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Pour ce 194ème Track-by-track, un double album (depuis simple CD) sorti en 1973, pièce maîtresse de la discographie d'Elton John : Goodbye Yellow Brick Road. Peu importe ce que vous pensez d'Elton John, sachez que cet album de 17 titres est tout simplement crucial, l'oeuvre la plus remarquable de la carrière du chanteur/pianiste. Un album rempli de tubes et de classiques, que l'on prend toujours énormément de plaisir à réécouter, une merveille totale qu'Elton pensait enregistrer en Jamaïque, mais fera, au final, au Château d'Hérouville, en France, là où il avait déjà enregistré auparavant (Honky Château). Un album tout simplement exceptionnel, essentiel, que voici :

Funeral For A Friend/Love Lies Bleeding : Le morceau le plus long de l'album, il faut dire qu'il dure 11 minutes ! Morceau scindé en deux parties. La première est instrumentale et s'appelle Funeral For A Friend. Ce n'est pas un morceau dédié à un ami décédé (Elton fera ça par la suite avec le touchant instrumental Song For Guy), mais un instrumental qu'Elton a composé en imaginant quelle musique il aimerait que l'on joue à son enterrement. Un peu d'humour noir : on verra bien si, le jour (le plus tard possible, en même temps) où Elton mourra, on passera ce morceau à son enterrement... Une première partie qui commence très sobrement et sombrement, avant de passer rapidement à un rythme plus rapide, totalement remarquable. Un riff de guitare (Davey Johnstone) fait démarrer, arrivé au centre du morceau total, la deuxième partie, Love Lies Bleeding, une chanson remarquable et très enlevée. Les deux parties n'ont pas été écrites en une seule pièce, mais ont été mises ensemble, car elles allaient bien l'une dans l'autre. L'ensemble est juste au-delà des mots tellement c'est beau.

Candle In The Wind : En 1997, Elton, lors de la cérémonie des funérailles de Lady Di, interprétera (et sortira en single, gros, gros succès) une deuxième version de cette chanson. Qui est très belle dans cette deuxième version. La première version, la voici, et elle était dédiée à Marilyn Monroe. Candle In The Wind est une pure merveille, tout simplement bouleversante. Les choeurs (masculins uniquement : Davey Johnstone, le bassiste Dee Murray, le batteur Nigl Ohlsson) sont grandioses, les paroles sont sublimes, la mélodie, inoubliable. Un sommet absolu de plus. Rien d'autre à dire.

Bennie & The Jets : Fin de la face A avec cette chanson quintessentielle d'Elton John, Bennie & The Jets, chanson très glam. She's got electric boots, a mohair suit, you know I read it in a magazine, oh ohhh B-B-B-Bennie and the Jets... Une chanson sur un groupe de rock mené par une femme, Bennie. Une chanson assez longue (5,25 minutes) et totalement parfaite. Paroles sensationnelles signées, comme pour le reste de l'album (et des albums d'Elton), par son fidèle complice Bernie Taupin. Une chanson glam, pop, avec son piano de saloon et son synthétiseur dans le final. Que dire, sinon que c'est une chanson fantastique (qui sortira en single et cartonnera) ?

Goodbye Yellow Brick Road : Attention, une pure merveille à vous faire chavirer, vous faire picoter les yeux, en guise d'ouverture de la face B. La chanson-titre, avec son allusion, comme la pochette, au Magicien D'Oz, est une merveille. Comme les deux précédentes chansons, elle sortira en single, et marchera fort (1973 est l'année Elton). La chanson parle d'un homme ayant tenté sa chance dans le show-biz, dans la grande ville, et, lassé, écoeuré, vidé, retourne chez lui, dans sa campagne, dans sa boue, car cette vie citadine, trépidante, n'est pas pour lui. Il quitte donc cette grande route de briques dorées qui auraient du l'emmener aux portes du succès... Une chanson mélancolique, assez courte (3,10 minutes), totalement bouleversante et fantastique. Décidément, l'album commence d'une manière on ne peut plus monstrueuse, non ?

This Song Has No Title : Chanson la pluscourte (2,25 minutes) et étrange. Il faut savoir que l'album, que ce soit en vinyle ou en CD, possède des illustrations, de belles vignettes dessinées, pour chaque chanson...sauf pour celle-ci. En plus, le titre est éloquent, 'Cette chanson n'a pas de titre'. This Song Has No Title est une chanson assez belle, interprétée uniquement par Elton aux claviers et choeurs. This song's got no title, just words and a tune... Une chanson assez belle et simple, très douce. Pas une de meilleures, c'est clair, mais franchement pas mauvais du tout.

