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Pour ce 196ème Track-by-track, un disque rarissime (inexistant en CD, mais trouvable facilement en vinyle neuf, mais assez cher - presque 30 €, ce qui, pour la rareté du disque et le fait que ça soit en vinyle, n'est finalement pas si cher que ça !). Ce disque, sorti en 1969, sortira en CD au début des années 90 aux USA, et seulement là-bas, et est aujourd'hui introuvable dans ce format, comme Starsailor, autre album de Tim Buckley (que l'on peut aussi trouver en vinyle neuf assez facilement sur le Net). Car ce disque est un disque de Tim Buckley, et il s'agit du très beau Blue Afternoon. Un disque qui mérite bien son titre, tant il est triste, mélancolique, blue, quoi. Ce disque, comme Starsailor, je me le suis procuré en vinyle neuf (après l'avoir téléchargé légalement sur le Net, car on peut, pour ces deux disques, les télécharger), et j'ai donc décidé de vous le proposer aujourd'hui, en Track-by-track. Il dure 40 minutes pour 8 titres, et le voici :

Happy Time : Blue Afternoon commence calmement, doucement, avec ce Happy Time au titre asseztrompeur. Si la chanson, courte (la plus courte avec 3,15 minutes) n'est pas d'une tristesse absolue, elle n'est certainement pas très joyeuse, malgré son titre. L'ambiance générale de ce disque très accessible (ça ne sera pas le cas des deux suivants, très avant-gardistes) est très mélancolique, et ce morceau introductif, s'il n'est pas le plus mélancolique de l'album, permet cependant de se faire directement une petite idée de l'atmosphère de l'album. C'est juste superbe.

Chase The Blues Away : Une très belle chanson qui, en 5,10 minutes, impose définitivement Blue Afternoon comme le disque triste et dépressif de Tim Buckley (Happy Sad est aussi très mélancolique, mais pas autant). Pourtant, le titre de la chanson est un peu optimiste (comme pour la précédente, d'ailleurs) : 'Fuir le blues' (ou 'Poursuivre le blues' ?). Chase The Blues Away est encore une fois une chanson interprétée à la perfection, même si d'autres chansons, sur l'album, seront encore supérieures (comme les deux suivantes, déjà). Une pure petite merveille, en gros. On ne s'en lasse pas !

I Must Have Been Blind : Ce morceau aurait pu être un tube, tant il en a l'étoffe. Le chant de Buckley Sr est juste puissant, magnifique, ce morceau fait penser aux classiques Buzzin' Fly (album Happy Sad), Pleasant Street (album Goodbye And Hello) ou Morning Glory (même album), c'est aussi majestueux que ces morceaux, tout simplement. I Must Have Been Blind est une pure splendeur. 3,40 minutes de beauté folk absolue, la voix de Tim, mon Dieu... Là, désolé, mais je préfère me taire plutôt que de raconter des niaiseries au sujet de cette chanson immortelle.

The River : 5, 45 minutes pour cette splendeur absolue qui achevait la face A. I live by the river... Une pure merveille dont le titre sera aussi celui d'une fameuse chanson de Springsteen n'ayant rien à voir (idem pour la chanson suivante, dont le titre sera aussi celui d'une chanson de The Police n'ayant rien à voir aussi). The River est juste sensationnel, une chanson à propos de laquelle il n'y à pas grand chose à dire, si ce n'est : écoutez-la. C'est assurément un des sommets de ce disque si remarquable et, malheureusement, un peu oublié, compte tenu qu'il est difficilement trouvable...

So Lonely : Légèrement plus léger (ah ah ah !) que les précédents morceaux, So Lonely est une très belle chanson, pas trop longue (3,25 minutes), idéale pour relancer la machine après l'interruption des faces. C'est encore une fois une chanson très triste, nostalique, Timmy B. nous dit ici qu'il se sent seul, tout seul, et rien qu'à entendre sa voix, et ce, malgré une mélodie nettement moins triste que précédemment, on devine vraiment qu'il a le bourdon. Mais ce bourdon n'est pas forcément contagieux. En tout cas, il est sublime !

Café : Basse très présente sur ce titre remarquable de 5,40 minutes, un des plus longs (mais pas le plus long) de l'album. Café est un titre très calme et triste, une pure merveille à ne pas écouter quand on a le blues (tiens, comme l'ensemble de ce disque, en fait, ah ah ah). Dieu que c'est triste, sombre, lent, atmosphérique, vaporeux ! On pense à la pochette, sublime et comme prise dans un brouillard, en écoutant ce Café définitivement triste et dépressif, mais tout aussi définitivement sensationnel et envoûtant.

Blue Melody : Quasiment 5 minutes pour ce morceau ayant quasiment le titre de l'album. Buckley nous offre ici une interprétation encore plus lente et sombre que pour Café, et totalement hypnotique. C'est pas comme sur Lorca et Starsailor (ses deux albums suivants), mais on n'en est pas loin ! Musicalement, un piano rêveur, enchanteur, signé du complice de Buckley Lee Underwood (qui joue aussi de la guitare sur le disque), vient apporter une touche jazzy non négligeable. Un morceau sublime qui ne prépare, cependant, pas au suivant et dernier morceau, qui est...

The Train : 7,55 minutes pour The Train, dernier morceau de Blue Afternoon et assurément un des meilleurs. Morceau nettement différent des autres, moins triste (sauf le chant de Buckley, assez aérien et mélancolique comme de juste), et, surtout, plus proche du son de Starsailor que les autres morceaux. Un solo de guitare (Lee Underwood) assez incroyable et même free, avant-gardiste, et Buckley qui semble se réveiller un peu, et chanter d'une voix plus enlevée... The Train ne file pas à vive allure comme un train à grande vitesse, n'exagérons rien, mais on sent quand même une montée en puissance et un réveil après 7 chansons très vaporeuses et mélancoliques, pleines de spleen. Avec I Must Have Been Blind, Café et The River, the le sommet de ce disque inoubliable et pourtant, comme je l'ai dit, quelque peu oublié. A écouter impérativement.

 Au final, Blue Afternoon est un sommet de plus pour cet artiste maudit (quasiment aucun de ses disques n'a marché à sa sorti, il est mort d'overdose en 1975 à un âge très jeune, la trentaine) et renversant qu'est Tim Buckley, père du Jeff bien connu et ayant lui aussi connu un destin funeste (et qui a hérité de la voix et du talent de son père qu'il n'a pour ainsi dire pas connu). Trouvable uniquement en vinyle et en téléchargement, c'est un disque qu'il faut à tout prix, et comme Starsailor, éditer en CD ; si jamais des gros pontes de l'industrie du disque me lisent (éventualité : zéro, malheureusement), qu'il le fassent. Je ne saurais trop vous conseiller de vous ruer sur ce disque certes triste et plombant, mais vraiment fantastique !