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Pour ce nouveau Track-by-track, un disque assez sous-estimé. C'est, en fait, probablement l'album le moins bien estimé de la discographie de Led Zeppelin. Il s'appelle Presence, cet album, et est sorti en 1976. C'est le septième album studio (et album tout court) du groupe. L'album devait à la base s'appeler Thanksgiving, puis The Object (allusion à la pochette, et à la pochette intérieure montrant une série de vignettes assez kitsch sur lesquelles, sans exception, se trouve le même objet, une sorte de monolithe tordu faisant penser à celui d'un certain film de Kubrick), mais le nom de Presence a été retenu après qu'une relation du groupe (je crois que c'était un mec du studio ayant conçu la pochette, Hipgnosis) ait dit qu'il flottait autour du groupe comme une sorte de présence invisible, une force qui les unissait contre les aléas de la vie. Et il faut dire que niveau emmerdes, le groupe commencera à en avoir avec Presence, et même avant, en fait : quelques mois plus tôt, avant d'enregistrer (le disque a été fait à Munich en 1975), Robert Plant et sa femme ont un accident de voiture sévère à Rhôdes, en Grèce. Bilan, aucun mort, mais la femme de Plant, hospitalisée, gravement blessée (elle s'en tirera). Plant, deux jambes dans le plâtre, en fauteuil roulant. Le statut d'exilés fiscaux fait que le groupe enregistre à l'étranger, et loin de l"hôpital où la femme de Plant se trouve. Ambiance mortifère, accentuée par la défonce. Le groupe a le blues, surtout Plant. L'enregistrement de ce disque est difficile, le groupe n'en peut plus. Un an après la sortie de l'album, le fils de Plant, Karac, mourra dans son sommeil. En 1980, c'est leur batteur John Bnham qui défunte par overdose, signant la fin du groupe, un groupe considéré comme un dinosaure nuisible par la génération punk alors en vogue... Reste ce disque à vif, que voici :

Achilles Last Stand : La claque. 10,30 minutes de tuerie absolue, la deuxième meilleure chanson du groupe derrière l'inusable et insurpassable Stairway To Heaven. Avec ses paroles cryptiques (on se penchera souvent sur les paroles, cherchant le sujet, mais les multiples références qui s'y trouvent font que la chanson est un peu énigmatique), Achilles Last Stand ('Le dernier combat d'Achille', en gros) est une monstruosité hard-rock absolue. Que dire sur ce solo de guitare, magistral, aérien, sensationnel ? Rempli d'overdubs (la chanson du groupe qui en contient le plus), Achilles Last Stand est une pure merveille, le genre de truc qui, pour un groupe, généralement, n'arrive qu'une fois dans une carrière. Puissant. Désolé si j'en parle mal, mais je ne peux plus rien dire, si ce n'est que c'est grandiose.

For Your Life : 6,25 minutes assez lourdes. For Your Life, avec son riff bien pesant, est une chanson sans espoir sur la drogue et ses problèmes. Le groupe savait bien de quoi il parlait ici, on s'en doute... Aucun doute sur le sujet, de toute façon, Plant cite explicitement Do you wanna, do you wanna cocaine, cocaine, cocaine ? dans les paroles. La chanson n'est pas du tout une apologie de la défonce, bien au contraire (le titre, déjà, 'Pour ta vie', veut dire que le groupe décourage la prise de came), il demande aux autres de ne pas en prendre, pour ne pas faire la même erreur qu'eux. Une chanson de mise en garde anti-came par un groupe qui en prenait, ça peut sembler faux-cul, mais la chanson est cependant très bonne. Pas le sommet de l'album ou du groupe, mais c'est du bon.

Royal Orleans : La chanson la plus courte de Presence achève la face A avec une note d'humour inespérée. En presque (presque, hein ! Il manque 3 secondes) 3 minutes, Royal Orleans semble parle d'un ennui passager qu'à connu un des membres du groupe (il semblerait que ça soit John Paul Jones, bassiste et claviériste), à la Nouvelle-Orléans, un jour : il aurait dragué une fille dans un bar, aurait été à l'hôtel avec elle, et se serait rendu compte que la charmante donzelle avait des moustaches mal rasées...bref, que c'était un travelo ! Rythme trépidant, riff entêtant (et un petit peu énervant), chant joyeux, rythme funky, la chanson est très drôle. Mineure, mais très drôle. Un peu de répit après une chanson pesante sur la came...

