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Pour ce 155ème Track-by-track, j'ai décidé de vous proposer un des meilleurs disques de rock sudiste qui soient, sorti en 1973 et produit par Al Kooper (organiste de Bob Dylan) : (Pronounced 'Leh-nerd Skin-nerd') (les parenthèses sont dans le titre). Non seulement ce premier album de Lynyrd Skynyrd permet d'apprendre comment bien prononcer le très barbare nom du groupe (lequel vient d'un ancien prof de sport de Ronnie Van Zant, chanteur du groupe, qui s'appelait Leonard Skinner et n'était pas un tendre), mais il est, en plus et surtout, parfait, de la première à la dernière de ses 43 minutes (pour 8 chansons). Le groupe, qui se fera décimer en 1977 dans un accident d'avion (Ronnie Van Zant mourra, ainsi que d'autres, et les autres seront blessés, traumatisés), est ici au nombre de sept membres. Le dernier sur la droite, Ed King (guitare), joue en fait surtout de la basse sur l'album, sauf sur deux titres, ccar Leon Wilkeson, bassiste, n'était pas encore totalement dans le groupe (il joue sur les titres 2 et 6). Les autres sont Billy Powell (claviers), Bob Burns (batterie), et Allen Collins et Garry Rossington (guitares). Et Van Zant au chant. Ambiance bouseuse garantie avec ce disque, qui voici :

I Ain't The One : Ca démarre par un riff tortueux, bouseux, sudiste, bien efficace. La voix de Van Zant surgit, parfaite, claire, quelque peu narquoise. Le groupe se permet un ajout de piano de saloon dans le refrain (Billy Powell sera un tellement bon partenaire que, pas dans le groupe au moment de l'enregistrement, il l'incorporera dans la foulée, pour le récompenser de ses talents de pianiste rock). I Ain't The One est typiquement le genre de chanson qui convient à l'ouverture d'un album de cet acabit : énergique mais pas trop (il y à plus rythmé encore sur l'album), remarquable, mais pas trop (là encore, la suite sera nettement supérieure), une chanson totalement agréable, qui permet de lancer la machine avec efficacité.

Tuesday's Gone : 7,30 minutes, Tuesday's Gone est une des trois chansons les plus longues de l'album (et la deuxième plus longue derrière Free Bird). C'est aussi un des trois hymnes de l'album, une chanson radicalement différente de I Ain't The One. Là, c'est plus travaillé, plus développé (non, ce n'est pas progressif, le son des Skynyrds est tout sauf progressif, mais c'est plus recherché, voilà tout). L'intro est quasiment lyrique, douce, aérienne, avant qu'un solo de guitare, court et saisissant, ne déboule, carrément. Le chant de Van Zant est calme, sobre, un peu triste (la chanson n'est pas gaie), on sent qu'il s'envole dans les refrain (Tuuuuuesday's gooooooooone in the wiiiiiiiind...). Un remarquable solo de mellotron, joué par Kooper himself, embarque l'auditeur dans une atmosphère totalement aérienne. Pas de violence sur ce titre admirable, rock mais subtil. Un des plus beaux de l'album. Sur ce titre, Ed King ne joue pas de la basse, mais de la guitare (c'est Leon Wilkeson à la basse).

Gimme Three Steps : Radical changement de style. Place au boogie qui tache comme une bonne bouteille de gros rouge. Gimme Three Steps est en effet une sorte de I Ain't The One en version heavy. 4,25 minutes de fureur rock, un Van Zant en grande forme, des guitares serpentines, qui s'entrelacent, se mélangent, se battent en duel. La chanson est limite du hard-rock...Allez, oui, en fait, c'est du hard-rock, c'est probablement la chanson la plus bourrine de l'album (mais, attention, c'est du hard-rock à la Aerosmith ou à la Deep Purple, pas du hard-rock à la Black Sabbath, c'est pas ultra violent et heavy metal). Ce n'est pas ma préférée de l'album (elle est, de plus, coincée entre deux monstres), mais elle est franchement remarquable.

Simple Man : Amateurs de ce groupe allemand, Scorpions, la mélodie de Simple Man ne vous dit-elle rien ? Oui, en effet, les Scorpions semblent l'avoir quelque peu plagiée pour une de leurs chansons, Always Somewhere (1979, abum Lovedrive) ! C'est très flagrant, tellement flagrant que si vous ne vous en êtes pas aperçu, c'est que vous avez les écoutilles remplies de plâtre de Paris... Pour en revenir à Simple Man, la chanson, qui achève la face A, dure quasiment 6 minutes (troisième chanson la plus longue de l'album), et c'est un des hymnes de (Pronounced 'Leh-nerd Skin-nerd') aussi. Une chanson douce, mélancolique, nostalgique (malgré un refrain assez rock, mais pas violent, juste énergique), dans laquelle Van Zant parle de sa mère, et des conseils que celle-ci lui avait donné, alors qu'il était adolescent : sois un bon gars, un mec simple, un mec que tout le monde saura aimer et comprendre, ne fais pas de conneries, etc... Pour le 'ne fais pas de conneries, c'est un peu loupé, les Skynyrds étaient constitués de rednecks amateurs de tise, de conneries en tous genres, Van Zant sera incarcéré dans des prisons municipales (incarcérations d'une nuit) pour état d'ivresse et troubles à plusieurs reprises. Mais la chanson reste ce qu'elle est, une sublime chanson mélancolique (impossible de ne pas ressentir des frissons à l'écouter, que ce soit la guitare, le chant, les paroles...), pleine de douceur et de nostalgie, et, assurément, un des grands sommets, non pas de l'album (c'est le cas, de toute façon), mais du groupe.

