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Pour ce nouveau Track-by-track, un album qui, à sa sortie en 1979 (sous une pochette qui plagie allègrement celle du premier album RCA d'Elvis Presley) était double autrefois (tout tient sur un seul CD de 65 minutes pour 19 titres). Ce disque, le troisième du Clash, fameux groupe de punk-rock anglais, s'appelle London Calling. C'est le sommet du groupe, même si leur premier album éponyme de 1977 est également totalement indispensable. Produit par Guy Stevens, l'album offre donc 19 titres (18 étaient crédités sur le vinyle, le dernier ayant été rajouté au dernier moment, trop tard pour la pochette et les paroles des sous-pochettes, mais il y en avait bien 19 dès la première édition vinyle sortie), interprétés en alternance par Joe Strummer ou Mick Jones (guitare tous deux, guitare lead pour Jones), avec un titre chanté par le bassiste Paul Simonon, qui orne d'ailleurs la pochette en prime. On alterne, sur ce disque, entre rock, punk-rock, reggae, ska, pop... Un vrai melting-pot, pas aussi 'monstrueux' et jusqu'auboutiste que l'album suivant du groupe (le triple Sandinista ! qui, tout en étant très bon et culte, est quand même trop long et inégal), mais à propos duquel on peut vraiment dire : voici le meilleur album des Clash. Un groupe important pour moi, mon pseudo vous le confirmera (et le T-shirt que je porte actuellement, à l'effigie de la pochette de l'album, aussi). Ce disque, que je me suis racheté en vinyle tellement je l'aime, le voici :

London Calling : Intro légendaire, chanson légendaire. Comme la majorité des chansons de l'album, London Calling est définitivement trop courte (3,20 minutes), mais elle assure totalement malgré cela. Interprétée par un Joe Strummer en forme olympique, la chanson parle de la guerre, d'une guerre, qui vient de se déclarer. Londres semble avoir été la proie du feu nucléaire, A nuclear error, but I have no fear/London is drowning and I live by the river. Une chanson juste immense, cultissime, une des meilleures absolues (et de mes préférées absolues) de l'album et du groupe. Et de la scène punk-rock, aussi. Superbe et puissant.

Brand New Cadillac : Une reprise, d'une chanson de Vince Taylor. Brand New Cadillac, classique du rock'n'roll 50's, est ici transfigurée par le traitement que lui fait subir le Clash. Joe Strummer au chant pour cette chanson courte (2,10 minutes) et parfaitement haletante, une reprise franchement réussie, remarquable, trépidante. Après, malgré cela, ce n'est pas ma préférée de l'album, mais on ne saurait nier que le groupe a parfaitement réussi cette reprise, qui possède toute la force du punk-rock et la fraîcheur de l'original. Excellent.

Jimmy Jazz : Une sorte de reggae-ska assez étrange, très lent, interprété par Strummer (le premier disque est clairement le sien, Jones chante aussi, mais moins souvent). Jimmy Jazz, chanson qui parle d'un certain Jimmy Jazz que la police recherche avidement dans Londres, mais qui, apparemment, se cache franchement bien. Le rythme est lent ce qui fait que la chanson en devient un peu pesante parfois, malgré des cuivres remarquables et une belle partition de guitare. J'ai l'impression que ce mec que la police recherche serait un rasta, mais je peux me tromper. C'est une des chansons de l'album qui m'a le plus longtemps résisté, j'ai mis du temps à l'apprécier, et aujourd'hui encore, je peux vous affirmer que ce n'est pas une de mes préférées, mias elle est très bien.

Hateful : Une des chansons les plus speedées et punk de l'album, elle est par ailleurs interprété par Strummer, avec Jones dans les choeurs (Ooh, anything I want, he give it to me, anything I want, he give it but not for free, it's hateful). Chanson fantastique, nerveuse mais trépidante, jouissive, aussi légère que cynique, une des meilleures de l'album, et une des plus 'classiques', rapport au style des Clash. 

Rudie Can't Fail : Fin de la face A avec Rudie Can't Fail, chanson pop/reggae/punk, baignée de cuivres remarquables. Les choeurs sont totalement sous le contrôle de Jones, mais c'est encore une fois Strummer au chant, même s'il est accompagné de Jones quand même. Le rythme est reggae, la guitare fait plus punk/pop, c'est une chanson totalement enthousiasmante, jubilatoire, qui achève à merveille la première face.

Spanish Bombs : Ouvrant la face B, Spanish Bombs, interprétée avec force par Jones, est un des sommets de l'album. La chanson, son titre ne ment pas, parle de la guerre civile espagnole (1936), on y parle de la mort du poète et républicain Federico Garcia Lorca, assassiné (fusillé) par les franquistes, on y parle de bombardements, de la Guardia Civil... Le refrain, fantastique, est en espagnol (Spanish bombs, yo te quiero y finito, yo te quierda, oh ma corazon). Le rythme, plus rock que punk, est remarquable, le chant est admirable. Une superbe chanson engagée, en faveur des républicains, évidemment, et pas des franquistes (qui ont gagné, Franco, dictateur, étant resté au pouvoir jusqu'à sa mort en 1974).