Nobody's Fault But Mine : Un blues endiablé de 6,30 minutes pour ouvrir la face B. Nobody's Fault But Mine est une chanson assez réussie, mais non sans défauts : les Ah-ah-ah-ah-ah-aaaaaaaah, ah-ah-ah-ah-ah-aaaaaaaah de Plant, omniprésents, sont, à la longue, franchement usants. Mis à part ça, le chant est excellent, le riff est excellent, le rythme aussi. Les paroles ? Un peu connes, du pur blues-rock, on ne s'y attardera pas plus que ça. Mais mis à part les vocalises saoûlantes au possible (et une durée un peu exagérée), cette chanson est vraiment excellente. Un très bon hard-blues.

Candy Store Rock : Quelle horreur. Une sorte de pastiche de chanson d'Elvis Presley, Plant chante d'ailleurs un peu comme le King (qui décèdera, on le sait, un an après l'album). Sortie en single, Candy Store Rock est une monstruosité, mais dans le registre 'mais quelle horreur', évidemment. C'est une des pires chiures jamais produites par le groupe, une chanson insupportable qui, en plus, a le malheur de durer 4,20 minutes. Inutile donc de dire que c'est le naufrage absolu de Presence.

Hots On For Nowhere : A peine meilleure que Candy Store Rock, Hots On For Nowhere est une chanson, encore une fois, trop longue (4,40 minutes...) et franchement médiocre. Assez énervante, encore une fois, aussi, et notamment dans les vocalises de Plant (Lalalalalala lalalalala lalalalalala lalalalala), qui non seulement reviennent trop souvent, mais sont, de toute façon, assez ridicules. Le final à rallonge est également pénible. Dans l'ensemble, donc, la face B de Presence est franchement moins réussie que la A. Mais, mais, mais...attendez cependant d'avoir écouté le dernier morceau de l'album !

Tea For One : Le groupe lui-même l'avouera (et pour la peine, ne jouera jamais ce morceau live) : Tea For One est un autoplagiat. Le groupe s'est très fortement inspiré de son mythique Since I've Been Loving You de 1970 (Led Zeppelin III) pour cette chanson triste comme un jour de pluie, longue de 9,30 minutes, et franchement, malgré son statut d'autoplagiat, remarquable. Plant, comme je l'ai dit en ouverture d'article, allait mal, physiquement et moralement. Tea For One (le titre est une allusion amère à la fameuse chanson Tea For Two, sauf que là, il est tout seul pour prendre le thé) parle à mots plus ou moins couverts de la solitude de Plant, il s'ennuie, sa femme lui manque, hospitalisée loin de lui. Il aimerait mieux être à ses côtés qu'enregistrer ce disque... How could twenty-four hours sometimes, baby, seems to slip into days ? La musique est lourde de sens, lente. Le riff d'intro est génial, mais la chanson change rapidement de rythme. Et là, Page oscille entre riff lourd, doom et solo magistral en conclusion. S'il y à une chanson de Led Zeppelin qui, vraiment, respire le blues dans toute son âme, c'est bien celle-là. Une pure merveille, malgré que ça soit un autoplagiat.

 Album à vif, doté d'une production sèche et brute, album barbare ne contenant (une première pour le groupe) aucun morceau acoustique, Presence est l'album de la douleur pour le Dirigeable de Plomb. Album préféré de Jimmy Page parmi ceux du groupe, c'est un disque franchement réussi (même si deux titres sont mauvais), contenant une des trois plus grandes chansons du groupe en ouverture, et s'achevant sur une chanson aussi épique, même si elle plagie, on l'a vu, une ancienne chanson du groupe. Un disque sous-estimé et très rock, brutal et sans concessions, qui compte parmi mes préférés du groupe et du hard-rock. Excellent !