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Pour ce 186ème Track-by-track, un disque mythique : Made In Japan, double album live (toujours double en live, mais le double album initial tient sur un seul CD, le deuxième CD étant constitué de trois bonus-tracks que je vais aborder aussi ici) sorti en 1972, premier live de Deep Purple et leur plus connu (et réussi). Le groupe était alors auréolé du succès de Machine Head (abordé ici dernièrement), et avait envie d'offrir à son public un album live (qu'il vendra au prix d'un simple), afin, aussi, de faire du mal au marché parallèle des albums pirate, les bootlegs. Made In Japan, enregistré à Osaka et Tokyo entre les 15 et 17 août 1972 (l'album est sorti en décembre de la même année), n'offre que du live, sans retouches, pas de réenregistrements en studio (contrairement au Live At Leeds des Who, par exemple). S'il y à des défauts, pas grave, ça fait, au contraire, plus naturel et sincère. Sous une pochette superbe et dorée, en plus (pour le CD remastérisé, code de couleurs inversé, fond noir et lettrage doré). Ce live, le voici :

Highway Star : Ca commence en fanfare par le riff de Highway Star, qui semble surgi du néant. 6,40 minutes de folie, même si on sent que Gillan n'est pas en aussi grande forme que sur le reste du live (si c'est le premier morceau du concert joué à Osaka le 16 août, alors il lui fallait sans doute un titre de rôdage avant d'être totalement opérationnel). Machine Head venait de sortir, était un gros succès, et 4 des 7 titres se retrouvent sur le double live. Et dont cette chanson puissante et speedée qui fait partie des meilleures du groupe. Démentiel, mais le meilleur reste à venir.

Child In Time : 12,20 minutes, soit seulement deux minutes de plus que la version studio issue du grandiose In Rock. Child In Time permet de nous rassurer sur la voix de Gillan : il est ici en forme olympique, tout simplement ! Ce morceau achevant la face A est juste éblouissant, Ian Gillan monte très haut dans les aigus ici, dans les refrains, il en exploserait du cristal par moments ! C'est, selon moi, le meilleur moment de l'ensemble du double live, bonus-tracks compris. Une chanson qui était déjà imparable en studio et qui, en live, prend toute son ampleur. Magnifique.

Smoke On The Water : Inutile de dire à quel point Smoke On The Water (lorsque j'ai abordé Machine Head ici dernièrement dans cette catégorie, j'ai dit de quoi la chanson parlait, je ne vais pas revenir dessus ici) est grandiose. La face C s'ouvrait donc sur elle, longue ici de 7,35 minutes de pure folie heavy. Une interprétation épatante de cette chanson mythique. Solo, chant, rythmique, tout est parfait, difficile d'en parler, en fait. Ah ! oui, quand même, se situer après un tel cataclysme qu'est Child In Time est quand même risqué, mais la chanson s'en tire avec plus que les honneurs !

The Mule (Drum Solo) : Un spécialiste es rock vous le certifiera : tout concert rock de l'époque se devait d'avoir en son sein un solo de batterie. Cream (Toad), Led Zeppelin (Moby Dick), Black Sabbath (Wicked World), Deep Purple (pas besoin de le citer, hein ?), Santana (Kyoto, Soul Sacrifice), entre autres, proposent tous un solo de batterie sur au moins un de leurs albums live. Ici, le solo est imbriqué dans The Mule, morceau originellement issu du fadasse Fireball de 1971. Ici, c'est 9,30 minutes en tout, pour achever en fanfare le premier des deux disques vinyle. Ian Paice (batteur) est en grande forme, Ian Gillan chante un peu, le riff joué en fin de solo de batterie par Blackmore fait furieusement penser à celui du Moby Dick de Led Zeppelin, en plus rapide et blackmorien. Humour de la part du groupe pour se moquer de Jimmy Page, ou sinon, manière de rendre hommage à Led Zep ? Pour ce qui est du solo, il fait partie sans aucun doute des meilleurs du genre, mais, comme tout solo de batterie, si vous n'aimez pas à la base, vous aurez sans doute du mal ici. Si c'est votre came, sinon, pas de soucis !

Strange Kind Of Woman : Morceau ici présent dans une version de quasiment 10 minutes (et c'est le plus court du deuxième disque vinyle !), à la base sorti en single en 1971, parallèlement à Fireball, sur lequel il ne se trouve pas (sauf en bonus-track sur le CD). Strange Kind Of Woman est une claque, une chanson remarquable (refrain mortel, rythme haletant), possédant, de plus, et surtout en fait, un final tout simplement monstrueux. Une improvisation vocale de Gillan, montant très très haut dans les aigus, une successions de shouts tout simplement gigantesques. Ca fait certes un peu 'poseur', histoire de dire à tout le monde à quel point il monte haut, à quel point il avait du coffre (et l'autocritique de Gillan sur sa performance sur ce live  est, ainsi, en même temps, assez contestée), mais, en même temps, c'est juste bluffant. Ce n'est pas tout ce qu'il y à a retenir de cette version live, mais c'est assurément un des trois meilleurs moments de Made In Japan.

