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Pour ce 200ème Track-by-track, je ne pouvais que vous proposer un disque phénoménal et comptant énormément pour moi. Voici donc Songs In The Key Of Life, de Stevie Wonder, double album (toujours en CD) sorti en 1976. En fait, il était même triple, à la base, car on trouvait, dans l'édition double vinyle, un mini 33-tours (taille de 45-tours, écoutable à la vitesse 33-tours en revanche) de quatre titres, lesquels titres se trouvent en bonus-tracks à la fin du deuxième CD. Ce disque est juste immense, je ne pouvais pas ne pas l'aborder ici, et pour tout dire, j'attendais d'arriver à un nombre suffisant de TBT pour le faire (je ne voulais pas l'aborder dans la masse, mais l'aborder en tant que 200ème me semble très logique et convenable, au regard à son côté grandiose et au fait qu'il compte énormément pour moi). Ce disque, donc, le voici :

CD 1 :

Love's In Need Of Love Today : 7 minutes remarquables pendant lesquelles, à la sauce soul/gospel, Stevie Wonder et ses choristes nous offrent une magnifique chanson d'amour, de foi et d'espérance. L'amour a besoin de l'amour, de nos jours. La chanson démarre directement, pas une seule seconde de vide à partir du 00:00 du minutage. Bien que longue (une des plus longues de l'album, mais pas la plus longue), Love's In Need Of Love Today est une splendeur absolue, dont le final s'étend sur quasiment toute la dernière moitié (une jam vocale entre Stevie et ses choristes, répétant le mantra de la chanson), ce qui pourrait sembler excessif, mais, en fait, est tout simplement somptueux. Aucun ennui durant l'écoute de ce morceau qui, comme les autres, s'enchaîne directement sur le suivant.

Have A Talk With God : Une chanson soul très courte (2,45 minutes, c'est la plus courte) dans laquelle Wonder, vraiment habile de ses doigts avec toutes sortes de claviers, nous explique que, si jamais on se sent mal dans sa peau, mal-aimé, seul, on peut parler sans problème, et gratuitement, au plus grand psychanalyste de l'histoire et du monde, Dieu. Une chanson optimiste, qui nous dit que même quand on a des ennuis, on peut s'adresser à Dieu, qui saura quoi faire. Le côté un peu religieux est très poussé, mais mis à part ça, Have A Talk With God, très enlevée, est excellente !

Village Ghetto Land : Attention, grand moment de déprime en vue. Village Ghetto Land est une chanson sinistre. La musique est lyrique (un mellotron et divers claviers imitent un orchestre de cordes), mais les paroles sont 'une noirceur tellement éprouvante qu'on en ressent un profond malaise. D'une voix assez lyrique, avec ces arrangements qui rendent mal à l'aise (comme sur le Berlin de Lou Reed), Stevie nous décrit la vie dans un ghetto noir pauvre et miséreux. Les enfants jouant dans les décharges, avec des éclats de verre partout... les clodos... les chiens errants... la famine... les familles réduites à farfouiller dans les poubelles, à manger de la bouffe pour chiens... la violence omniprésente... les bébés qui meurent de famine... Tout nous est décrit, sur fond de musique outrancièrement et faussement légère, comme une visite de parc d'attractions pour Blancs. Wonder nous décrit ça comme histoire de nous dire ça vous plairait de vivre comme ça ? Non ? Hé bien sachez que nous, on n'a pas le choix. Tragique, dur, âpre, même si un peu caricatural sans doute (le trait est sans doute un peu forcé pour choquer), Village Ghetto Land est une claque. Immense.

Contusion : Instrumental grandiose rythmé par la guitare de Mike Sembello. Contusion est un morceau tout simplement exceptionnel qui, après la gravité et le côté très pesant et solennel de Village Ghetto Land, redonne la patate. Un morceau fantastique, sur lequel la guitare de Sembello s'emballe (jeu de mots, ah ah ah), ce mec joue vraiment vite, il aligne une suite de notes remarquables, avec une virtuosité rare. Impossible de ne pas adorer ce morceau fantastique qui, comme les autres de l'album, s'enchaîne directement avec le suivant (seuls les morceaux séparés par le changement de face ne s'enchaînent pas directement évidemment), et qui est...

Sir Duke : La face A s'achevait sur Sir Duke, chanson immense et ultra connue faite pour rendre hommage à Duke Ellington, grand nom du jazz (d'autres sont cités : Count Basie, Ella Fitzgerald), mort en 1974. Les deux autres grands noms cités n'étaient pas morts à l'époque (Basie : mort en 1984 ; Ella, en 1996). Une chanson inoubliable, trompette sensationnelle en intro, refrain parfait (You can tell it's all over, you can tell it's all over people), Sir Duke est une des meilleures chansons de l'album et de Wonder, et un hommage remarquable à un ténor du jazz.  Que dire d'autre, sinon que si vous ne connaissez pas encore cette chanson, vous feriez bien mieux de vous ruer sur Songs In The Key Of Life ?