The Right Profile : Strummer au chant pour The Right Profile, chanson qui parle de Montgomery Clift, acteur américain bien connu qui était aussi réputé pour son talent d'acteur (la chanson, très ska, cite plusieurs de ses films : Une Place Au Soleil, Les Désaxés, Tant Qu'il Y Aura Des Hommes...) que pour ses déboires avec l'alcool et les drogues. Monty Clift était un poivrot, dit la chanson (Strummer dit aussi qu'entre des médicaments et de la tise, il a choisi : comme Monty !). La chanson est excellente, pleine de cuivres, assez amusante. Pour moi, pas le sommet de l'album, mais il serait dommage de s'en priver !

Lost In The Supermarket : Chanson très pop interprétée par Mick Jones. Les paroles sont assez connes (le deuxième couplet est redoutable dans le genre), mais franchement, Lost In The Supermarket, assez étrange (une chanson aussi pop de la part du Clash, c'est assez bizarre ), est très bonne. C'est même une des rarissimes chansons que j'ai adoré à la première écoute ! Aujourd'hui, oui, je le sais, ce n'est pas une des meilleures de l'album, mais franchement, c'est du bon, très bon niveau.

(Workin' For The) Clampdown : Chanson très musclée, sobrement intitulée Clampdown sur la pochette (le titre entre parenthèses est crédité dans le livret des paroles). Paroles assez engagées, sympathiques (In these days of evil presidentès, working for the clampdown), mais la chanson n'a jamais fait partie de mes préférées, et je peux même dire que je la considère comme une des moins marquantes de l'album. Malgré un jeu de guitare superbe et une bonne interprétation de Strummer (Jones aux choeurs, comme toujours).

The Guns Of Brixton : La face B (et le premier disque, forcément) se finissait sur The Guns Of Brixton, chanson IMMENSE interprétée non pas par Strummer, ni par Jones, mais par Paul Simonon, le bassiste. Très fan de reggae, Simonon nous offre ici un reggae-rock tout simplement somptueux et malheureusement trop court (3,10 minutes), s'achevant en un fade-up frustrant, on aurait aimé que la chanson dure au moins une minute de plus. La chanson parle des tensions entre la police et des immigrés, dans la ville de Brixton, ville d'où est issu Simonon. La chanson fait allusion au film The Harder They Come, classique du cinéma underground, un film jamaïcain interprété par Jimmy Cliff (la bande-son est cultissime), de 1972, et qui raconte une sorte de Scarface jamaïcain et avant l'heure : Ivan (cité dans la chanson), tentant sa chance dans la musique avant de passer au trafic de drogue (et de mieux réussir sa vie ainsi)... La chanson qui ne fait que faire une allusion au film, est tout simplement grandiose, un des cinq sommets de l'album avec I'm Not Down, Death Or Glory, la chanson-titre et Spanish Bombs. Et ma préférée avec la chanson-titre et I'm Not Down.

Wrong 'Em Boyo : Contenant un extrait de la chanson traditionnelle Stagger Lee en intro, Wrong 'Em Boyo ouvrait les festivités pour la face C et, donc, le deuxième disque vinyle (car rappelons que tout tient sur un seul CD désormais). Pas mal de cuivres, une ambiance ska, pour une chanson courte (3 minutes) et très sympathique, mais franchement pas le sommet de London Calling, contrairement aux deux chansons qui l'encerclent (avec changement de face en guise de séparation pour l'une d'entre elles). Wrong 'Em Boyo est interprétée par Strummer, et est pas mal du tout, ceci dit... Une autre des preuves de l'intérêt des Clash pour les autres musiques, intérêt présent dès leur premier album (le reggae de Police & Thieves, reprise d'un morceau de Junior Murvin).

Death Or Glory : Assurément une chanson mythique, ce Death Or Glory. La chanson la plus clashienne de la face C, la seule chanson punk de la face, et c'est une réussite admirable, interprétée avec force par un Joe Strummer (aah, regretté Strummer, mort en 2002...) en état de grâce, encore une fois (c'est monnaie courante sur l'album, mais Death Or Glory est vraiment une des trois ou quatre plus belles chansons de London Calling). Chanson trépidante, rythmée, sèche, punk mais pas violente (c'est là la principale différence entre les Clash et les Sex Pistols : le seconds étaient très violents et agressifs, et à la limite de la débilité étant donné leur niveau de provocation, tandis que les premiers privilégiaient les messages politiques, altermondialistes, et les mélodies par rapport à l'attitude, même s'ils ont aussi déconné à leurs débuts). Une chanson magnifique.

Koka Kola : Chanson très courte (la plus courte, en fait, avec 1,50 minute), dont le titre est bien entendu une manière, pour les Clash, de cite explicitement un fameux soda mondialement connu sans avoir trop d'emmerdes juridiques (l'orthographe étant différente). On a même l'impression d'entendre une version musicale et longue d'une publicité pour Coca-Cola en entendant Koka Kola (It's the pause that refreshes in the advertising world), sur fond de musique pop/punk assez vive mais sans être brutale. Chanson interprétée en duo, mais on entend surtout la voix de Jones (on entend aussi celle de Strummer, mais entre les deux, on entend plus celle de Jones). Très bon, pas le sommet de l'album, mais très sympa !

