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Pour ce nouveau Track-by-track, un sommet de pop/rock californienne, premier et unique album solo de Dennis Wilson (batteur des Beach Boys), sorti en 1977 : Pacific Ocean Blue. Peu après la sortie de ce disque (qui restera pendant longtemps plus ou moins oublié, la faute à une sortie CD très très très très tardive), Dennis Wilson commencera à enregistrer un deuxième album, Bambu, qui ne sortira jamais (sauf à l'état de démos, sur un disque bonus de la réédition CD de Pacific Ocean Blue). Dennis mourra par noyade dans le Pacifique en 1983. Considéré par ses franginc Brian et Carl (aussi des Beach Boys) et par le groupe en général, et le monde en particulier, comme un mec sympa mais peu talentueux (des partie de batterie seront refaites, sur des albums des Beach Boys, par des batteurs plus talentueux tels que Hal Blaine), Wilson a surpris tout le monde avec ce disque phénoménal faisant aussi bien penser aux Beach Boys (dont il était le seul membre qui savait vraiment surfer) qu'à Steely Dan période AJA (1977 aussi) et au Rock Bottom de Robert Wyatt. Pacific Ocean Blue est un disque pop et magnifique, souvent sombre et mélancolique, et toujours parfait, en 37 minutes et 12 titres. Ce disque, le voici :

River Song : Un sommet dès le départ, faut le faire. River Song est une pépite absolue qui sortira, je crois, en single à l'époque. Tout est parfait ici : la mélodie, douce, au piano ; les arrangements lyriques, notamment dans le final éthéré ; les choeurs, inoubliables ; la voix rauque, bourrue, mélancolique de Dennis Wilson ; les paroles, très belles... Devant une telle magnificence auditive, je ne peux que me taire, en fait. 3,45 minutes de pure beauté, co-écrite avec Carl Wilson.

What's Wrong : Chanson très courte (avec 2,22 minutes, c'est la plus courte de l'album) au rythme pataud et au chant un peu bourru que ce What's Wrong qui fait partie de mes préférées de l'album. La chanson est rock, en tout cas, plus enlevée que River Song. C'est pas pareil, en même temps, car What's Wrong est une chanson d'apparence simple, simpliste même (I believe in rock'n'roll, tel est le credo de la chanson, la phrase qui revient le plus souvent, et c'est, on en conviendra, une phrase assez conventionnelle) mais bénéficiant d'une interprétation sans failles (Dennis, en plus de jouer de la batterie - mais d'autres batteurs tels que Hal Blaine jouent sur le disque -, tient aussi certains claviers) et d'arrangements superbes. Que dire, sinon que cette chanson est magnifique ?

Moonshine : Chanson magnifique, vaporeuse, on ressent un peu la drogue en l'écoutant...Pourtant, si Wilson a pris de la came, je pense qu'il préférait la tise... Moonshine est une splendeur très courte, trop courte (2,27 minutes) très éthérée, aérienne, planante, une des plus sensationnelles de l'album indéniablement. Arrivé à ce stade, l'auditeur découvrant Pacific Ocean Blue se prend à espérer que les 9 chansons restantes soient au moins aussi bonnes que les trois premières. Je vous le dis tout de suite (sautez le paragraphe si vous voulez garder la surprise sur le niveau des autres titres), c'est le cas, le reste est aussi bon, et parfois meilleur, comme, par exemple, la suivante, qui est...

Friday Night : Une des chansons les plus rock de l'album, et qui commence d'ailleurs par un riff assez rock et nerveux, quasiment apocalyptique (les arrangements n'y sont pas pour rien). Une chanson fantastique qui, en un peu plus de 3 minutes, offre à l'auditeur un régal auditif absolu, voix bourrue, mélodie bluesy et rock, riff efficace, chant parfait, arrangements subtils et grandioses... Comme pour River Song, je préfère m'arrêter là plutôt que de commencer à ressasser la même chose ! IMMENSE !

Dreamer : Avec 4,23 minutes, Dreamer est, de loin, la chanson la plus longue de l'album (pour dire à quel point c'est de loin, la deuxième plus longue est River Song). C'est une chanson étonnante, qui détonne furieusement avec les précédentes, et même avec les suivantes. Comme Friday Night, Dreamer est assez rock, mais la chanson est surtout assez novatrice. Outre les cuivres très jazzy, on a un vocoder qui modifie la voix de Wilson, lequel prononce assez souvent, d'une voix robotique, le même mot (ce dernier chante cependant plus de sa vraie voix que de cette voix traficotée, à supposer que ça soit bien sa voix que l'on entend). Une chanson remarquable, même si le gimmick sonore traficoté au vocoder la rend moins naïve, moins marquante dans un sens, que les autres : moins 'sobre', plus de recherche musicale... Dreamer est une superbe chanson, mais pas ma préférée de l'album, en tout cas.

