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195ème Track-by-track, et pour ce faire, un grand disque de heavy metal. C'est le deuxième album d'Iron Maiden, il est sorti en 1981 sous une cultissime pochette (la plus culte, probablement, du groupe) signée Derek Riggs, et il s'appelle Killers. A la base contenant 10 titres, il en contient un de plus sur l'édition CD, qui totalise ainsi 41 minutes. C'est le premier album avec le guitariste Adrian Smith, qui restera jusqu'en 1988 et reviendra en 2000 (toujours présent dans le groupe). Et le dernier avec le chanteur Paul Di'Anno, viré en 1981 pour alcoolisme et remplacé par la suite, dès l'album suivant, par Bruce Dickinson (et Maiden, alors, commencera son envol). Killers est un disque très violent, sanglant, quasiment un album de punk-rock en fait, tant le musique est sans concessions. Voici l'album, bonus-track CD compris :

The Ides Of March : Instrumental très court (1,45 minute, le morceau le plus court de Maiden) et dont le titre est sans équivoque : c'est aux Ides de Mars (vers le 15 mars) que Jules César a été assassiné, notamment par son fils Brutus, en 44 avant JC... Le morceau est parfait pour ouvrir l'album : c'est du lourd, du martial, batterie remarquable de Clive Burr, basse fantastique de Steve Harris, et un duel de guitares (Adrian Smith et Dave Murray, impossible de dire lequel des deux est meilleur que l'autre tant ils assurent) immense. Le morceau se fond plus ou moins dans le suivant, disons plutôt que les deux morceaux semblent parfaitement aller ensemble. Et ce deuxième morceau est...

Wrathchild : ...une tuerie. Wrathchild ('l'enfant de la colère'), morceau encore une fois court (2,55 minutes), est une chanson mythique pour Maiden, qui interprétera cette chanson pour ainsi dire à chaque concert. C'est une des chansons les plus essentielles, les plus connues, les plus marquantes du groupe, une chanson s'ouvrant sur un riff de basse fantastique, girond, et des giclées de guitares bien punk. Le chant de Di'Anno se fait entendre ici pour la première fois sur l'album, et si vous avez déjà entendu le premier album éponyme de 1980 avant d'écouter Killers, sachez que sa voix, sur Killers, est plus rauque, violente, agressive, punk, et affirmée. La chanson parle d'un jeune homme à la recherche de son père, qu'il ne connaît pas, et à qui il aimerait bien dire quelques gentillesses (ironie...), car il le sent responsable de sa vie dissolue. Une chanson qui ne laisse aucun répit.

Murders In The Rue Morgue : Inspirée par la fameuse nouvelle Double Assassinat Dans La Rue Morgue d'Edgar Allan Poe, Murders In The Rue Morgue est une bombe de plus. Et une des premières chansons du groupe, avec Phantom Of The Opera (précédent album), à se baser  sur une oeuvre littéraire (et, par la suite, sur des films, aussi), preuve s'il en est que Maiden n'est pas un vulgaire groupe de heavy-metal stupide à la Manowar. Plus longue que les précédente (4,20 minutes), la chanson est très agressive, et parle d'un homme en fuite, suspecté, à Paris, d'être l'auteur d'un double meurtre abominable dans la Rue Morgue (laquelle n'existe pas en réalité). Et dans le final de la chanson, on a quelques clés sur la possible culpabilité du mec... Comme les deux morceaux précédents, Murders In The Rue Morgue est violente et parle de la mort, de la violence, du sang. Killers est plus ou moins un disque conceptuel sur le sujet !

Another Life : 3,20 minutes assez efficaces, même si je reproche à Another Life d'être beaucoup trop répétitive. En fait, on entend les deux couplets, assez courts, deux fois dans la chanson, en totalité ! La chanson est très speedée, agressive, et parle d'un sujet assez malsain, le suicide. Un jeune homme, avachi sur son lit, entend des voix l'encourageant à passer de l'autre côté, à franchir le pas, à se tuer, donc. Et apparemment, le mec fait ce que les voix dans sa tête lui disent de faire... I'm sotired of living, I must as well end today... Mis à part que c'est foutrement trop répétitif, Another Life est plutôt pas mal du tout. Elle fait froid dans le dos, quand on s'arrête sur les paroles !

Genghis Khan : Autre instrumental (et dernier sur l'album), Genghis Khan est un morceau imparable. Court (3,05 minutes) mais puissant, doté d'un final dantesque (quelle envolée de guitare !!) et d'une intro toute aussi puissante, Genghis Khan est un morceau qui compte parmi mes préférés de Killers et de la première période d'Iron Maiden (les deux premiers albums). Comme pour The Ides Of March, le rythme est martial, on imagine des guerriers (ceux de Genghis Khan, empereur mongol) en cavalcade, sur un champ de bataille... En fait, cet instrumental se passe de commentaires tant il est réussi !

Innocent Exile : Riff de basse fantastique et giclées de guitare, comme pour Wrathchild. Innocent Exile, une des plus anciennes chansons du groupe (qui s'appelait d'un autre titre, Endless Pit, à l'époque, avant même que Paul Di'Anno n'incorpore le groupe), est une réussite totale qui raconte l'histoire d'un homme en cavale, suspecté d'un crime atroce. Comme pour Murders In The Rue Morgue, mais là, en revanche, on apprend que le mec est innocent (le titre, d'ailleurs, est sns équivoque), et il implore Dieu de lui sauver la mise. Chanson franchement excellente et très martiale.

