se lancer vraiment en solo (par la suite, ses groupes accompagnateurs porteront le nom de Mothers, mais ça ne sera pas vraiment pareil). Disponible en CD dans une version quelque peu modifiée (rajout de quelques minutes pour The Gumbo Variations, qui atteint ici 17 minutes au lieu de 13), l'album a été enregistré avec des musiciens tels que Sugar Cane Harris, Jean-Luc Ponty, Ian Underwood, Max Bennett, Johnny Otis (qui ne joue pas, mais aide Zappa à l'enregistrement), Shuggie Otis (fils du précédent), Paul Humphrey, Ron Selico et John Guerin. Captain Beefheart pose les voix sur l'unique morceau chanté, Willie The Pimp. L'album est une sorte de film pour les oreilles, comme indiqué sur la pochette, et est un des plus accessibles de Zappa. C'est donc le disque idéal pour commencer à aborder Zappa dans cette catégorie !

Peaches In Regalia : 3,35 minutes pour ouvrir le bal, sur une note totalement réjouissante. Peaches In Regalia est tout simplement un des joyaux absolus de Zappa, un de ses morceaux emblématiques (le suivant aussi). Unique morceau de l'album avec Shuggy Otis à la basse, c'est un morceau fantastique, léger comme une bulle de savon, un pur régal de free-jazz au sujet duquel, au final, il n'y à pas grand chose à dire. Si ce n'est que c'est fantasbuleux. Allez, assez parlé ; de toute façon, devant telle pépite, on ne peut pas dire grand chose, c'est tellement fort que ça se passe de mots.

Willie The Pimp : Unique morceau chanté, Willie The Pimp dure 9 minutes, et possède donc des parties vocales hilarantes signées de Captain Beefheart, ami de Zappa (mort récemment, il y à quelques mois), et que Zappa, la même année, produira (le double démentoïde Trout Mask Replica qu'il faudra bien que j'aborde en Track-by-track un jour ou l'autre). Selon la légende, les paroles ne sont ni de Zappa, ni de Beefheart (de son vrai nom Don Van Vliet), mais viendraient d'une conversation entre groupies, enregistrée fortuitement. Ca me semble bizarre, vu que la chanson parle d'un proxénète, Willie, qui parle donc de lui-même (I'm a little pimp with my hair gassed back, pair a khaki pants with my shoe shined black). Le titre de l'album est dans les paroles, qui sont totalement hilarantes. Sinon, le morceau offre un long et puissant solo de guitare, et le chant de Beefheart est totalement givré (sa voix !!), mais ne prend pas beaucoup de place sur le morceau. Immense.

Son Of Mr Green Genes : La même année que Hot Rats (quelques mois plus tôt), les Mothers Of Invention sortaient le double album Uncle Meat, vraie pièce maîtresse de leur discographie. Sur ce disque hautement culte et complexe se trouve un morceau ne payant apparemment pas de mine, Mr Green Genes, chanté. Son Of Mr Green Genes, ici présent, 9 minutes, en est une sorte de remake/suite instrumental, reprenant le thème musical de Mr Green Genes, et le sublimant. C'est un morceau franchement remarquable permettant encore une fois à Zappa de briller avec sa guitare, et ne parlons pas des autres musiciens qui, de Ian Underwood (claviers, instruments à vent) à Paul Humphrey (batteur) en passant par Max Bennett (basse), sont tout simplement en état de grâce, encore une fois. Grandiose.

Little Umbrellas : 3 petites minutes pour ces petits parapluies (traduction de Little Umbrellas) sympathiques. C'est probablement le morceau le moins grandiose de Hot Rats en raison de sa trop courte durée, mais c'est aussi une ouverture de face B très reposante, plus jazz que free-jazz, et très agréable. Mis à part l'incontestable virtuosité des musiciens, rien à dire sur Little Umbrellas. C'est définitivement trop court, et moins recherché que les autres titres. Mais ça reste vraiment un plaisir à écouter !

The Gumbo Variations : 13 minutes en vinyle initial, 17 en CD, dans l'édition revue par Zappa lui-même. Ces quatre minutes supplémentaires, dispatchées dans le morceau, je défie quiconque de les retrouver, ah ah ah ! The Gumbo Variations est une jam ahurissante de jazz pur et dur plutôt que de free-jazz. Entre la guitare de Zappa, le violon de Sugar Cane Harris et le saxophone de Ian Underwood, qui est le meilleur ? Une collision ahurissante, au son fantastique (enregistré selon une ancienne technique d'enregistrement jazz, avecle son qui se répercute contre le mur avant de frapper le micro, ce genre de choses), un morceau certes très long, tellement long qu'on en sort vidé, épuisé, mais c'est aussi une réussite incontestable qui prouve le talent, le niveau exceptionnel de Zappa et des musiciens l'accompagnant. The Gumbo Variations est un monstre, rien d'autre.

It Must Be A Camel : Jean-Luc Ponty au violon (unique morceau de Hot Rats avec Ponty, et première d'une longue série de collaborations entre Zappa et le violoniste français, par ailleurs) pour les 5,15 minutes de ce It Must Be A Camel chaloupé et très réussi. Après les quasiment 17 minutes ahurissantes (et quelque peu épuisantes !) de The Gumbo Variations, entendre un morceau aussi calme (piano sublime, idem pour le saxophone), bien que possédant quelques envolées guitaristiques chères à Zappa, ça fait du bien par où ça passe ! Pour être honnête, ce morceau, bien que remarquable, n'est pas le sommet de ces rats chauds. Néanmoins, il achève avec talent et efficacité, et originalité, ce disque fantastique et au final, donc, très accessible, ce que ne seront pas d'autres albums de Zappa (tout comme les albums des Mothers Of Invention, tout sauf accessibles). Une réussite free-jazz.

 Bref, Hot Rats est un sommet, un disque remarquable qui se taillera un beau succès en Europe (en revanche, aux USA, le disque, sans bider, se vendra nettement moins bien) et contient, en ouverture, deux des morceaux les plus essentiels, emblématiques du moustachu. Un disque grandiose, accessible au plus grand nombre, permettant de servir de porte d'entrée pour l'univers si complexe, grand et étendu de Zappa. Il y à tant à découvrir chez ce type, un vrai génie parti trop tôt (la cinquantaine, cancer, lui qui n'a jamais pris de came et ne touchait pas à l'alcool - en revanche, il fumait comme un sapeur et buvait du café fort par tonneaux), et qui livre ici une de ses oeuvres les plus essentielles et réussies. Immense.