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175ème Track-by-track, et pour ce faire, un disque franchement réussi, mais aujourd'hui un petit peu oublié, sauf des grands fans de rock : Back In The U.S.A., deuxième album d'un groupe culte, le MC5, originaire de Detroit, Michigan (MC pour Motor City, surnom de Detroit, ville de l'industrie automobile, et 5 car ils étaient 5 dans le groupe : Rob Tyner au chant, Wayne Kramer et Fred 'Sonic' Smith, futur mari de Patti Smith, aux guitares, Michael Davis à la basse et Dennis 'Machine Gun' Thompson à la batterie ; Smith et Tyner sont depuis décédés). Le Five était un groupe incendiaire, les rivaux des Stooges venus de la même ville, et faisant le même style de rock : du garage, ancêtre du punk-rock. Mais le Five était contestataire, en plus : leur premier album, Kick Out The Jams, de 1969 (un live), sera interdit, censuré, fera scandale. A l'époque, le groupe était l'instrument musical de John Sinclair, un leader anarchiste, créateur du mouvement des White Panthers. Au moment de l'enregistrement et de la sortie de Back In The U.S.A., le Five était quelque peu désolidarisé de Sinclair, lequel croupîssait en prison pour des ennuis (port illégal de drogue). L'album, produit par un rock-critic faisant alors ses débuts à la production (Jon Laudau, qui produira Springsteen et aura même cette phrase ultime concernant Springsteen dans un article sur lui, avant qu'il ne le produise : J'ai vu le futur du rock, et il a pour nom Springsteen), l'album, donc, est sorti en 1970, sur la maison de disques Atlantic, le groupe s'étant fait virer de leur précédente, Elektra. C'est un disque sauvagement court, 28 minutes pour 11 titres, et très rock'n'roll dans l'âme. Le voici :

Tutti Frutti : Wop bop a lop bop a lop bam boom, Tutti Frutti, aw rootie... Ne me dites pas que vous ne connaissez pas. Il s'agit évidemment d'une reprise du standard rock'n'roll Tutti Frutti de Little Richard, une des plus grandes chansons de l'histoire du rock 50's. Cette reprise, très courte (le morceau le plus court de l'album avec 1,30 minute, seule chanson de l'album à faire moins de 2 minutes), est franchement efficace, même si elle est trop courte. A noter que si l'album s'ouvre avec une reprise, il s'achève aussi avec une reprise (qui donne son titre à l'album). Autrement dire, le groupe n'a écrit, apparemment, pour cet album, que 9 titres (si le groupe en avait fait plus, il en aurait placé plus sur l'album, car 28 minutes, franchement, c'est minable, comme durée, et on s'en contente difficilement). Très bonne chanson.

Tonight : Quel riff ! Après la minute et demi de Tutti Frutti, place au gros son du MC5, leurs chansons bien à eux. Et Tonight, qui sortira en single (comme l'album, il aura du mal à se vendre, sera un bide), est une des meilleures chansons du Five, tout simplement. Une chanson courte (2,30 minutes) et franchement bluffante, le chant de Tyner est parfait ici (physiquement, ce mec était une plaisanterie vivante, entre ses petites lunettes, ses vestes brandebourg ou à franges, et surtout sa coupe afro bouboule, mais vocalement, il en jetait), et niveau rythmique, c'est puissant.

Teenage Lust : A peine moins grandiose que Tonight, Teenage Lust parle des émois sexuels, de l'adolescence, de la puberté, et bien que ses paroles soient pleines de lieux communs sur le sujet, elle parlera à tous ceux qui ont été ados un jour et à tous ceux qui le sont actuellement. La chanson est excellente, même si elle l'est moins que Tonight. De plus, placée après cet hymne de la rébellion, elle semble encore un peu plus faible. Mais bon, on ne va pas chipoter, c'est excellent.

Let Me Try : Morceau le plus long avec 4, 15 minutes. Pour beaucoup, Let Me Try est le défaut du disque. En effet, cette chanson est radicalement différente des autres, car il ne s'agit pas d'une chanson rock ou garage, mais d'un...slow. Autant le dire tout de suite, cette chanson, vous l'aimerez ou la haïrez, mais pas de milieu. Perso, j'aime assez Let Me Try, même si le chant de Tyner est extrêmement poussif ici, il en fait des quintaux dans le registre du crooner rock qui semble souffrir en chantant, voix chevrotante et rauque... Les paroles, en plus, sont pleines de clichés (You've been neglected, you've been abused...), mais le refrain est excellent, ainsi et surtout que la mélodie à base de guitare. Dans l'ensemble, ce n'est pas le sommet de l'album, elle est trop à part, mais c'est quand même très bon.

Looking At You : La face A s'achevait sur les 3 minutes de Looking At You, chanson apparemment assez ancienne, datant de l'époque Elektra du groupe (1968-69), et que le groupe a dont décidé de mettre sur disque. Looking At You est assez réussie, ça fait du bien, après la ballade contestée Let Me Try, de retrouver un Five assez énergique et virulent. Pas le sommet de l'album, mais franchement, une excellente chanson bien efficace.