Killers : La face B s'ouvrait sur la chanson-titre, Killers donc, une chanson grandiose de 5 minutes. L'histoire est simple, un homme ou une femme, dans un passage souterrain ('subway', en Angleterre, ne signifie pas 'métro' comme aux USA, mais 'passage souterrain', c'est 'tube' qui signifie 'métro'), se fait violemment agresser par un tueur fou, qui ne cherche pas spécialement son pognon ou autre chose, mais veut juste le/la tuer, pour le plaisir. Scream for mercy, he laughs as he watches you bleed/A killer behind you, his bloodthirst defies all his needs. L'intro est juste inoubliable : ligne de basse haletante, cris de Di'Anno entrecoupés de ruades de batterie et de giclées de guitare... Tout s'emballe et ça commence, sans répit pour l'auditeur, comme pour le mec ou la fille victime de ce tueur fou. Une chanson radicale.

Prodigal Son : Avec 6 minutes, c'est la chanson la plus longue de Killers, et c'est aussi une des plus réussies, si ce n'est la plus belle en fin de compte. Et ma préférée de l'album. Et une de mes 5 préférées (et dans les deux ou trois premières !) du groupe. Prodigal Son, c'est l'histoire d'un homme de retour, après plusieurs années d'absence. Le retour du fils prodigue ? Pas si prodigue que ça, le mec semble, de plus, brisé par un usage assez intensif de la sorcellerie. Il semble maudit, il implore la lamia de l'aider à s'en sortir (une lamia, c'est une créature apparentée à la sirène et à la méduse). A moitié acoustique (le groupe ne refera plus de chansons de la sorte jusqu'à 2003 et Journeyman), dotée d'un solo de guitare tout simplement tueur et d'une ambiance fantastique, d'un chant apaisé de Di'Anno et d'une mélodie inoubliable, la chanson est un monument du genre, clairement.

Purgatory : Unique chanson de l'album à sortir en single, Purgatory, 3,20 minutes, est construite sur le même principe que Another Life (ou Drifter plus tard sur le disque) : répétitif. Le riff d'intro est juste immense, mis le reste de la chanson est très énervant, et m'est limite insupportable, pour tout dire. Les please, take me away, take me away, so far away de Di'Anno, dans le refrain, sont insupportables, et le rythme ultra speedé n'empêche pas la chanson d'être franchement emmerdante. Pour moi, clairement, le foirage de Killers.

Twilight Zone : Sortie en single à l'époque, cette chanson très courte (2,30 minutes) ne se trouvait pas sur l'album en vinyle, et n'a été rajoutée que pour le CD (comme Sanctuary sur le précédent album et Total Eclipse sur le suivant). Twilight Zone (aussi le titre anglais de La Quatrième Dimension, fameuse série TV) est une chanson remarquable sur un homme venant, après sa mort, hanter la chambre de sa petite amie, afin de l'emmener avec lui dans la mort...quelle e veuille ou non, d'ailleurs... Une chanson remarquable, bien supérieure à la précédente en tout cas (et à la suivante...), et possédant un refrain permettant à Di'Anno de monter très haut dans les aigus. Fantastique chanson qui est, en quelque sorte, la première chanson d'amour du groupe (il y en aura peu, en même temps).

Drifter : J'ai mis du temps à un peu apprécier Drifter, et je ne suis pas sûr de vraiment l'aimer, après tout ce temps en fait. Le riff d'intro est aussi répétitif que moche, selon moi (je n'aime pas trop le son de la guitare ici), et le chant de Di'Anno est assez énervant (Gonna sing my song 'til I can't go on, Gonna keep on roamin', gonna sing my song). De plus, comme Another Life et Purgatory, c'est répétitif, et c'est assez saoûlant, autant le dire tout de suite, d'entendre sans arrêt les mêmes paroles... De plus, 4,50 minutes, c'est trop long... Bref, pour moi, Drifter ne fait pas partie des meilleures chansons de Killers, et c'est même dommage que ça soit le final de l'album...

 Au final, Killers est une bombasse absolue, un disque féroce et punk, très metal aussi. Paul Di'Anno chante ici bien mieux que sur le précédent opus, ce qui n'empêchera pas Maiden de se séparer de lui (en même temps, comme ça sera pour engager le grandiose Bruce Dickinson, qui restera jusqu'en 1993 et reviendra en 1999 pour ne plus partir, ils n'ont franchement pas perdu au change, hein) peu après. Une collection de chansons ahurissantes de violence et d'agressivité, quasiment aucun répit si on excepte un Prodigal Son plus progressif et recherché (et long - et acoustique, quasiment). Un disque parfois mal-aimé des fans, qui lui reprochent pas mal de choses : le fait que Paul Di'Anno, selon eux, chante mal (c'est faux), le fait que l'album soit plus punk que metal... A sa sortie, le disque sera parfois mal accueilli (une ancienne petite amie de Di'Anno, par ailleurs critique rock, ne se gênera pas de défoncer le disque, difficile, pour le groupe, d'y voir autre chose que de la subjectivité), mais il reste ce qu'il est, un de leurs sommets.