I Wish : La face B s'ouvre sur une chanson remarquable que les fans de rap reconnaîtront sans peine même sans l'avoir entendue. En effet, I Wish, chanson mémorable, trépidante, enlevée sur l'enfance et l'adolescence, avec des paroles assez rigolotes par moments, sera source d'inspiration (ou de pompage ?) pour une chanson de Will Smith, Wild Wild West, issue de la bande-son du film navet du même nom ! C'est le refrain qui a été visé par ce pompage, et uniquement le refrain. I Wish est vraiment une excellente chanson, dotée d'un groove remarquable. On comprend, dans un sens, que des rappeurs s'en soient inspiré !

Knocks Me Off My Feet : Une ballade comme il y en à d'autres sur Songs In The Key Of Life (on en comptera encore trois). Mais c'est encore une fois une très belle chanson que ce Knocks Me Off My Feet, une chanson bénéficiant d'une interprétation sans failles, d'un refrain tout simplement sublime (I Don't wanna bore you with it - Ooh but I love you, I love you, I love you), d'une mélodie sublime,bien qu'un petit peu trop mièvre quelque part. Ce n'est pas aussi mièvre que le sera If It's Magic sur le deuxième disque, mais c'est clairement une belle ballade bien soft, radicalement différente des deux chansons qui l'entourent. N'empêche, c'est bien !

Pastime Paradise : Encore une chanson qui sera pompée, plus ou moins (et, ici, plutôt 'plus' que 'moins' !), par un rappeur. Et ce, avant, bien avant Will Smith. Pastime Paradise est la chanson qui donnera, quelques 20 ans après, Gangsta's Paradise, le fameux tube mondial de Coolio, bande-son du film navet Esprits Rebelles. Si vous me lisez depuis le début ou presque, vous savez que je n'aime pas du tout le rap. N'empêche, je reconnais que la chanson de Coolio est très bonne, une chanson qui a bien puisé dans Pastime Paradise (tout y est, sauf les paroles et le côté rap : la mélodie, le groove, les différentes parties du style bridge, refrain...) et a bien réussi son coup. Pour en revenir à Pastime Paradise, c'est une chanson remarquable, une des meilleures de l'album, et une chanson qui, comme Village Ghetto Land ou le grandiose Black Man de la face C, parle des problèmes raciaux et sociaux, des inégalités. Une grande chanson.

Summer Soft : Autre ballade, ce Summer Soft sublime et cependant un peu 'oublié', j'en ai peur. La chanson n'est en effet vraiment connue que de celles et ceux qui possèdent Songs In The Key Of Life (tandis qu'une bonne partie des chansons de l'album, et y compris l'instrumental Contusion, sont très connues en-dehors de l'album). Une chanson superbe, tout simplement, mélange remarquable de douceur et de vitalité (les refrains sont plus enlevés que les couplets, le final permet à Stevie de pousser un peu de la voix). Une chanson pleine de mélancolie et qui laisse la place, sans pause, à la monstrueuse chanson achevant ce premier disque, et qui est...

Ordinary Pain : Comme je l'ai dit en final du dernier paragraphe, cette chanson est monstrueuse. C'est la deuxième plus longue du premier disque, avec 6,20 minutes. Ordinary Pain est une chanson en deux temps. La première partie est chantée par Stevie, et est un pur exemple de ballade mélancolique, sublime en tous points, paroles magnifiques, ambiance parfaite, sublime partition de claviers... Arrivé au centre du morceau environ, Ordinary Pain change radicalement de style. Exit le chant de Wonder, place à une sorte de proto-rap signé Shirley Brewer (créditée en reply, autrement dit, 'réponse', dans les crédits de pochette), un long texte interprété en quasi spoken-word, assez engagé du côté féministe, entrecoupé de Ordinary pain, ordinary pain signés de choristes feminins, et avec, comme fond sonore, un groove funky haletant, fantastique. Engros, on a le mec qui prle au départ, et sa future ex qui lui répond acidement par la suite. Les deux parties sont remarquables, j'avoue cependant avoir une préféfence pour le final franchement extraordinaire.