Grey Seal : Chanson assez ancienne (1969/1970), ayant été utilisée en face B d'un single d'Elton (Rock'n'Roll Madonna) en 1970, et jamais placée sur album avant 1973. Dans les notes de pochette du CD, il est dit, selon Elton, que Bernie Taupin déteste les paroles (qu'il a écrites) de Grey Seal, qu'il n'aime pas cette chanson. Grey Seal est pourtant une bien belle chanson, vraiment mélodieuse, dotée d'un piano superbe, d'une interprétation vocale sensationnelle, d'un refrain excellentissime... A noter, le titre de la chanson signifie 'phoque gris', mais l'illustration de pochette représente un phénix (bizarre, même si on cite le phénix dans les paroles). Une bien belle chanson.

Jamaica Jerk-Off : La preuve que Goodbye Yellow Brick Road, qui n'était pas conçu comme un double album à l'époque, devait être enregistré à la Jamaïque, c'est bien Jamaica Jerk-Off, pastiche de reggae assez drôle. Bon, ce n'est pas grandiose, et c'est même limite, mais c'est quand même très rigolo, on sent qu'Elton s'est amusé à faire cette chanson qui pastiche allègrement le reggae. A écouter gentiment, ça ne prendra que 3,40 minutes de votre temps. C'est clair, il y à bien meilleur sur le disque, notamment la chanson suivante !

I've Seen That Movie Too : Que dire ? 6 magistrales minutes achevant à la perfection la seconde face et, donc, le premier des deux disques. I've Seen That Movie Too est une chanson déchirante, interprétée à la perfection, amère et renversante, sur un amour apparemment en conflit. Sur une rupture sentimentale pleine d'aigreur, de tension. Le mec dit à son ex de lui épargner les grandes scènes de rupture, les grandes explications, il connait bien ça, il a vu le même film qu'elle, autrement dit, fous le camp puisque c'est ce que tu veux. Rarement Elton aura aussi bien chanté qu'ici, pour être honnête. Bluffant. Et quel piano !

Sweet Painted Lady : La face C s'ouvrait sur cette belle petite ballade à propos d'une prostituée, Sweet Painted Lady (comment je sais que c'est une prostituée ? Oh, la phrase Getting paid for being laid est assez éloquente, non ? 'être payée pour s'allonger'...). Une chanson assez rétro, très apaisante, calme, assez 'maritime' dans l'âme. Je ne sais comment le décrire, mais la chanson à un je-ne-sais-quoi de maritime, j'ai toujours pensé au bord de mer en l'entendant. Association d'idées assez idiote... Superbe petite chanson, en tout cas.

The Ballad Of Danny Bailey (1909 - 1934) : Je ne sais pas si ce Danny Bailey a existé (probablement pas), mais sur l'illustration représentant la chanson sur la pochette, et qui est une photo (la seule photo servant à illustrer une chanson, le reste étant des dessins), il est à l'effigie de Bernie Taupin, en tenue de gangster des années 30 ! Une chanson remarquable qui aurait pu se trouver sur Honky Château ou Don't Shoot Me, I'm Only The Piano Player, les deux précédents opus d'Elton. Une chanson pop entraînante, piano remarquable, refrain remarquable aussi, sur un jeune gangster et homme à femmes, Danny Bailey, tué en 1934, à un âge très jeune (voir les dates) par un jeune voyou, dans un hall d'hôtel, par arme à feu... Now it's all over, Danny Bailey, and the harvest is in... Une de mes préférées de l'album, je pense !

Dirty Little Girl : Chanson pop très réjouissante sur une jeune femme franchement dégueulasse, elle ne se lave jamais, doit puer la merde de chacal périmée à cent kilomètres, à des habitudes répugnantes, probablement une longue crinière de cheveux gras et des vêtements sales...et, probablement, aussi, un caractère de cochon.  Dirty Little Girl est une chanson assez drôle, aux paroles assez osées (l'allusion aux huîtres et perles est plutôt salace, dans un sens), interprétée par un Elton qui semble s'être vraiment bien amusé à la faire. Une chanson pop/rock à mille années-lumière de la suivante.

