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Pour ce nouveau (et N°188) Track-by-track, envie d'un peu de trash attitude. Alors, Alice Cooper. Et pas n'importe quel album, hein, mais Billion Dollar Babies, sommet du genre, sorti en 1973 sous une pochette verte imitant le croco. Tout comme les précédents (Killer, School's Out), l'album est produit par Bob Ezrin, et enregistré avecle backing-band classique d'Alice Cooper, de son vrai nom Vincent Furnier : Neal Smith, Michael Bruce, Dennis Dunaway, Glenn Buxton. L'album est totalement décadent et fou, un sommet de hard-rock et de glam-rock aussi, totalement trash, avec paroles décapantes et le plus souvent un humour aussi corrosif qu'efficace. C'est un best-seller qui est probablement l'album le plus connu du Coop'. Le voici :

Hello Hooray : School's Out avait sa Grande Finale (nom du dernier morceau de cet album de 1972), Billion Dollar Babies a, lui, sa Grande Intro, en la présence de ce Hello Hooray jubilatoire et totalement fun. On sent bien la production de Bob Ezrin (qui ne fait pas dans la dentelle ; le spécialiste des effets lyriques, c'est lui, voir le Berlin de Lou Reed, sorti la même année, et qu'il a produit) dans ce titre qui introduit l'album. Hello, hooray ! Let the fun begins, I've been ready. Le refrain fait du meilleur effet...disco/pop, à la ABBA, avec un an d'avance sur l'arrivée des Suédois sur la scène mondiale. Mais si ça fait caricatural, ça fait aussi, franchement, très bon effet, ce morceau est excellent. I've been waiting so long to sing my song. Le chant d'Alice, surtout sur le refrain, est parfait, on a ici une ambiance monstrueuse, glam et totalement fêtarde. Le son gicle de partout, c'est surchargé, mais franchement jouissif.

Raped And Freezin' : Un morceau détonnant, avec un titre trash ('Violé et congelé') et, encore une fois, une atmosphère totalement jubilatoire, cartoonesque, accentuée par le chant très léger, narquois, du Coop', voix totalement unique. Hey ! I think I've got a live one, yeah ! I think I've got a live one ! Le refrain est assez fun, mais ce qui reste le plus en tête, dans Raped And Freezin', c'est ce final totalement timbré à base de...samba. Hé oui, de samba. Maracas etc, l'ambiance finale fait penser au carnaval de Rio, au Brésil, à Copacabana, c'est vraiment barge, et, de plus, ça fonctionne plutôt bien. Quand je vous disais que ce disque est cinglé... La chanson est très bonne.

Elected : Un des tubes de l'album, un des hits, avec Hello Hooray et deux voire trois autres titres. Elected est une chanson surpuissante interprétée de voix de maître par un Alice Cooper déchaîné qu'on imagine debout derrière un pupitre, sur une estrade, face à un public aussi givré que lui, et en train de prononcer un discours. Car la chanson parle d'Alice Cooper gueulant I wanna be elected !! ('Je veux être élu !!') et proposant un programme aussi farfelu que trash. Ca n'a rien à voir avec la chanson, mais l'album était commercialisé avec une reproduction de billet de banque américain, un billet de 1 milliard de dollars ('billion' : 'milliard'), avec dessins farfelus, dont un Alice pendu... La chanson, également surchargée, est jouissive, gueularde, franchement excellente. Mais c'est du lourd !

Billion Dollar Babies : Morceau apparemment plus calme que ce morceau-titre, qui démarre comme un morceau de hard-rock traditionnel (excellent riff), et un chant partagé entre Alice et un de ses musiciens (le guitariste Michael Bruce ?). Un hit de plus. Une chanson juste puissante et assez pop par moments ; c'est, en tout cas, nettement moins trash et surchargé que Elected ou que d'autres titres de l'album. Bon, le final est quand même assez cinglé et nerveux, mais la chanson, à la base, avec cet inimitable son de guitare, est une pure réussite, et une de mes préférées absolues de l'album, tout simplement. Génial !

Unfinished Sweet : Morceau achevant la face A sur une note assez comique, mais, en même temps, oppressante. Alice est ici sur le fauteuil du dentiste, qui est en train de le 'torturer', autrement dit, de le soigner, mais qui aime aller chez les dentiste, hein, je vous le demande ? Qui n'a pas peur de sa fraise, du bzzz qu'elle fait ? Avec ces cris de dégoût et de douleur du Coop', dans le final, et avec, aussi, ce clin d'oeil amusant à James Bond (on entend un des thèmes les plus connus de la série à un moment donné), Unfinished Sweet ('douceur inachevée') est une réussite de plus, et le morceau le plus long de l'album avec 6,20 minutes. Aching to get me, get me ! Ooooooooh...