The Card Cheat : La face C, étonnamment courte (un peu moins de...13 minutes !), s'achevait sur cette chanson étonnante interprétée par un Mick Jones vraiment convaincant. Chanson pop, calme, vraiment étonnante de la part du Clash, et sur laquelle on entend surtout une belle partition de piano (un certain Micky Gallagher est crédité, sur l'album, à l'orgue, mais là, c'est du piano, pas de l'orgue, et qui en joue ? Gallagher aussi ? Jones ? L'invité-mystère ?), ainsi que des cuivres (The Irish Horns, tels sont crédités les joueurs de cuivres sur la pochette). Chanson tout sauf violente, assez tristounette même, mais franchement belle. Cependant, comme Koka Kola (mais dans un autre registre), pas le sommet de l'album non plus.

Lover's Rock : La face C se finissait par une chanson de Mick Jones, la D s'ouvre sur Lover's Rock, chanson de 4 minutes qui est aussi de Mick Jones. Avant d'avoir le vinyle, je pensais que cette chanson achevait la face C (il faut dire que la face C est trop courte), mais non ! J'ai le vinyle, et donc la preuve, et une simple consultation sur internet le prouve aussi (Wikipédia, Rate Your Music...). Chanson rock, très sympa et réussie (excellente intro), plutôt du pur rock (un peu pop, mais certainement pas punk) qu'autre chose, interprétée à la perfection par mon chanteur préféré du groupe. Excellent, quoi !

Four Horsemen : Interprétée par Jones, cette chanson de 3 minutes, Four Horsemen, est assez sympathique (Jones a le vent en poupe sur le deuxième disque, il chante plus que Strummer : 5 chansons, plus Koka Kola qu'il chante plus que Joe, soit 6 sur 9 titres !). Malgré que la chanson soit correcte et sympa, elle ne fait pas partie des sommets de l'album, au contraire même. Pour moi, Four Horsemen, comme Wrong 'Em Boyo, est une des chansons les plus anecdotiques de London Calling, il en fallait bien, on ne peut pas faire un disque de presque 20 titres sans en rater (même à moitié) au moins une. Sandinista !, leur album suivant (le triple, depuis double CD, de 1980, vendu à l'époque au prix d'un simple), le prouve encore plus, mais là n'est pas la question. Bonne chanson, mais un peu moyenne quand même.

I'm Not Down : Aaah, ma préférée de l'album, en tout cas, de celles chantées par Mick Jones. I'm Not Down est un punk-rock (plus rock pur que punk, en fait ; pas très violent) fantasbuleux, magique, grandiose. Que dire ? Oui, la chanson est putainement trop courte (Comme Four Horsemen, elle dure juste 3 petites minutes), et c'est bien dommage tant elle assure. I'm Not Down est, vous l'aurez compris, un des sommets de ce magnifique double album. Désolé de ne pas trop en parler là, mais cette chanson me coupe les mots tant elle est immense.

Revolution Rock : 5,35 minutes, la chanson la plus longue de London Calling, et c'est un reggae-dub remarquable interprété par Joe Strummer. Revolution Rock aurait du s'appeler Revolution Reggae, tant elle n'est pas rock du tout mais aurait  très bien pu être signée Bob Marley & The Wailers ! Les cuivres ont beau être joués par The Irish Horns (qui sont peut-être bien de vrais Irlandais, pour ce que ça change), ils sont totalement wailersiens, on croirait entendre ceux de Bob Marley. Ambiance reggae totalement réussie pour cette chanson absolument sublime, bien que longue.

Train In Vain : La voici, la chanson bonus, placée en fin d'album au dernier moment, trop tard donc pour les pochettes et crédits. Elle s'appelle Train In Vain, dure 3,10 minutes (et est créditée sur le CD) et est interprétée par Mick Jones. Une chanson pop, remarquable, qui achève l'album sur une note de promesse quant à la suite de leur carrière. Baignée de cuivres, Train In Vain est une de mes préférées de l'album, et même, au départ, une des rares chansons de l'album que j'aimais (voir plus bas pour l'explication de ma relation avec London Calling) ! Immense !

Que dire, au final, sur ces 65 minutes de folie ? Je peux juste faire un petit mea culpa en disant que, la première fois (et la deuxième aussi) que j'ai écouté London Calling, je l'ai détesté, sauf une ou deux chansons. A partir de la troisième écoute (quelques mois après les deux premières qui furent rapprochées dans le temps), j'ai commencé à apprécier de plus en plus de titres, et dès la quatrième écoute (je ne les compte plus, désormais !), le courant était passé en totalité avec ce disque. Bref, si je peux donner un conseil à celles et ceux qui ont déjà écouté ce disque une fois et n'ont pas apprécié : persévérez ! Sinon, bah, rien d'autre à dire, si ce n'est que c'est un chef d'oeuvre absolu. Indispensable !