All The Girls Love Alice : Fin de la face C avec cette chanson remarquable, probablement ma préférée de cette troisième face : All The Girls Love Alice, chanson sur une jeune femme, Alice, retrouvée morte dans un passage souterrain. Cette Alice, qui n'a rien à voir avec celle de Lewis Carroll, était très aimée des femmes. La chanson, tout simplement, parle d'homosexualité féminine, avec assez de sobriété. Une chanson très rock, riff de guitare franchement remarquable en intro, ambiance parfaite avec de très bon choeurs (féminins)... Une chanson tout simplement géniale !

Your Sister Can't Twist (But She Can Rock'n'Roll) : La chanson moyenne de l'album. Et encore, moyenne, je suis gentil ! Ouvrant la dernière face, Your Sister Can't Twist (But She Can Rock'n'Roll) est une des chansons les plus courtes de l'album, heureusement, elle dure seulement 2,40 minutes. C'est une chanson remplie de clichés, assez enlevée dans son rythme, mais il y à plein de choses qui me déplaisent ici : le solo d'harmonium, assez moyen, les vocalises (yooo-hoo-hooo-hoooooo) très moyennes, les paroles stupides, l'ambiance rock'n'roll fever assez conventionnelle et ne correspondant pas trop à l'ambiance globale de l'album... Une chanson très décevante...surtout en ouverture de face.

Saturday Night's Alright For Fighting : Chanson inspirée par des souvenirs de jeune adulte de Bernie Taupin, quand, le samedi soir, il traînait dans les pubs. Saturday Night's Alright For Fighting est une chanson bien rock, un classique absolu d'Elton, démarrant par un riff bien saisissant, et interprétée avec force, vitalité. Une chanson sur des lads en goguette passant le plus clair de leur temps à se bastonner dans des pubs, après avoir picoler plus que de raison. Chanson très drôle et entraînante, un vrai classique, le genre de chanson présente sur tout best-of d'Elton John se respectant. J'adore, même si ce n'est pas non plus ma grande préférée de l'album (voir parmi les premières chansons) !

Roy Rogers : Sublime chanson en hommage à Roy Rogers, acteur de westerns des années 40 et 50, un des plus fameux du genre, auteur du fameux 'cri de guerre' Yippie-Kaï que Bruce Willis, dans les Die Hard, reprendra à la sauce humoristique (n'oubliant d'ailleurs pas de citer Roy Rogers dans le premier volet). Roy Rogers est une chanson nostalgique qui ne parle pas forcément de l'acteur, mais quand même, il est en toile de fond, c'est indéniable. The great sequin cowboy... Une sublimissime chanson, une des plus touchantes de l'album.

Social Disease : Une sorte de boogie assez amusant sur un homme se considérant comme étant une maladie sociale, un mec passant le plus clair de son temps à picoler, fumer, rien faire de sa vie... si ce n'est passer le plus de bon temps possible. Social Disease n'est franchement pas la meilleure chanson de la face D, ni du deuxième disque, ni de l'album, ni d'Elton, mais c'est quand même une chansonnette très drôle et cynique, bien balancée. Franchement pas ma préférée, surtout après deux chansons aussi monstrueuses (et une dernière qui l'est également), mais ça reste du bon.

Harmony : 2,45 minuts inoubliables et touchantes, qui ne sortiront pas en single mais marcheront assez bien à la radio. Harmony est une sublime chanson d'amour, achevant à la perfection un disque totalement (à une chanson près) réjouissant, le meilleur d'Elton et un de ses plus variés. Harmony and me, we're very good company... Une pure merveille douce comme une petite pluie, et hélas trop courte. On ne s'en lasse pas, c'est juste magnifique...

 Au final, un disque inoubliable faisant partie des essentiels du rock et de la pop, tout simplement, 76 grandioses minutes. Le sommet d'Elton John, même si ce dernier a fait et fera d'autres grands disques (Honky Château, Madman Across The Water, qui ont été faits avant, et Captain Fantastic & The Brown-Dirt Cowboy et Blue Moves, qui seront faits par la suite, même si Blue Moves est trop long et un peu inégal - il est double aussi). Rempli jusqu'à la gueule de classiques, Goodbye Yellow Brick Road est un monstre, tout simplement. Vous ne le connaissez pas encore ? Mais qu'attendez-vous ? Un huitième Harry Potter, ou quoi ?