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Attention, album essentiel, quintessentiel, pour ce nouveau Track-by-track : Here Are The Sonics !!!, le premier album des Sonics, groupe américain de garage-rock. L'album, très court (12 titres, 29 minutes ; l'édition CD offre 4 bonus-tracks et arrive ainsi à 38 minutes pour 16 titres), date de 1965. Les Sonics (le groupe Sonic Youth tire son nom en partie d'eux) est un groupe mythique et important. Il suffit d'écouter ce titre composé en majeure partie de reprises (sur les 12 titres de l'album original, 4 seulement sont écrits par le groupe) pour se rendre compte que, sans les Sonics, pas de Sex Pistols, de Clash, de Dead Boys, de MC5, de Stooges, de Cramps, de Gun Club (abordé il y à deux heures ici !) ou de New York Dolls, pour ne citer qu'eux. Oui, les Sonics est le groupe ayant crée le son garage, lequel mouvement est venu par la suite apporter le punk-rock. Sans les Sonics, qui méritent bien leur nom, pas de punk, donc. Vous dire si ce disque est crucial ! Le voici (bonus-tracks inclus, car ils ne sont pas dégueulasses), ce disque :

The Witch : Cette chanson fait partie des quatre de l'album initial (car deux des quatre bonus-tracks sont aussi dans ce cas) à ne pas être des reprises d'anciennes chansons, mais des chansons écrites par le groupe, et plus particulièrement par le chanteur et organiste Gerry Roslie. The Witch, qui marchera fort en single d'une manière locale (mais, mondialement, ne sera pas un hit) est une chanson assez sauvage. Déjà, l'intro, est violente : la batterie, mon Dieu, on ne l'avait encore jamais entendue comme ça, en 1964/1965 (la chanson datant de 1964) ! Et le chant, hein, le chant... Inutile de dire que là aussi, on n'avait quasiment jamais entendu ça. Le son est saturé tellement les Sonics jouent fort. En fait, non, ils ne jouent pas fort, ils jouent FORT...Un drive haletant et inoubliable pur une chanson qui l'est tout autant, mythique 'sorcière' !

Do You Love Me : Fameuse chanson que ce Do You Love Me, une reprise des Contours. Chanson imparable, que tout le monde connait (Do you love me, do you love me ?), ici baignée de saturation, interprétée par un groupe qui avait apparemment, comme les Spinal Tap caricaturaux et hilarants du fameux film du même nom, foutu les potards à 11 (rappelons que les amplis ne montent pas jusqu'à 11, normalement...) et ont probabement fait sauter toutes les vitres de la ville au moment de jouer. Inutile de dire donc que cette chanson décoiffe.

Roll Over Beethoven : Inutile, je crois, de présenter cette chanson, que les Beatles avaient repris en 1963 sur leur deuxième album, et qui est une reprise, donc, de Chuck Berry. Là, le son est tellement saturé qu'on entend surtout les voix, au premier plan (effet de style ? Foirage de la production ? Effet secondaire du son bien violent, hors du commun pour l'époque, les moyens d'enregistrement, le studio ?), et la musique est reléguée en fond sonore. C'est rocailleux, puissant, sonique.

Boss Hoss : Deuxième chanson inédite, composée par les Sonics, de l'album, Boss Hoss est apparemment celle qui semblait la moins importante des quatre chansons, car, sur la pochette, on y trouve trois des quatre chansons originales, et Boss Hoss n'est aucune des trois, c'est celle qui n'a pas été citée (ils auraient pu, il y avait de la place, en réduisant la taille de la police). Cette chanson est, des quatre composées par le groupe sur l'album 12-titres, la moins exceptionnelle, c'est vrai. Mais Boss Hoss (He's the real boss-hoss, real boss-hoss, que je traduis par 'c'est le vrai patron-tron, vrai patron-tron', paroles assez connes)a quand même tout d'une grande. Le chant, la musique, tout est over the top, encore une fois, au-delà des mots. Violent et puissant !

