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202ème Track-by-track, et pour ce faire, un classique du hard-rock : Appetite For Destruction, sorti en 1987, le premier vrai album des Guns'n'Roses. L'album est sorti en vinyle sous une pochette signée Robert Williams, ci-dessus, qui fera scandale et sera remplacée rapidement par une pochette noire représentant, sur une croix, et en têtes de mort, les cinq membres du groupe de l'époque : W. Axl Rose (chant), Slash (guitare), Izzy Stradlin' (guitare), Duff McKagan (basse) et Steven Adler (batterie). J'ai décidé de mettre la pochette initiale (qui représente une jeune femme se faisant troncher par un robot libidineux contre une palissade, sur le trottoir), et qui se trouve dans le livret CD, plutôt que l'illustration CD, car elle est plus belle. L'album est heavy, trash (les paroles parlent de putes, de sexe, de came, de violence...), décadente, sous forte influence New York Dolls. C'est, pour beaucoup, le sommet du groupe (je pense, perso que Chinese Democracy est tout aussi bon, tout en étant radicalement différent), et je trouve en tout cas ce disque supérieur aux deux Use Your Illusion de 1991. C'est un monstre de hard-rock, et le voici :

Welcome To The Jungle : La claque dans la gueule, dès la première chanson. Riff génial en intro, ambiance parfaite, chant tout simplement démentiel et paroles cruellement vraies sur la vie en Californie, à Los Angeles, bienvenue dans la jungle urbaine, où les dealers et putes courent les rues. If you got the money, honey, we got your diseases. Welcome To The Jungle est, en 4,30 minutes, une réussite absolue, un des sommets non seulement de l'album, mais du groupe, et du hard-rock de ces 30 dernières années, même si l'album n'a que 24 ans (déjà, cependant...). Que dire d'autre ? Tout est immense, parfait, ici !

It's So Easy : Nettement plus courte est ce It's So Easy fantastique. Seulement 3,20 minutes (pas la plus courte, mais pas loin du tout !), maistout y est : intro de malade à la basse, riff saignant, chant parfait (Axl chante de sa voix rauque et basse, ce mec est un vrai catalogue de voix qu'il entremêle, souvent, en studio, en plusieurs pistes), rythme haletant. La chanson ne laisse aucun répit à l'auditeur, déjà bien malmené par la quintessentielle première chanson. It's So Easy vient confirmer que l'album sera de cet acabit, une pure décharge d'adrénaline de 53 minutes (malgré une chanson douce en 9ème position). Immense !

Nightrain : Extraordinaire chanson bien boogie et heavy, que ce Nightrain qui file à vive allure comme un train dans la nuit (belle métaphore, mais pas originale, en même temps, non ?). Un groupe en super forme sur cette chanson vraiment speedée, au final démentiel et très rapide. Une belle montée en puissance pour cette chanson plutôt généreuse niveau durée (4,25 minutes) et faisant partie des plus sympathiques, et de mes préférées de Appetite For Destruction. Le groupe fera par la suite beaucoup de chansons encore plus réussies, c'est clair, mais en attendant, c'est vraiment du bon boulot !

Out Ta Get Me : Un riff bien mortel pour ouvrir la chanson. Out Ta Get Me est une chanson assez réussie (mais pas une des meilleures de l'album, elle est, il faut bien le dire, moins grandiose que les trois précédentes) sur un mec en cavale qui braille à tout le monde (et donc, aux auditeurs), qu'il ne se fera jamais choper, ils ne le rattraperont jamais, ne le débusqueront jamais, et puis, en plus, il est innocent. Une chanson interprétée par un Axl assez concerné (lui et d'autres membres du groupe n'étaient pas clairs, judiciairement parlant, ils étaient recherchés dans quelques Etats pour délits mineurs, un vrai groupe de tordus !), une rythmique assez réussie... Out Ta Get Me est donc une assez bonne chanson ! Pas un sommet, mais très correct ! Le Take that one to heart ! final est assez marquant, on imagine bien Axl faire un doigt d'honneur en même temps...

Mr Brownstone : Chanson remarquable qui parle, à mots couverts, de drogues dures (le Mr Brownstone - pierre brune - de la chanson est la came). Le narrateur se retrouve tout la nuit obligé de danser, de se déplacer, avec un certain Mr Brownstone qui lui colle au derche. Evidemment, ça signifie qu'il est défoncé... We've been dancing with Mr Brownstone, he's been knockin', he won't leave me alone, no no no... Une chanson juste superbe, puissante, remarquable, pour moi une des meilleures de l'album, même si elle ne fait pas partie des plus mythiques et connues ; comparée à Sweet Child O' Mine où à la suivante, c'est clairement moins connu. Mais c'est excellentissime.

Paradise City : La chanson la plus longue de l'album avec 6,45 minutes, et indéniablement une des plus réussies. Paradise City est typiquement le genre de chanson qui rend accro dès la première écoute. Une chanson démoniaque, remarquable, sur la vie en métropole (il semblerait que ça soit Louisville, Kentucky). Comme Welcome To The Jungle. Malgré sa longueur, cette chanson, au final assez étendu, est une pure réussite interprétée par un Axl Rose remarquable, et on a aussi droit à des parties de guitares tout simplement sublimissimes. Seule chanson de l'album avec des synthétiseurs, qui sont bien utilisés par ailleurs, elle sortira en single et se taillera un beau succès. Elle est souvent utilisée en fin de concerts, sur les différentes tournées du groupe, ce qui prouve son niveau !