No More Mr. Nice Guy : Encore un hit, et un fameux, celui-là, pour ouvrir la face B avec force et puissance. No More Mr. Nice Guy est une chanson jubilatoire, possédant tout ce qui est nécéssaire pour en faire un tube, et ça fonctionnera, la chanson est une des plus connues de l'artiste. Refrain immense, guitares superbes (toujours ce son inimitable), ambiance décadente, paroles sensationnelles, cette chanson, en fait, on ne s'en lasse pas. C'est clairement une des meilleures chansons de Billion Dollar Babies, et même d'un Alice Cooper qui est, à cette époque, à son zénith musical selon moi.

Generation Landslide : Chanson faussement country (guitare acoustique, pas tout le temps, cependant) aux paroles assez amusantes (le refrain est tout un poème : And I laugh to myself at the men and the ladies who never conceived of us billion dollar babies). Generation Landslide est une des chansons les moins connues de l'album avec Mary Ann et Raped And Freezin', mais c'est une excellentissime chanson, et même une de mes préférées de l'album. Ambiance parfaite, même si c'est nettement plus calme (musicalement parlant) que de coutume. Les paroles détonnent encore, cependant, et le chant cynique d'Alice reste ce qu'il est, et est franchement jubilatoire. Dans l'ensemble, encore une excellente chanson !

Sick Things : A ce stade de l'album, Sick Things ('choses malades') est le morceau le plus trash et glauque de l'album. Il y en aura un autre de bien plus glauque et trash, mais en attendant, Sick Things se pose là. Le chant est pesant, inquiétant, limite flippant, même (cette voix, unique, semble ici venir d'un univers assez malsain et que l'on n'a pas vraiment envie de découvrir ; Alice, ici, annonce les Cramps et Marilyn Manson, rien de moins), et la musique est également assez pesante et oppressante, agressive, lourde de sens, remplie de fiel... Dans l'ensemble, un morceau aussi timbré que son titre, et franchement excellent, même si ce n'est pas un de mes préférés de l'album.

Mary Ann : Une parodie ? En tout cas, cette chanson, la plus courte (2,20 minutes) de l'album, est une ritournelle toute calme, old school, avec Alice et un piano, une chanson de saloon très douce, une sorte de ballade. Une chanson d'amour qui, après un Sick Things aussi malade que les choses de son titre, fait bizarre ! Mary Ann est une chanson à l'ancienne, un peu intruse au milieu de tout ces sons glam/hard, mais quand même très jolie. On sent que le Coop' s'est amusé à la faire. Et puis, après tout, l'intro du morceau suivant - et dernier - semble être la totale suite mélodique de ce morceau, qui serait donc un peu introductif. Oui, c'est pas mal !

I Love The Dead : 5 minutes géniales. Où comment réussir à être aussi hilarant que glauque et flippant, même malsain. I Love The Dead est une des chansons les plus mythiques d'Alice Cooper, et le final destructeur, immense, renversant de ce Billion Dollar Babies franchement exemplaire. Que dire ? Qu'est-ce qui est le plus remarquable, ici ? La musique ? Elle fait, comme pour d'autres morceaux de l'album, assez 'cabaret déglingué', l'intro fait même penser à Mary Ann, la précédente chanson. Piano assez glacial, glauque, voix très glauque du Coop', inimitable phrasé...Des cuivres de temps à autre, pour accentuer les effets, et un final totalement givré et déchaîné. Et les paroles ? Immenses : I love the dead, before they're cold/Their glueing flesh for me to hold/Cadaver eyes upon me see...nothing. Je pense que ça ne nécessite pas une traduction, pas vrai ? On a rarement fait aussi morbide, aussi malsain, mais également aussi hilarant (à un moment donné, Alice pousse des vocalises totalement hilarantes, ta-da-da-dada-dada-dada-dada, volontairement pompeuses, franchement drôles) que cette chanson bien trash et bien dans l'esprit du Coop'. Immense.

 Au final, donc, Billion Dollar Babies est une réussite totale dans le genre. Si je lui préfère Killer (de 1971), que je trouve plus réussi car plus extrémiste dans son genre (production également assez marquante, car signée aussi de Bob Ezrin, mais moins clinquante et glam), cet album de 1973 est quand même un monument et le deuxième meilleur album de ce très trash artiste. Un disque rempli de hits, franchement jubilatoire, production exemplaire, un petit côté un peu 'cartoon trash'... Pour amateurs de dingueries musicales et de hard-rock, c'est un indispensable !