Dirty Robber : Reprise des Wailers (pas les mêmes Wailers que le groupe de Bob Marley, hein !). Une chanson courte, même pas 2 minutes (oh, à deux secondes près, en plus...), mais franchement remarquable. Les reprises sont plus 'conventionnelles', malgré la puissance de feu du groupe, que les chansons originales, ce qui ne veut pas dire que ce Dirty Robber ('sale voleur') ne déchire pas son aïeule en chemise de nuit en pilou. Bien au contraire, c'est du lourd, qu'on a ici, musicalement parlant ! Une chanson trop courte, et fantastique.

Have Love Will Travel : Reprise d'une chanson de Richard Berry. Indéniablement une de mes chansons préférées de l'album, et même des années 60, Have Love Will Travel possède un drive tout simplement irrésistible. Cette guitare, mon Dieu... Difficile pour moi d'en parler, sauf pour dire que rarement une face A se sera aussi bien achevée que celle de cet album avec cette chanson !

Psycho : Ouvrant la face B de Here Are The Sonics !!!, Psycho est une chanson composée par Gerry Roslie, et, donc, par le groupe. Une pure tuerie, d'une violence rare, il suffit d'entendre le chant de Roslie, qui en est terrifiant de brutalité, de dinguerie, dans le final. Psycho, whoooooooooaaaaaaaa, psycho, whooooooaaaaaaaaaaaa, quel psychopathe, ce mec ! A l'époque, les gens se scandalisaient de voir Elvis se trémousser des hanches, de voir Little Richard chanter debout sur son piano, de voir Eddie Cochran chanter une chanson assez osée sur des pantalons roses... mais, avec Psycho, chanson qui porte bien son titre, les Sonics franchissent un cap. Brutal et grandiose !

Money (That's What I Want) : Reprise d'une chanson bien connue signée Barrett Strong, et que les Beatles ont repris sur leur deuxième album, de 1963 (pour ne citer qu'eux). Une chanson franchement excellente, le son est encore une fois hors du commun, et on sent bien que les Sonics prenaient plisir à jouer ensemble. Malgré que ça ait 46ans, le son du groupe n'a pour ainsi dire pas vieilli, et cette reprise de Money (That's What I Want), sans être le sommet de l'album, est franchement remarquable.

Walkin' The Dog : Reprise de Rufus Thomas. Pas ma chanson préférée de l'album, mais, à la base, pas ma chanson préférée au monde, donc c'est normal. Walkin' The Dog est très bien interprétée, rien à dire de ce côté, mais c'est une des reprises les plus conventionnelles de l'album avec la suivante. Oui, c'est franchement pas mal foutu, le talent des Sonics est là, bien là, mais à côté de Psycho, de The Witch ou de Have Love Will Travel, pour ne citer que celles-là, c'est un petit peu décevant...

Night Time Is The Right Time : Reprise d'une chanson de Ray Charles, Night Time Is The Right Time ('la nuit est le meilleur moment') est une chanson remarquable, d'une durée, ici, de 2,55 minutes (champagne ! C'est la plus longue de tout le CD, bonus-tracks inclus !), et qui possède une touche très soul, très gospel, la chanson étant, à la base, de la soul plutôt qu'autre chose. Ca se ressent ici surtout sur les choeurs, mais la voix de Gerry Roslie est vraiment soul, aussi. Une très très bonne chanson, sans doute pas le sommet de l'album, mais c'est franchement excellent.

Strychnine : Dernière des quatre chansons composées par le chanteur du groupe, dernière des quatre chansons originales, Strychnine, que les Cramps reprendront à la perfection en 1980 sur leur quintessentiel Songs The Lord Taught Us (leur premier opus studio), est une chanson mémorable sur la drogue. Some folks like water some folks like wine, but I prefer the taste of straight strychnine. Une chanson mémorable et brutale, du punk avant l'heure (les chansons composées par le groupe sont plus tueuses que les reprises), au sujet assez louche, interprétation bien sanglante... 2,10 minute de folie furieuse !