My Michelle : Mouais... You daddy works in porno, now your mommy's not around/She used to love her heroin and now she's underground... Avec des paroles aussi trash et radicales en ouverture, doublées d'un riff de malade, inutile de dire que My Michelle démarre bien. Hélas, le reste est moins bon. Refrain poussif pour cette chanson que je n'ai jamais aimé, ou du moins, jamais vraiment apprécié à sa juste valeur. Pour moi, la chanson la moins réussie de l'album (avec une autre plus loin), ce n'est pas qu'elle gâche l'album, non, mais elle ne fait rien pour l'améliorer. Un peu basique et moyenne, donc...

Think About You : Une de mes préférées du groupe et de l'album. Je ne sais pas pourquoi, mais c'est le cas ! Think About You est une sublime chanson au rythme remarquable, mais je pense que ce que je préfère, ici, c'est le son de guitare, claironnant et un peu distant, sur les refrains, qui sont eux-mêmes superbes niveau vocal. Axl est ici en grande forme après un My Michelle ouvrant assez moyennement la face B. A l'arrivée, fort de ses 3,50 minutes de pur bonheur, Think About You est une réussite majeure de plus pour ce disque remarquable !

Sweet Child O'Mine : Composée assez rapidement en studio par Slash et Duff McKagan (qui s'amusaient avec un riff trouvé par Slash), Sweet Child O'Mine permettra au groupe de cartonner totalement dans les charts (même si la chanson sortira en version courte, amputée, ce qui est dommage). Ca, c'est pour la musique, qui a tellement interpellé Axl, pendant que Slash et Duff bidouillaient dessus en studio, qu'il a déboulé en disant attendez mais c'est génial ! et a sorti de sa poche un poème écrit pour sa petite amie de l'époque. Ca, c'est pour les paroles. Et le morceau a été enregistré en une seule prise, du moins, la première fut la bonne. Ca, c'est pour la légende (même si c'est sans aucun doute vrai). A l'arrivée, une chanson monumentale, douce et magnifique, au riff sensationnel et au chant inoubliable, 5,50 minutes sensationnelles à faire pleurer dans les QHS.

You're Crazy : 3,15 minutes en tout (la plus courte) pour ce You're Crazy apprécié de pas mal des fans, mais que je n'ai jamais aimé, à vrai dire. Je ne sais pas trop pourquoi... Les couplets, un peu poussifs ? Ou alors le refrain, que je trouve basique et sans grand intérêt ? Ou alors, parce qu'il en fallait une (mais My Michelle, j'aime encore moins) ? Toujours est-il que je trouve cette chanson assez surestimé et franchement moyenne, pour ne pas dire pire. La musique est pas mal, et la chanson n'est pas trop longue, ce sont deux bons points à en retirer, mais pour le reste...

Anything Goes : Avec 3,25 minutes, un des plus courts (battu de 5 secondes par It's So Easy, et de 10 par You're Crazy, ah ah ah). Anything Goes est une chanson nettement meilleure, enfin selon moi, que You're Crazy, et permet à Slash (ou à Izzy ? Probablement à Slash, cependant) de briller avec une utilisation très efficace de la fameuse talk-box popularisée par un certain Peter Frampton (la talk-box est un petit appareil permettant de faire sonner sa guitare comme une voix humaine, ou le contraire, en soufflant dedans après l'avoir raccordée à l'instrument, le son donné est assez synthétique). Mis à part ça, le morceau est assez énergique, sympa, mais pas grandiose. Ce n'est pas mauvais, et comme je l'ai dit, je le trouve meilleur que le précédent (je dois être un peu fou quelque part), mais comparé au suivant, où à la majorité des précédentes, c'est pas vraiment le même niveau.

Rocket Queen : 6,15 minutes hautement sexuelles. Pas seulement pour ce cultissime bridge instrumental central au cours duquel on entend une jeune femme se faire troncher (elle a été enregistrée à l'insu de son plein gré pendant qu'un roadie du groupe, ou qu'un membre du groupe, peut-être même Axl, se la faisait dans les coulisses du studio). Mais la chanson est éminemment sexuelle. La première partie est vive, violente, énergique, sensationnelle aussi, avec un Axl excité comme une puce, un refrain démentiel (Here I am, and you're rocket queen, I might be a little young but honey I ain't naive), guitares grandioses, rythmique de feu. Puis, le bridge, les cris de jouissance. Retour du refrain, autre court bridge instrumental (sans gimmicks sonores) et changement radical de rythme. Là, Rocket Queen devient calme, doux, apaisé, Axl chante superbement bien, d'une voix posée et douce. On pense un peu au repos du guerrier après la baise, alors, ça t'a plu ?, ce genre de choses... Le morceau se finit en beauté, et se pose là comme étant un des sommets de l'album.

 Alors, au final, que dire sur ces 53 minutes époustouflantes ? Certes, il y à une ou deux chansons que je trouve un peu en-dessous (You're Crazy, et My Michelle), mais quand même, Appetite For Destruction est bel et bien un sommet de hard-rock, interprété à la perfection par un groupe de fous furieux en goguette. Une collection ahurissante de classiques, un son juste puissant (production de Mike Clink, qui produira aussi les Use Your Illusion), un chanteur totalement psychotique mais talentueux, des guitares en furie... Dans le genre, ce disque a totalement revitalisé le genre, un genre alors en perte de vitesse, le grunge n'allait pas tarder à faire parler de lui. Un grand, grand disque de malades !