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Pour ce 178ème Track-by-track, j'ai décidé d'aborder un album qui, à sa sortie en 1979, sera un succès monstrueux, probablement le plus gros succès du groupe. Ce groupe, c'est Supertramp, groupe de rock progressif anglais (ici, c'est de la pop/rock pure, pas progressive du tout), et cet album, sorti sous une pochette très réussie et rigolote (et culte), c'est Breakfast In America. L'album contient pas moins de 4 tubes qui passent encore très souvent sur les ondes FM et ont littéralement ravagé les radios entre 1979 et 1980. Parfois considéré comme conceptuel (le groupe aux USA), avec son chant comme toujours partagé entre le guitariste Roger Hogdson (voix aiguë) et le claviériste Rick Davies (voix posée et grave), Breakfast In America est un des meilleurs albums de Supertramp avec Crime Of The Century (1974). C'est aussi le plus attachant et évident, un disque pop et mythique, un best-seller faisant partie des indispensables. Ce disque, le voici :

Gone Hollywood : Ligne de piano répétitive, aiguë et entêtante, voilà comment s'ouvre Gone Hollywood. Une chanson qui, en 5 minutes et des poussières, ouvre à merveille Breakfast In America et aurait pu devenir un tube si seulement elle était sortie en single. Mais même pas en face B de single, en fait ! La chanson est interprétée en duo par Davies et Hogdson. Hogdson commence par une petite phrase, Davies suit pour le reste. Le drive de la chanson est juste irrésistible, riff de guitare assez tueur (marrant de parler de riff de guitare tueur pour Supertramp, non ? Pourtant, ici, c'est bel et bien le cas), ambiance un peu progressive et changement de rythme, partie de saxophone juste superbe, final à tomber le Q par terre... Un sommet que cette chanson !

The Logical Song : Premier tube mondial pour l'album et probablement la chanson la plus connue de Supertramp. Interprétée par Roger Hogdson, The Logical Song est tout simplement intouchable. J'ai acheté l'album pour elle, il y à longtemps. Que dire face à un tel tube, à une telle réussite ? Le final de saxophone (fantastique John A. Helliwell) est parfait, le chant est posé, sublime, les paroles sont franchement réussies, l'ambiance est prenante, assez lourde et sombre, mais magnifique... Un sommet, encore un, et concernant cet album, laissez-moi vous dire que c'est pas fini !

Goodbye Stranger : Rick Davies au chant (Hogdson pour les refrains) pour ce Goodbye Stranger cultissime, deuxième des quatre tubes de l'album, et le plus long des tubes avec 5,45 minutes (deuxième chanson la plus longue de l'album). C'est juste sublime, probablement la meilleure performance vocale de Davies sur l'album, et une de ses meilleures dans Supertramp avec Crime Of The Century. C'est une chanson imparable, sans doute un peu longuette, mais le final instrumental (solo de guitare), fantastique, rattrape quelques longueurs. Génial.

Breakfast In America : Chanson très courte (la plus courte, même, avec 2,37 minutes), Breakfast In America est un tube de plus pour l'album, et une chanson ô combien grandiose et culte. Take a look at my girlfriend, she's the only one I got, not much of a girlfriend, never seem to get a lot. Interprétation jubilatoire de Roger Hogdson, sa meilleure performance vocale de l'album avec Child Of Vision, clairement (oui, meilleure que The Logical Song, en fait !). Emblématique de l'album qui lui doit son titre et emblématique du groupe, cette chanson a traumatisé les radios mondiales en 1979, son succès fut monstrueux, il faut bien le dire. C'est, vraiment, une superbe chanson pop.

Oh Darling : Achevant la face A, Oh Darling est la seule chanson de cette première face à ne pas avoir l'étoffe d'un tube (Gone Hollywood aurait pu en être un). Interprétée par Rick Davies, cette chanson n'est pas mauvaise du tout, mais c'est, selon moi, la chanson la moins exceptionnelle du lot, elle est belle, mais un peu longuette. Et, surtout, après quatre chansons aussi quintessentielles (et avant une chanson également quintessentielle qui ouvrira la face B), elle fait un peu 'mineure'. Ce n'est pas mauvais du tout, Davies chante bien, on a des voix complémentaires de Hogdson, mais Oh Darling est juste pas mal, en fait.