Things Goin' On : Chanson bien boogie (piano de saloon, ambiance redneck aussi) qui ouvrait la face B avec ses 5 minutes et ses paroles qui parlent de la vie dans les ghettos, de la vie dans les banlieues difficiles où la violence et la came règnent en maître. Avec la chanson suivante, Things Goin' On est la chanson la plus country-bouseuse de l'album. Les Skynyrds n'épargnent pas le pouvoir en place, ils parlent de la société, de l'environnement. Mais le message politique, cinglant, est cependant quelque peu flingué par le chant honky-tonk de Van Zant et la musique boogie, qui en est à la limite de la caricature. Une très bonne chanson, mais clairement pas ma préférée.

Mississippi Kid : Pareil que pour Things Goin' On, Mississippi Kid est une excellente chanson, mais certainement pas une de mes préférées de l'album et du groupe. Une des chansons les plus courtes (presque 4 minutes, comme I Ain't The One ; la suivante sera la plus courte, avec 3,15 minutes seulement) de l'album, et une des plus caricaturale : acoustique, Mississippi Kid sent bon l'Alabama, Etat de prédilection (mais pas de naissance : quasiment tous les membres originaux du groupe viennent de Floride, ou de Californie) des Skynyrds. On est ici dans le coeur de l'Amérique redneck, la chanson sent bon la poussière, la chaleur, les préjugés, aussi. Mississippi Kid bénéficie de la guitare d'Ed King, et d'une mandoline omniprésente, jouée par Al Kooper. C'est franchement pas mal, mais à la longue, un petit peu lassant.

Poison Whiskey : Morceau le plus court, et un des plus rock de l'album. Poison Whiskey sent également bon l'ambiance redneck, mais ici en mode électrique. C'est une chanson qui ne fait sans doute pas partie des meilleures de l'album, mais qui fait en tout cas partie de mes préférées de l'album, voilà, c'est dit. Sans commune mesure avec Tuesday's Gone, Simple Man ou la suivante, évidemment, mais Poison Whiskey met la patate, c'est simple, direct, efficace, brut de décoffrage, rien à dire à son sujet. A la gloire du binaire !!

Free Bird : 9 minutes (et, donc, le morceau le plus long). Là, les gars, je pense que je vais refaire le coup de Stairway To Heaven (si vous ne savez pas ce que je veux dire, filez voir l'article Track-by-track sur le quatrième album de Led Zeppelin, celui sans nom). En fait, non, je vais essayer d'en parler un peu, mais comment définir Free Bird ? Chanson la plus souvent diffusée sur les ondes radio aux USA (devant la chanson de Led Zep que je viens de citer), c'est aussi la chanson préférée des Américains, une ode à la liberté, remplie de fureur, de guitare slide (c'est en entendant Duane Allman, guitariste légendaire du Allman Brothers Band mort en 1970 - le groupe est emblématique du son sudiste - , que Garry Rossington a eu l'idée d'en utiliser une, et il a bien fait), de soli de guitare infernaux et lyriques, avec un chant et des paroles sublimes (If I leave here tomorrow, would you still remember me ?), sans oublier ce mellotron tout simplement DIVIN, joué par Al Kooper. Free Bird est l'hymne absolu du groupe, un indispensable de chacun de leurs concers, et que le groupe, parfois, tiendra jusqu'à un quart d'heure en live. La chanson est tellement emblématique des Américains que des rigolos, à un concert de Britney Spears, la lui réclameront... IMMENSE.

 Au final, que dire ? En 43 minutes, les rednecks de Lynyrd Skynyrd, ici, offrent un album sensationnel, 8 titres incroyables qui représentent bien leur son. Du gros rock sudiste qui flirte parfois avec le hard-rock, le blues, le bluegrass ou la country. Trois hymnes absolus du rock possédant leurs lots de soli de guitare. Une interprétation sans failles de Ronnie Van Zant, qui chantait pieds nus sur scène pour mieux ressentir la chaleur de la scène et de la foule. Trois guitaristes (même si Ed King est à la basse sur quasiment tout l'album, au lieu de la guitare), ce qui offre un son remarquable. Une production excellente d'Al Kooper, avec qui le groupe aura des tensions fréquentes, ce qui n'empêchera pas Kooper de produire leurs deux albums suivants (le deuxième album, Second Helping, contient l'immortel Sweet Home Alabama, au fait). A l'arrivée, (Pronounced 'Leh-nerd Skin-nerd') est un sommet de rock, tout simplement.