CD 2 :

Isn't She Lovely : 6,30 minutes absolument sensationnelles et très connues (ça sera un tube) pour ouvrir un disque 2 aussi réussi que le premier. Isn't She Lovely, avec son solo d'harmonica, son chant joyeux, ses gimmicks sonores rigolos (un bébé qui pleure, rigole, prend un bain, ffait clapoter l'eau du bain), ses claviers funky, son ambiance parfaite, est une chanson tout simplement immense, composée par Stevie en hommage à la naissance de sa fille Aisha (et c'est un prénom qui convient : comme il le dit dans les paroles, Love is Aisha, the meaning of her name : 'l'amour est Aisha, la signification de son prénom'), une petite fille craquante qu'il décrit et chante avec amour. 'N'est-elle pas adorable', chante-t-il, et on a ici tout l'amour d'un père pour son enfant. On imagine aussi que le handicap de Stevie (sa cécité) a vraiment du être plus cruel que d'ordinaire, il ne peut que s'imaginer, visuellement parlant, sa fille... Mais à l'entendre, on sait que malgré son handicap, il a tout de suite 'vu' que sa fille était vraiment so very lovely made from love. Une chanson magnifique et magistrale.

Joy Inside My Tears : Egalement 6,30 minutes pour ce Joy Inside My Tears remarquable, bien qu'un petit peu trop étendu sans doute. C'est une ballade très mélancolique, lente, interprétée de voix de maître par un Stevie habité par la grâce, même si, comme je l'ai dit, le passage final, où il répète le refrain (You, you, you, made life history, you brought some joy inside my tears), avec plusieurs variantes, est assez longuet, quand même. C'est construit sur le même principe répétitif que Love's In Need Of Love Today, en gros. Une bien belle chanson, rien à dire, mais une minute de moins ça aurait été bien aussi, je pense.

Black Man : 8,30 minutes achevant la face C. Oui, on passe vraiment à du lourd, sur ce disque 2 ! Black Man est une chanson monstrueuse, aucun autre terme ne convient. C'est le morceau le plus long de Songs In The Key Of Life, mais pas de beaucoup (en fait, un autre est aussi long...). La chanson parle des problèmes raciaux d'une manière très originale : durant toute la première partie, qui est très funky et enlevée, Stevie énumère une liste de personnalités connues de l'histoire des USA, et explique brièvement qui ils étaient, et la couleur de leur peau (par exemple, Garrett Morgan a inventé le maqsue à gaz, Jean Baptiste a fondé la ville de Chicago en 1772, Benjamin Banneker a écrit le premier almanach américain, a aidé à la création du Capitole et fabriqué la première horloge - tous trois étaient noirs). Tous ne sont pas noirs, tous ne sont pas blancs non plus (Thomas Edison, blanc, est cité, comme Hiawata, un Indien, ou Hayakawa, un Japonais). La deuxième partie est remarquable, on entend des enfants et des adultes se répondre, les adultes dans le rôles de professeurs, et les enfants, des élèves. Les 'professeurs' posent des questions reprenant les énumérations de Stevie, les enfants répondent en donnant les noms et 'races'. Avec, en fond sonore, cette musique funky remarquable et la voix, distante, de Wonder, reprenant les paroles. En un mot, grandiose.

Ngiculela - Es Una Historia - I Am Singing : Chanson assez étonnante et franchement belle, ouvrant la dernière face du double album initial, bonus-tracks non compris. Cette chanson semblait assez importante, apparemment, pour Wonder : dans le très copieux livret glissé dans la pochette vinyle, et reproduit heureusement en totalité pour le CD, on a deux fois les paroles de cette chanson : une fois à leur emplacement normal, juste après celles de Black Man, et une fois en ouverture de livret, après un court texte introductif de Wonder sur ce qui lui a donné l'idée de faire Songs In The Key Of Life. En 3,45 minutes, la chanson est interprétée en trois langues, comme son titre le prouve : d'abord, en zoulou, puis en espagnol, et enfin, en anglais. Je pense que les paroles signifient la même chose, Ngiculela - Es Una Historia - I Am Singing est une chanson d'amour et d'espoir, très optimiste, baignée d'une partition de claviers franchement sympathique. Très très bon.

If It's Magic : Bon, il fallait bien que ça arrive. Après 14 titres fantastiques, et avant une conclusion d'album et un disque bonus eux aussi fantastiques, il fallait bien, tôt ou tard, arriver à un morceau nettement moins bon que les autres. If It's Magic est celui-là. C'est le morceau le plus court du deuxième disque avec seulement 3,15 minutes, et dans un sens, tant mieux. Franchement, ce n'est pas mauvais, Stevie chante bien, il nous offre aussi de belles parties d'harmonica, entre autres, mais cette ballade (car ç'en est une) est celle de trop, une chanson assez niaise, mièvre, soupasse par moments. Je n'ai jamais réussi à totalement accrocher à ce morceau pourtant pas honteux, mais si on le compare aux autres ballades, et, bien entendu, aux autres morceaux, y à pas photo, c'est le moins bon de tous. Ca reste correct, quand même...