Thoughts Of You : Le final fantastique de la face A, une chanson qui commence et se finit calmement, et qui, en son milieu, possède un massage aérien, planant, vaporeux de toute beauté. Une chanson sur l'amour, sur la femme de Dennis Wilson (Karen Lamm-Wilson, une actrice), avec qui les relations étaient assez tendues parfois, Dennis étant un amateur de beuveries et, quand il était bourré et esseulé, un dragueur impénitent. Thoughts Of You est une sorte de chant de rédemption, d'excuses, d'apaisement. Une sublimissime chanson, c'est le moins que l'on puisse dire.

Time : La face B s'ouvrait sur ce Time très beau, et assez trompeur. La chanson commence calmement, on dirait Thoughts Of You, ce genre de chanson, et puis, vers la fin, boum, changement radical de rythme, avec l'arrivée de cuivres superbes qui apportent un grand vent de fraîcheur et une atmosphère parfaite au reste du morceau. Une chanson qui démarre à merveille la seconde face, laquelle est aussi grandiose que la A. Une sublime chanson.

You And I : Comme Thoughts Of You, You And I est une sublime chanson d'amour, sur le couple que Dennis formait avec Karen. La chanson, d'ailleurs, a été co-écrite, comme Time, avec sa Karen. Une chanson très belle, pop, savoureuse, faisant penser, c'est vrai, à pas mal de tubes pop sur l'amour, mais nettement plus belle que la majorité de ces chansons sucrées sur le sujet. Ambiance magnifique, chant sublime...Rien à dire !!! C'est superbe, et idéal pour emballer, malgré la voix très bourrue, sur les refrains, de Dennis.

Pacific Ocean Blues : Indéniablement une des chansons les plus rock de Pacific Ocean Blue, Pacific Ocean Blues en est donc presque (à une lettre près !) la chanson-titre, et dure 2,37 minutes. Elle a été co-écrite par Dennis et par Mike Love, chanteur attitré des Beach Boys et cousin, si je ne m'abuse, des frangins Wilson. Cependant, entre Dennis et Love, une rancoeur tenace, une brouille qui ne sera jamais calmée, persistera jusqu'à la mort de Dennis. Love, chanteur principal du groupe, reprochera à Dennis, alors que celui-ci, dans le groupe, avait accepté de chanter à la place d'un Brian Wilson franchement à côté de ses pompes, de tirer la couverture à lui, ce qui était faux (on imagine ce que Love a ressenti au moment de la sortie de l'album studio de Dennis, et on comprend aussi à quel point voir Love co-crédité sur une des chansons de l'album est étonnant). Mis à part ces détails qui n'ont pas grand chose à voir avec la chanson, je dois dire que cette chanson est remarquable, un blues-rock tenace et efficace, interprété à la perfection. Et sublimes choeurs et arrangements, aussi !

Farewell My Friend : Chanson très courte 2,25 minutes) qui fut composée par un Dennis Wilson très marqué, apparemment, par le décès d'un ami, apparemment le père d'un de ses amis. Ce qui ne signifie pas, donc, qu'il ne soit pas marqué, triste, atteint, comme si ça avait été son père à lui qui était décédé. Une chanson très triste et sobre que ce Farewell My Friend ('Adieu mon ami') franchement touchant, baigné d'arrangements très sobres et sombres. Une des plus belles chansons de l'album, mais aussi une des plus tristes, clairement.

Rainbows : Après un Farewell My Friend très plombant, Rainbows détonne pas mal. C'est assurément une des chansons les plus joyeuses, gaies de l'album. Mélodie guillerette, choeurs sublimes, et ce chant, bourru mais ici nettement plus enlevé, léger que de coutume. Rainbows est une belle chanson qui fait un peu penser, justement, aux arc-en-ciels survenant après la pluie, signe d'une accalmie. Chanson courte (moins de 3 minutes) mais franchement superbe, même si ce n'est pas le sommet de l'album non plus. Co-écrite avec son frangin Carl (un des deux guitaristes des Beach Boys).

End Of The Show : Le final évident et par excellence. River Song ouvrait à merveille l'album, End Of The Show ('Fin du spectacle') l'achève à la perfection. Mélodie vaporeuse et triste, mélancolique et de toute beauté, et toujours cette voix bourrue et sublime en même temps, qui achève le texte en répétant, plusieurs fois, Thank you very much, histoire de prendre congé de ses auditeurs. Presque 3 minutes de pure beauté sonore.

 Au final, Pacific Ocean Blue est donc un chef d'oeuvre, un disque qui m'est personnellement indispensable. Je l'écoute environ une fois toutes les deux semaines, toujours avec le même plaisir. Disque fort et tendre, triste (mélancolique) sachant aussi être assez rock (Pacific Ocean Blues, Friday Night, Dreamer), c'est bel et bien un sommet, un disque unique, rare, puissant, à écouter et à posséder absolument. Dennis Wilson, parti trop tôt, a vraiment surpris son monde en 1977 avec le disque pour lequel aucun concert promotionnel ne sera fait. C'est la meilleure vente d'albums d'un ex-Beach Boys, ce qui est d'autant plus incroyable que la tête pensante du groupe, Brian Wilson, fera pas mal d'albums en solo, et que Dennis, lui, considéré comme le dernier du groupe en terme de qualité, n'en a fait qu'un seul. Et quel album !