Lazy : 10,30 minutes très bluesy et spatiardes, comme le morceau issu de Machine Head dans sa version studio. Lazy achevait la face C avec force et élégance, une très très très grande interprétation d'un morceau qui, en studio, semble un peu longuet parfois (7 minutes et des poussières) et qui, ici, bien que plus long, semble parfait. Lazy est un morceau taillé pour le live, lieu propice à toutes sortes d'improvisations. Blackmore s'amuse un peu dans le solo avant le riff qui fait revenir le morceau à son rythme initial, vers la conclusion. Excellent.

Space Truckin' : La face D entière est contenue dans les 19,50 minutes de Space Truckin'. Là, je vais être franc : je n'aime pas. Oui, il y à de bons moments ici (le faux final, avec le public nippon applaudissant alors que le groupe repart aussi sec, est excellent, et ce court moment de silence, dans la vraie conclusion, moment de doute avant l'explosion d'applaudissements, est encore plus excellent, un des meilleurs moments de l'album), mais dans l'ensemble... Et puis, en plus, à la base, Space Truckin' est un morceau que je déteste. Alors le voir ici dans une version aussi étendue, même si, dans le fond, une bonne partie de ces 20 minutes sont constituées d'une improvisation flirtant avec le free-jazz-rock spatiard, franchement, ça m'horripile un peu. J'aurais préféré que Child In Time dure 20 minutes, et pas Space Truckin'. Je ne zappe jamais ce dernier titre, mais je l'écoute toujours avec un peu d'ennui et presque comme si j'y étais forcé. J'ai trop d'amour et de respect pour Made In Japan pour ne pas le zapper, mais des fois, c'est limite quand même. 

CD bonus :

Black Night : 6,15 minutes pour ouvrir le disque bonus. Black Night fut sorti en single en 1970, parallèlement à In Rock (il se trouve sur la réédition CD de In Rock, mais pas sur l'album initial), et  est, selon le groupe, un morceau fait de bric et de broc, assemblé en s'inspirant de diverses chansons (riff issu d'une chanson, rythme issu d'une autre, etc). Ce fut le premier tube du groupe, inutile de dire, aussi, que c'est un des morceaux que le groupe jouait obligatoirement en live. Cette version est très correcte, autant le dire, mais ce n'est pas extraordinaire non plus...

Speed King : 7,30 minutes qui sont probablement le meilleur moment de ce disque bonus enregistré aux mêmes concerts (Tokyo le 17 août et Osaka le 16). Speed King, issu du monumental In Rock de 1970, est ici interprété avec fougue, force, puissance, et même si Ian Gillan dira de sa performance globale sur Made In Japan (et sa remarque doit donc également concerner ce disque bonus, car les morceaux, je le redis, viennent des mêmes shows) qu'il ne la supporte pas. Il dit qu'il devait être un peu malade, une petite bronchite ou un truc comme ça, car il ne se sent pas en forme vocalement parlant. Je pense surtout qu'il est perfectionniste, car il chante vraiment bien sur l'ensemble du live ! Un excellent morceau.

Lucille : 8 minutes qui reprennent le Lucille de Little Richard, mais après une interminable et assez inutile jam. On a l'impression que le groupe cherche sa voie, la manière de faire le morceau. Au bout d'un certain (et long) temps, Gillan annonce The song's called Lucille ! et ça démarre. Mais dire que c'est décevant est être encore loin de la vérité. Le disque bonus de Made In Japan ne sert pas à grand chose, si ce n'est à continuer à faire de ce live un double (car sinon, cmme je l'ai déjà dit, tout tient sur environ 76 minutes et un seul CD), vendu au prix d'un double CD globalement, alors que le vinyle, double, était vendu au prix d'un simple. Connards de EMI... Mieux vaut passer ce disque bonus, et privilégier le triple coffret Live In Japan, qui contient bien plus de morceaux (mais grosso modo que des doublons, enregistrés à différents concerts, mais les mêmes titres...), et, au moins, on en a bien plus pour son argent. Ou alors, recherchez le vinyle de base !

 Au final, que dire ? Un live surpuissant et mythique. Oui, je sais, le dernier titre, de quasiment 20 minutes, a été dézingué par mes soins, mais c'est parce que je déteste Space Truckin' à la base, donc le fait que ce morceau que je n'aime pas soit celui qui ait bénéficié de ce 'traitement de faveur' de 20 minutes m'est un peu insupportable. Aussi, le disque bonus est vraiment conseillé aux fanatiques hardcore du groupe et du live, car les 21 minutes (en tout) qu'il offre via ces trois titres ne sont pas aussi grandioses que le live de base. Mais mis à part ça, Made In Japan reste un disque mythique et franchement réussi, ce ne sont pas les 20 minutes du dernier titre et ces bonus-tracks que l'on peut ignorer qui vont changer vraiment la donne, le reste étant tout simplement divin ici. Et le fait que ça soit un live non retouché, avec ce que ça implique (le son du public : immense ; des erreurs passagères, ce qui peut arriver), le rend encore plus incroyable et attachant. Bref, un disque essentiel.