High School : La face B s'ouvrait sur High School, chanson qui parle évidemment de la vie estudiantine dans les lycées américains. La chanson, comme de juste, se retrouvera dans un film sur le sujet, sorti neuf ans plus tard, Rock'n'Roll High School (dont la chanson-titre sera signée des Ramones). C'est une chanson assez sympathique, même si le chant de Tyner m'énerve un peu ici (les run run run, chop chop chop, ou hey hey hey qu'il place entre chaque High school chanté par le Five dans les refrains). Une très très bonne chanson.

Call Me Animal : Seulement 2 minutes et 5 secondes. Une chanson assez sympathique, mais au final pas aussi grandiose que les autres. Call Me Animal, en fait, est vraiment trop courte, mais la chanson, à la base, est un peu moyenne quand même, le refrain est plutôt insipide... Et puis, placée entre deux immenses chansons, elle fait vraiment mineure...Oui, e ne suis pas fanatique du tout de cette chanson !

The American Ruse : Indéniablement la chanson la plus politique, engagée, contestataire de l'album (avec The Human Being Lawnmower). La chanson critique le gouvernement de l'époque, selon le Five, la liberté promise par le gouvernement n'est que tromperie, une grosse et immonde ruse bien à l'américaine. Le groupe, qui a déjà subi des emmerdes pour leurs engagements gauchistes, récidive ici, ce qui n'empêchera pas John Sinclair, leur leader anarchiste emprisonné, de soupirer, se rendant compte que le groupe, selon lui, tenait plus être les nouveaux Beatles que les nouveaux Mao... Cette chanson, cependant, reste ce qu'elle est, un gros brûlot bien sanglant et vif.

Shakin' Street : Unique chanson de l'album à ne pas être interprétée par Tyner, mais par Fred 'Sonic' Smith, lequel, décédé en 1994, deviendra le mari de Patti Smith, Shakin' Street est une des plus réussies de Back In The U.S.A., tout simplement. 2,20 minutes de bonheur s'ouvrant sur un riff inoubliable. La chanson est parfaite, éternelle, elle semble ne pas avoir d'âge, et le chant de Smith est franchement bon, même si on sent aussi que le guitariste n'était pas totalement habitué au chant. Il chante bien, avec un peu de timidité dans la voix, mais aussi pas mal de colère retenue. C'est vraiment une chanson remarquable.

The Human Being Lawnmower : Titre étrange ('L'homme devenu tondeuse à gazon'). Dans le livret, il est indiqué que malgré sa courte durée (2,30 minutes), The Human Being Lawnmower est considéré comme un opéra-rock, car la chanson est construite en plusieurs parties (il y en aurait sept en tout, mais allez les repérer dans si peu de temps !). Chanson considérée, par le mec ayant écrit les notes de pochette du CD, comme une des plus remarquables de l'album, c'est, il est vrai, une excellente chanson, assez particulière. Les chop-chop-chop-chop-chop-chop de Tyner, dans le final, imitant sans doute une tondeuse à gazon, me feront toujours rigoler, mais ce n'était vraisemblablement pas le but recherché... Chanson assez énergique, un peu fouillis, mais franchement bonne.

Back In The U.S.A. : Et la voilà, la deuxième reprise de l'album. Elle lui doit son titre, car elle s'appelle Back In The U.S.A., et en 2,30 minutes, c'est une reprise de la fameuse chanson de Chuck Berry, une des chansons les plus mythiques et de Berry, et du rock'n'roll, tout simplement. Encore une fois, une reprise très efficace et enlevée, qui n'arrive cependant pas à faire oublier l'original (malgré que le Five soit en forme, Chuck Berry reste ce qu'il est, et sa chanson est encore meilleure dans sa version originale comme souvent avec les chansons ayant été reprises par d'autres). Un final d'album excellentissime.

 Le seul défaut de l'album, autant que j'en parle quand même ici car je n'y ai pas fait allusion auparavant, c'est sa production. Jon Landau débutait (par la suite, il sera bien meilleur : Born To Run du Boss, par exemple), ce qui, donc, fait qu'il est pardonné. Mais le son de Back In The U.S.A. est, et c'est même clairement dit dans les notes de pochette de la réédition CD, très fin, plat. Comme pour le Neverneverland des Pink Fairies (1971), il ne rend pas justice au son du MC5, qui était un groupe très très puissant en live (Kick Out The Jams, leur premier album, en témoigne). Ce son assez faiblard et plat, métallique, sans puissance, fait que l'album y perd un peu en efficacité, déjà qu'il n'est pas long, en plus, et passe trop vite... Aucune mauvaise chanson, le groupe est en forme, mais cette petite production quelque peu foirée (c'est du à un accident de mixage) atténue son choc sonore. Dommage. Sinon, un très très grand album de pur rock !