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Pour ce nouveau Track-by-track, un disque remarquable mais hélas pas aussi connu qu'il ne le faudrait : Zuma, de Neil Young, enregistré avec son groupe Crazy Horse, sorti en 1975 sous une très hideuse pochette conçue par un certain Mazzeo. Produit par le Loner et David Briggs, l'album est sorti la même année que Tonight's The Night que j'ai déjà abordé ici (mais qui, lui, avait été enregistré en 1973). Après deux disques (On The Beach et celui que je viens de citer) très sombres, Zuma permet à Young de revenir à un son plus léger, pas totalement joyeux, mais, en tout cas, plus classique. On notera la participation de Crosby, Stills & Nash (inutile de rappeler qui ils sont, tout le monde connaît, non ?) sur un titre, le dernier. L'album offre de pures merveilles, et le voici, track-by-track :

Don't Cry No Tears : Whoah. Une chanson telle que celle-là, en ouverture, c'est inespéré ! Dès l'intro, Don't Cry No Tears se pose là comme étant une réussite absolue, malgré sa courte durée (2,35 minutes, morceau le plus court de Zuma). Un riff remarquable, assez rock, limite grunge avant l'heure (Neil Young est considéré comme le papa du grunge), un son rocailleux et sublime, et toujours, cette voix inoubliable, un peu fragile, qui déboule. Don't cry no tears around me, 'cause when all the water's gone, the feeling lingers on, old true love ain't too hard o see, so don't cry no tears around me. Avec son Cheval Fou de backing-band (Frank Sampedro à la guitare rythmique, Billy Talbot à la basse, Ralph Molina à la batterie), Neil offre ici une grande chanson.

Danger Bird : Quasiment 7 minutes atmosphériques et remarquables, tout en étant très rock. Pour l'anecdote, dans une interview, Lou Reed, un jour, dira de Neil Young, en citant Danger Bird comme exemple, qu'il était vraiment un guitariste grandiose à cette époque. Il faut dire que ce morceau est tout simplement faramineux, même si (et c'est énorme !) il y à encore meilleur, sur Zuma, que Danger Bird, niveau guitare. Les paroles sont également très belles, le chant, toujours aussi fragile mais en même temps très marqué, de Neil est fantastique. Bref, un grande chanson.

Pardon My Heart : Très belle chanson que ce Pardon My Heart, chanson qui devait, à la base, se trouver sur un album qui se serait appelé Homegrown, et ne se fera jamais (des morceaux issus de ce disque avorté se trouvent notamment sur le médiocre, inégal American Stars'n'Bars de 1977). Une chanson folk très calme, franchement sublime. Ah et, au fait, rien à voir, mais j'ai oublié plus haut de dire pourquoi l'album s'appelait Zuma : ce n'est pas en rapport avec la chanson Cortez The Killer, mais en lien avec le nom d'une plage située non loin du lieu d'enregistrement, Zuma Beach, à Malibu.

Lookin' For A Love : Plus rythmée que Pardon My Heart, Lookin' For A Love est du même acabit que Don't Cry No Tears, à savoir une chanson très rock, au son assez grunge, mais quand même assez ensoleillée, légère, enlevée. Pas le sommet de l'album, mais assurément une très bonne chanson aux paroles plutôt sympathiques sur la quête de l'amour, de l'âme soeur... Lookin' For A Love est encore une fois une chanson super bien chantée et jouée, la guitare est excellente sur ce titre court (3,15 minutes) et très frais.

Barstool Blues : Fin de la face A avec Barstool Blues, 3 petites minutes intenses et, à ce niveau, le plus rock et violent de Zuma. Là, c'est du lourd, la guitare est acérée, grunge, rocailleuse, limite agressive (le son est plus lourd que pour les quatre morceaux précédents), et le chant est plus sombre tout en étant loin de la noirceur de On The Beach et Tonight's The Night. Une très bonne chanson, un peu bluesy comme son titre l'indique, mais surtout très très rock. Zuma est décidément un album assez éclectique, entre folk et rock. Barstool Blues est une des meilleures chansons de l'album.

Stupid Girl : La face B s'ouvrait sur ce Stupid Girl qui n'a évidemment rien à voir avec la chanson de Garbage (ah ah ah). Chanson plutôt courte (3,15 minutes) et franchement réussie, un rock pas trop violent, mais clairement pas apaisant, interprété à la perfection par un Loner en grande forme, tant niveau chant que niveau guitare. Paroles assez cyniques, caustiques sur une jeune femme un peu conne, la chanson s'adresse d'ailleurs directement à elle (You're just a supid girl, you really got a lot to learn). Pas le sommet de Zuma, mais franchement bon.

Drive Back : Comme Barstool Blues, en encore plus teigneux et rock, et violent. Drive Back en est limite inaudible, tant le son est saturé, tant la musique est agressive et grunge avant l'heure. Tout comme Stupid Girl, Drive Back est une excellente chanson, sans être pour autant un chef d'oeuvre. Il faut dire que la face B est vampirisée par la chanson suivante, tout simplement immense. Heureusement que Drive Back ne se trouve pas après, d'ailleurs... Bon, une très bonne chanson bien efficace, guitare saturée, sans grande originalité, mais on sent que le groupe et le Loner se sont éclatés à la faire.

Cortez The Killer : 7,30 minutes ahurissantes. Chanson interdite en Espagne rapport au sujet (une vision très cynique et noire de l'invasion du Mexique par Cortez ; Cortez est considéré comme un héros en Espagne, un des personnages les plus importants de leur histoire, mais le Loner en parle comme d'un homme ayant massacré, fait massacrer, tout un peuple, les Aztèques, qui étaient dirigés par Moctezuma II). Le titre de l'album pourrait venir d'une diminution de Moctezuma, mais ce n'est pas le cas. Cortez The Killer commence par un long et démentiel, sensationnel, sublimissime solo de guitare, qui prouve définitivement le talent guitaristique du Loner. Une chanson triste, mélancolique, hors du commun, une des plus belles de l'histoire du rock. And they built up ith their bare hands what we still can't do today...

Through My Sails : Chanson qui, à la base, devait se trouver sur un album de Crosby, Stills, Nash & Young, qui aurait du se faire en 1974 mais le projet sera abandonné. Through My Sails bénéficie donc de la participation de David Crosby, Stephen Stills (à la basse) et Graham Nash, et est une sublime chanson acoustique, courte (2,40 minutes) et totalement renversante, une chanson idéale pour achever l'album, même si n'importe quelle chanson, après Cortez The Killer, semble un peu mineure. Through My Sails, heureusement, parvient à satisfaire l'auditeur sans problème.

 Bref, Zuma est une réussite, un des meilleurs albums de Neil Young, et probablement mon préféré, devant Everybody Knows This Is Nowhere, On The Beach (que je place à égalité, en terme de préférence, avec Zuma) et Tonight's The Night. Avec un classique absolu comptant parmi les meilleures chansons rock de l'histoire en guise de raison principale d'achat (il faut dire que la pochette, elle, ne donne pas envie), ce disque offre 9 sublimes chansons, tour à tour folk et acoustiques ou rock et électriques. Interprétation sans failles, aucune mauvaise chanson, ce disque court (36 minutes) est une réussite totale.