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Pour ce 180ème (déjà !) Track-by-track, un disque sensationnel sorti en 1981, premier album du Gun Club (groupe américain culte de punk-blues mené par Jeffrey Lee Pierce, chant et guitare, mort en 1997) : Fire Of Love. L'album est sorti à la base sous une pochette rose avec un collage représentant une sorte de zombie black, un prêtre vaudou haïtien, un homme noir tenant un crâne, aussi. Mais il existe en CD sous une autre pochette, verdâtre, qui est celle que j'ai choisie, car c'est sous cette pochette que l'album est le plus facilement trouvable (cette pochette CD n'est pas si différente dans sa thématique, on voit toujours des zombies haïtiens, vaudous). L'album, 40 minutes pour 11 titres, est un régal de punk-blues rock très trash et vaudou (ce terme correspond tout à fait), album qui influencera pas mal de groupes par la suite, comme Noir Désir en France, par exemple (qui rendra un hommage à Jeffrey Lee Pierce sur 666.667.CLUB). L'album, le voici :

Sex Beat : Ligne de guitare (ou de basse ? Oui, sûrement de basse, en fait !) parfaite, puis tout explose, et la voix de Jeffrey Lee Pierce, alias JLP, surgit, claire, sûre d'elle. Sex Beat ('martèlement sexuel') est une bombasse atomique à fusion lente, un Fukushima musical absolu, et le tout, en moins de 3 minutes. Impossible, à moins d'avoir du sable dans les esgourdes, de ne pas ressentir ce frisson tant recherché par les amateurs de rock, à l'écoute, et surtout la première écoute, de cette chanson, qui ouvre si bien l'album.

Preaching The Blues : Reprise d'un blues traditionnel de Robert Johnson, lequel blues traditionnel n'a d'ailleurs, ici, plus grand chose de traditionnel. Preaching The Blues ('Prêcher le blues') est une bombe de plus, mais cette fois, encore plus étrange et sauvage. Le chant de JLP est parfait, mais c'est la musique qui mériterait un Oscar : elle est imprévisible. D'un coup, ça s'arrête, on entend succintement le chant (un marmonnement, limite) de Pierce, puis, boum !, ça revient, grosses giclés bien psychédéliques et trash de guitares en feu. L'ambiance est à la fois blues et totalement ravagée, totalement imprévisible, deuxième fois que j'utilise ce mot, mais il convient bien à ces 4 minutes de feu et de sang. Inoubliable.

Promise Me : Avec 2,35 minutes, Promise Me est une des chansons les plus courtes de l'album, et c'est aussi une des chansons les plus à part. Assez douce de ton (même si on sent quand même une violente latente, qui ne demande qu'à exploser, ce qui, ici, n'arrivera pas), c'est une chanson plutôt calme, pas une ballade, mais on sent le Jeffrey Lee plutôt apaisé, même si ça ne sera que temporaire, éphémère. Une chanson d'amour, ou presque (avec ce groupe, on ne sait jamais ce qui peut arriver), vraiment belle, faisant partie de mes préférées de l'album.

She's Like Heroin To Me : Encore un petit peu plus courte que Promise Me (deux secondes de moins...), She's Like Heroin To Me est une chanson qui se passe de commentaires. Le titre veut tout dire ('elle est comme de l'héroïne pour moi'), c'est une chanson qui parle d'une fille à laquelle JLP (ou, en tout cas, le narrateur) est aussi attaché que possible, une fille qui lui procure les mêmes frissons, les mêmes effets, qu'un shoot d'héroïne. Chanson d'amour, mais aussi et surtout chanson de défonce, c'est une déflagration ultra vive, menée tambour battant, interprétée par un JLP qui semble ici en état troisième (c'est à dire, encore plus barge que dans un état second). Immense.

For The Love Of Ivy : 5,35 minutes diaboliques, sexuelles, dédiées à Poison Ivy Rorschach, la bassiste et guitariste des Cramps, ce fameux groupe de psychobilly américain qui, à l'époque, vivait un succès assez important chez les fans de musique trash (Poison Ivy, alias Christine Wallace de son vrai nom, est aussi la femme du chanteur des Cramps, le regretté Erik Purkhiser, alias Lux Interior). Poison Ivy n'appréciera apparemment pas du tout For The Love Of Ivy, estimant même que Jeffrey Lee Pierce l'aura ensorcelée, avec cette chanson tribale et rock, terriblement puissante. Une chanson qui, en live, tiendra parfois plus longtemps que sa durée déjà imposante (c'est la deuxième chanson la plus longue de l'album), et est une réussite totale.