Take The Long Way Home : Longue intro quasiment silencieuse, puis un harmonica surgit du néant. Et là, sublime. Take The Long Way Home est le quatrième tube de l'album (par ordre d'apparence sur le disque), et le dernier aussi, car les chansons suivantes ne sortiront pas en single (je veux dire, en face A). Roger Hogdson au chant pour cette chanson faisant partie des plus remarquables de l'album, des plus emblématiques de Supertramp. Solo sublime d'harmonica et de saxophone, chant parfait, durée idéale (plus de 5 minutes en tout), cette chanson est géniale.

Lord Is It Mine : Encore Hogdson au chant, pour cette chanson christique, religieuse, vraiment belle, même si elle est un petit peu plombante parfois. Lord Is It Mine est quand même une bien belle chanson, le refrain est du pur Supertramp, et la voix aiguë et si fragile de Roger Hogdson (le chanteur le plus charismatique du groupe) est parfaite, je ne pense pas que Davies aurait pu chanter aussi bien sur Lord Is It Mine que Hogdson, cette chanson lui correspond vraiment. Bref, c'est sublime, quoi.

Just Another Nervous Wreck : Rick Davies au chant pour cette chanson assez trépidante, que j'aime beaucoup même si elle n'est pas une des meilleures de l'album (en fait, c'est probablement la moins bonne, avec Oh Darling, mais je chipote, car il n'y à aucune mauvaise chanson sur ce disque). Just Another Nervous Wreck ('juste un autre pétage de plombs') est une chanson assez schizophrène : les couplets sont calmes, sublimes même, avec ce piano boogie assez sublime et le chant posé de Davies. Le chant est même un peu léger. En revanche, les refrains sont assez énervés, je ne vais pas aller jusqu'à dire que Davies hurle (ce mec, quand il hurle, semble chanter juste un peu fort...), mais ce qui est sûr, c'est que les refrains sont aux antipodes des couplets. Sans doute un peu longuet vers la fin, mais quand même une très bonne chanson.

Casual Conversations : Deuxième morceau le plus court avec même pas 3 minutes, Casual Conversations, interprété par Rick Davies, est une chansonnette baignée de piano électrique, assez jazzy et sympathique, même si un petit peu répétitive. Ce n'est pas le meilleur morceau de l'album, mais franchement, c'est une chanson assez sympathique, je l'ai toujours bien aimée. Oui, c'est un peu morne, répétitif, ce motif de piano électrique est pas forcément ce qu'il y à de plus beau sur l'album, et si Davies chante bien, il chante, aussi, mieux sur Gone Hollywood ou Goodbye Stranger. Mais c'est pas mal du tout, quand même. Ce qui est bien, avec ce titre, c'est qu'il ne prépare en rien au cataclysme que sera le morceau suivant et dernier de l'album, lequel est...

Child Of Vision : Le morceau le plus long de l'album, et le seul pour lequel on peut dire qu'il est, dans un sens, progressif (rappelons que les premiers albums de Supertramp, jusqu'à Crime Of The Century inclus, sont du rock progressif). 7,25 minutes haletantes, fantastiques, commençant par une ligne de piano entêtante. Le morceau démarre assez rapidement, chanté par Hogdson, et est, dans l'ensemble, très pop. Refrain assez aérien... Mais là où le morceau décolle vraiment, c'est après le deuxième refrain (et à ce moment-là, il n'y aura plus de chant). Le final instrumental, qui arrive à peu près au centre du morceau, est juste inoubliable. D'abord, un solo improvisé de piano, assez free, puis, d'un coup, vers la toute fin, John A. Helliwell fait rugir son saxophone, et là, messieurs-dames, grands frissons en perspective. Comme pour le final de Crime Of The Century sur l'album du même nom, mais en plus langoureux. Child Of Vision est le sommet de Breakfast In America, oui, j'ose le dire. Mon Dieu, ce final...

 Alors, au final, que dire ? Personnellement, j'ai du mal, tant Breakfast In America compte pour moi. Mon album préféré du groupe (lequel n'est pas un de mes groupes de chevet, mais j'aime beaucoup Supertramp), rempli de chansons indémodables, qu'elles soient des tubes ou pas. Un album pop, frais, sensationnel, et peu importe pour moi qu'il soit, ou non, conceptuel. Tout ce que je sais, c'est que ce disque de 46 minutes est quasiment parfait (une chanson est très bien, mais moins exceptionnelle que les autres), remarquablement bien interprété et produit... Un des tous meilleurs du groupe, et aussi, dans un sens, la fin de leur Âge d'Or, puisque le groupe fera encore un album (...Famous Last Words...) assez moyen, voire même médiocre, avant de voir son guitariste et chanteur Roger Hogdson partir pour une carrière solo. Oui, clairement un chant du cygne pour Supertramp, et quel chant !