Good Golly Miss Molly : Et une reprise de Little Richard pour achever l'album de base. Et non des moindres, car il s'agit du monumental et cultissime Good Golly Miss Molly, chanson qui sera par la suite reprise par d'autres groupes, tels Creedence Clearwater Revival (et les Sonics ne furent pas les premiers à la reprendre, je suppose). Encore une fois, ett pour la dernière fois de l'album (avant les bonus-tracks CD, franchement excellents), on a ici la force de frappe des Sonics à l'oeuvre. 2 petites minutes assez speedées, franchement excellentes, même si ce n'est pas (comme pour Walkin' The Dog ou Night Time Is The Right Time), une de mes préférées de l'album.

Bonus-tracks CD :

Keep A-Knockin' : Reprise de Little Richard (la même chanson qui inspirera le Rock And Roll de Led Zeppelin 6 ans plus tard, par ailleurs), Keep A-Knockin' est ici dans une version assez courte (1,50 minute, mais la chanson de base n'est pas longue, de toute façon) et totalement ravagée. Le chant de Roslie est encore plus implacable que celui de Little Richard, et cette chanson, qui se trouvait, initialement, en position d'ouverture de face B en lieu et place de Psycho (ce fut modifié assez rapidement, ceci dit), est une belle réussite sauvage de plus.

Don't Believe In Christmas : Chanson également très courte (avec 1,45 minute, c'est même la plus courte de tout le CD) qui fut écrite par Gerry Roslie. Comme les deux suivantes, Don't Believe In Christmas était présente à la base sur un album de Noël, édité en 1965 par Etiquette Records, proposant des chansons de circonstance par divers artistes maison. Cette chanson est assez cinglante envers les traditions de Noël, le titre dit tout, 'je ne crois pas en Noël'. C'est pas vraiment une chanson à faire chanter en choeur par des gosses devant les portes d'entrée des maisons, moi, je vous le dit !

Santa Claus : Egalement écrite par Gerry Roslie, Santa Claus est une chanson de Noël, une de plus, et issue du même album de chansons de Noël que la précédente et que la suivante. 2,50 minutes assez réussies et sympathiques, même si j'ai toujours un peu de mal, avant d'écouter la chanson, à me souvenir de sa mélodie. Bref, c'est une bonne chanson, mais elle ne marque pas les esprits autant que les 12 de l'album de base...

The Village Idiot : Hilarante chanson de 2,35 minutes qui reprend l'air traditionnel Jingle Bells (chant de Noël) en la faisant chanter par un Gerry Roslie imitant un mec bourré et totalement débile. La chanson fut donc renommée The Village Idiot, et se trouvait, à la base, comme les deux précédents bonus-tracks, sur un album de chansons de Noël édité en 1965 par le label hébergeant les Sonics, Etiquette Records. C'est hilarant, bien qu'un peu énervant aussi, et franchement original. La voix est chaloupée, on a vraiment l'impression que c'est un débile bourré qui chante ! Même la musique semble défonçée. Vraiment original, même si c'est le moins bon des quatre titres supplémentaires, tout compte fait.

 Au final, que ce soit l'album original de 29 minutes ou sa version CD avec bonus-tracks, Here Are The Sonics !!! est un disque tout simplement vital, indispensable à tout amateur de rock qui se respecte. Une déflagration sonique (oui, vraiment, The Sonics est un nom de groupe vraiment bien trouvé pour eux) absolue, un choc auditif total pour les auditeurs de l'époque (personne, encore, ne sonnait comme eux, le son est tellement violent et extrême qu'il en est saturé de larsens, de grésillements), et niveau vocal, Gerry Roslie chante (il braille, même) comme quasiment personne à l'époque. Un disque charnière, immense et totalement culte, donc. C'est du lourd !