Fire Spirit : Une de mes grandes, grandes préférences. 2,50 minutes seulement, mais bon Dieu, que c'est bon ! Achevant la face A, Fire Spirit est une chanson exceptionnelle. Je ne sais quoi dire, ici : la rythmique est remarquable, guitares agressives comme il se doit, basse gironde, batterie tueuse, et le chant, mon Dieu, le chant... Les paroles assurent aussi, même si elles sont très répétitives. I'm going to the mountain with fire spirit, no one will accept me, so the fire...will stop. Ambiance vaudoue et mystique déclarée, chant de chamane impliqué, rythmique tueuse, cette chanson est une des grandes, grandes, grandissimes réussites du groupe, et pas seulement de l'album, qu'on se le dise et qu'on se le répête, de Lille à Melbourne en passant par Ajaccio.

Ghost On The Highway : Encore une chanson assez courte (2,43 minutes) que ce Ghost On The Highway vraiment speedé et fantastique. Cette chanson ouvrait la face B, une face B aussi fantastique que ne l'était la A, autant le dire directement (et ce, même si la chanson la moins exceptionnelle de Fire Of Love s'y trouve). Que dire, ici ? Ambiance ultra rapide, chant dézingué de JLP qui semble ici en état hystérique, cette chanson ne laisse aucun répit. Guitare bluesy, ambiance trash et vaudoue, Ghost On The Highway est une réussite de plus pour ce disque si particulier.

Jack On Fire : Encore une chanson imparable que ce Jack On Fire, assez long (4,40 minutes) et totalement fantasbuleux. Même si ce n'est pas la chanson la plus quintessentielle de l'album (c'est probablement Preaching The Blues, Sex Beat, For The Love Of Ivy ou Fire Spirit...ou bien encore une chanson qui reste à venir sur l'album, indice, elle est longue), Jack On Fire est quand même une bombe. Le refrain est juste superbe, le drive de la chanson est haletant, encore une fois, le chant de JLP assure totalement... Fantastique.

Black Train : Attention, c'est ultra court (2,10 minutes), mais très speedé. Comme si on était à bord d'un train (noir, de préférence, hein) lancé à vive allure, impossible de le stopper, mais qu'est-ce que ça va vite, sensations géniales, etc... I'm riding on the black train, riding on the black traiiiiiiin... Guitare lancinante et trash, toujours ces glapissements de renard entrappé pour JLP, et au final, une chanson aussi courte que mémorable, même si, pour être honnête, d'autres, sur Fire Of Love, sont encore supérieures.

Cool Drink Of Water : La chanson la plus longue de l'album avec 6,10 minutes, Cool Drink Of Water est une reprise (déglinguée, on s'en doute fortement) d'un blues de Tommy Johnson (un bluesman des années 20). Le rythme est lent, lancinant, le chant de JLP est assez hypnotique, il te vous te pousse de ces glapissements, ici, dignes du meilleur chacal en rut. La chanson fait partie des plus bluesy de l'album, des plus traditionnelles avec Promise Me, aussi, mais ça ne l'empêche pas d'avoir un petit grain dans le cerveau, une atmosphère assez space, il ne se passe donc jamais rien de vraiment clair avec le Gun Club !! Encore une fois, un morceau sensationnel.

Good Bye Johnny : Enfin (déjà ?, devrait-on dire, tant ça passe vite) la conclusion de l'album : Good Bye Johnny, une chanson qui, en 3,45 minutes, offre pour la pdernière fois sur l'album cette ambiance vaudoue si particulière, quasiment indescriptible en fin de compte. Pour être tout à fait honnête, cette chanson est celle que j'aime le moins sur Fire Of Love, sans doute parce qu'elle est, dans le fond, moins ravagée que les autres, elle fait un peu banal par moments. Attention, ce n'est pas mauvais pour un sou, mais si on la compare aux précédentes, c'est sûr, elle est moins marquante !

 Au final, Fire Of Love, qui sera suivi l'année suivante d'un deuxième album tout aussi réussi (Miami), est une réussite absolue de punk-rock et de blues-rock, un mélange détonnant au possible. Le chant de Jeffrey Lee Pierce (qui, sur scène, se comportait en vraie bête fauve, parfois) est remarquable, on ne s'ennuie pas un seul instant, et même, on peut trouver l'album trop court, parfois, tant le temps passe vite à l'écouter ! Au final, clairement, donc, un album essentiel, un disque plein de mojo, de trucs pas nets, le genre d'albums qui vous hante pour le reste de votre vie... Grandiose !