As : 7, 10 minutes pour cette chanson mémorable que George Michael reprendra par la suite (il en fera, dans une version pop/soul plus courte, un vrai tube). As est une chanson grandiose, également pop/soul de toute façon, interprétée à la perfection, une chanson d'amour dans laquelle avec le renfort de nombreux choristes (la liste est longue !), Stevie explique à sa femme qu'il l'aimera toujours, jusqu'à ce qu'un certain nombre de choses impossibles à arriver arrivent (comme jusqu'au jour où les montagnes seront dans la mer, que 8 + 8 + 8 + 8 + 8 = 4, et autres exemples plus ou moins farfelus et prouvant qu'il l'aimera pour toujours, Always). Pendant que les choristes répètent, sur un lit soul remarquable, ces exemples, Stevie nous offre des Alwaaaaaaaaaayyyyyyyyys très étendus, qui couvrent tout. Bref, As est un exemple parfait de chanson d'amour. Une grande réussite de plus.

Another Star : 8,30 minutes remarquables qui, il me semble, seront reprises en version samba (je veux dire : encore plus samba, car, à la base, c'est un morceau très festif et brésilien que ce Another Star) par un groupe de musique brésilien, par la suite. Another Star, en effet, morceau entièrement signé Stevie Wonder, est de la pure samba brésilienne. La mélodie est inoubliable, mais pas inimitable, vu que le morceau sera source d'inspiration pour pas mal de morceaux festifs du même acabit. Une chanson admirable, grandiose, qui achève le deuxième disque vinyle sur une note dansante et originale, avant les quatre bonus-tracks glissés dans un mini 33-tours (vinyle) ou, tout simplement, placés en fin du deuxième CD. Il existait cependant, avant, une autre édition CD qui offrait deux bonus-tracks en fin du premier disque, et les deux autres en fin du deuxième, ce qui est un peu différent et surtout moins logique (je ne pense pas qu'il faille séparer les quatre bonus-tracks)... Pour en revenir à Another Star, c'est immense.

A Something Special's Extra Record/Bonus-Tracks :

Saturn : Le disque bonus (et la partie bonus, titres 8 à 11 du CD 2) commence avec ce Saturn excellent, chanson pop baignée de synthétiseurs, et interprétée avec conviction et force par Wonder. Seul reproche, minime mais tout de même, la chanson est, au niveau des paroles, une belle absurdité new-age totalement insipide et ridicule, avec comme sujet le fait que les Terriens doivent partit pour s'installer sur Saturne, où ils vivront jusqu'à 200 ans environ, où la vie sera meilleure, etc... Mis à part ce délire new-age des paroles, la chanson est une pure petite splendeur pop, une de mes préférées de l'album tout simplement. C'est très efficace et sympa !

Ebony Eyes : Encore une chanson très pop, et très funky en même temps, ce Ebony Eyes qui parle d'une charmante jeune femme aux yeux noirs d'ébène. Un groove remarquable court tout du long des 5 minutes parfaites de cette très sympathique chanson. Une chanson qui achevait la face A du disque bonus et pourrait aussi bien parler d'une jeune femme que d'Aisha, la fille de Stevie, venant de naître, et dont Isn't She Lovely était déjà une belle ode. En tout cas, Ebony Eyes est sublime.

All-Day Sucker : Un funk endiablé franchement remarquable ouvrait la face B du disque bonus. All-Day Sucker est une chanson excellente, sympathique comme tout, bénéficiant d'un groove parfait, d'un sens du rythme sensationnel. 5 minutes haletantes bénéficiant de la participation de choristes en grande forme (All-day sucker for your love). La chanson devient un peu répétitive à un moment donné, mais ce n'est pas trop grave, car elle est franchement excellente !

Easy Goin' Evening (My Mama's Call) : A base d'harmonica, ce Easy Goin' Evening (My Mama's Call) est un instrumental, et c'est probablement le morceau le moins bon de tout le double album. C'est vraiment dommage de finir Song In The Key Of Life (car ces quatre titres bonus présents sur le mini 33-tours sont partie intégrante de l'album) sur un morceau aussi peu réussi, même si ce n'est pas mauvais en soi. C'est juste un peu ennuyeux, lent, voire même, disons-le net, emmerdant. Enfin, bon, c'est la seule vraie erreur de ce disque, même si If It's Magic, comme je l'ai dit plus haut, est moyenne aussi. Pas grave, du tout même, mais quand même un peu dommage.

 Alors, que dire, au final, sur ces 'Chansons dans la clé de la vie' ? Mis à part deux chansons (ou plutôt, une chanson et un instrumental, ah ah) qui ne sont pas du niveau du reste, rien à dire. Cet album est tout simplement quintessentiel, somptueux, grandiose, c'est l'oeuvre la plus essentielle de cet artiste de génie, même si Innervisions, Fullfillingness' First Finale et Talking Book assurent également totalement. Songs In The Key Of Life est un chef d'oeuvre, quel autre terme utiliser, de toute façon ? Essentiel, remarquable... Puissant...Sublime...On ne s'en lasse pas, c'est un disque de l'île déserte !