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Pour ce nouveau Track-by-track, un disque sensationnel qui fêtera ses 10 ans comme un grand l'année prochaine : Up The Bracket, le premier (des deux...) album des Libertines, groupe de rock anglais fondé par Pete Doherty et Carl Bârat (tous deux guitare et chant, avec plus de chant pour Doherty). Un groupe qui fut important pour moi : lorsque j'ai crée mon pseudo internet, j'ai puisé chez les Clash (dont un des membres, Mick Jones, produit les Libertines) et chez ce groupe ! L'album est court (36 minutes dans sa version 12 titres sortie à l'époque en Europe ; un treizième titre, What A Waster, a été rajouté aux USA et par la suite partout dans le monde ; c'est la version 12-titres que j'aborde ici), et puissant, sorti sous une pochette choisie par le producteur Mick Jones, représentant la répression policière au cours d'une émeute en Amérique du Sud. Pochette qui n'est pas sans rappeler le dos de pochette du premier album (éponyme) des Clash, qui montrait la même chose, mais en Angleterre ! L'album, le voici :

Vertigo : Riff entêtant en intro, Vertigo assure totalement. Avec ses choeurs assez beatlesiens en final et son chant posé et parfait, la chanson se pose là comme étant une des toutes meilleures de l'album. Mais vraiment ! Compte tenu que Doherty et Barât, souvent, se partagent le chant (on les entend tous deux, ici, clairement), et que leurs voix se ressemblent, je ne suis pas sûr si c'est bien Doherty qui chante principalement ici (par exemple, sur Boys In The Band, c'est Barât, un passage live filmé dans une émission de TV le prouve), mais qui que ce soit, qu'est-ce que c'est grandiose ! Je pense, cependant, mais je peux me tromper, que c'est Barât, ici.

Death On The Stairs : Chanson plus sobre que la précédente, tempo un peu plus lent, quasi bluesy. Death On The Stairs est, malgré son titre assez glauque ('La mort aux étages'), une chanson très pop et au chant assez léger (de Doherty). Le refrain (Oh kill me, oh please, please kill me) est excellent, le jeu de guitare est juste sublime, et, encore une fois, des choeurs inoubliables et un petit peu beatlesiens en final. Bref, encore une très bonne chanson, même si elle est moins marquante que Vertigo.

Horror Show : Le titre s'inspirerait du film Orange Mécanique de Kubrick, dans lequel le terme 'horrorshow' (en français, 'karacho') est un des termes argotiques utilisés par le héros, Alex, et ses complices (le terme signifie 'incroyable', 'grandiose', 'épatant', 'génial', ce genre de superlatifs). Enfin, bon, là, c'est pas forcément ça que ça signifie, car la chanson, je crois, parle d'un procès intenté contre Doherty, à ce que j'ai cru piger à son sujet... Une chanson assez énergique, limite hystérique dans son refrain. Le riff, encore une fois, déchire, le chant aussi ; Horror Show est excellente.

Time For Heroes : Chanson imparable qui sortira en single et est aujourd'hui encore la chanson la plus connue du groupe (en tout cas, une des plus emblématiques). Que dire ? Là, les choeurs sont totalement dans le style des Clash (je soupçonne Mick Jones d'avoir posé des voix dans les choeurs, tant ça ressemble aux Clash ici), et la chanson, courte (3 minutes), est juste irrésistible, avec ses paroles assez amusantes (He knows there's fewer more distressing sights than that of an Englishman in a base-ball cap : 'Il y à peu de vues aussi déplorables que c'est d'un Anglais portant une casquette de base-ball', compte tenu que le sport national anglais est le cricket, c'est clair que voir un Anglais avec une casquette de base-ball est assez déplorable pour un autre anglais, ah ah ah  !). Le chant de Doherty est juste superbe, plein de morgue toute britannique. Grandiose.

Boys In The Band : Mon morceau préféré de l'album, oui, malgré la puissance de Time For Heroes et Vertigo (et d'autres chansons comme I Get Along). Boys In The Band, interprétée non pas par Doherty mais par son acolyte et ami/ennemi (les deux entretiennent une relation bizarre, amour/haine, ils ont d'ailleurs commencé par se détester cordialement avant de se trouver des points communs) Carl Barât. Tout est immense ici : l'intro est parfaite, le riff est démentiel, le chant, racé, distingué, un peu méprisant, plein de flegme briton, est également sensationnel. On entend Doherty sur les refrains (They all get them out... Only for the boys in the band... Twist and scream and shout... Only for the boys in the band...). Pour moi, Boys In The Band est le sommet de l'album, du moins, en ce qui concerne les chansons énergiques.

Radio America : Chanson acoustique pour laquelle Doherty et Barât ont joué avec de très anciennes guitares, histoire d'accentuer le côté un peu old school du morceau, de le vieillir un peu plus. Radio America est une très belle petite chanson, super bien interprétée, mais ça n'a jamais été une de mes préférées de l'album. Mine de rien, cette chanson est tout de même excellente et très sympathique, à écouter, donc !

Up The Bracket : Chanson très furieuse, qui donne son titre à l'album (et qui signifie, grosso modo, filer un coup dans la gorge, ou bien encore dans les...). Up The Bracket est un morceau qui va à cent à l'heure, riff de malade, chant (de Doherty) totalement acharné, avec cependant un petite touche un peu pop, la touche Libertines (la touche Mick Jones, aussi ?), qui n'est pas désagréable, bien au contraire ! Excellente chanson, pour ne pas dire excellentissime chanson.

Tell The King : Une de mes grandes préférées de l'album avec Boys In The Band et Vertigo. Là, c'est plus calme (pas acoustique comme Radio America, cependant, mais le tempo de Tell The King est quand même assez calme, limite reposant). Vocalement aussi, Doherty semble apaisé, rasséréné, le chant est sublime et posé, sobre, avec beaucoup de classe. Tell The King est une des plus belles chansons de l'album, un des sommets de Up The Bracket.

The Boy Looked At Johnny : Chanson magnifique, quoiqu'un peu étonnante, sur la ville de New York (où aucun des deux n'avait foutu les pieds avant), et dont le titre se base sur la chanson Land de Patti Smith. The Boy Looked At Johnny possède un refrain tout simplement somptueux et très libertinesque, avec ces petites vocalises (laï-dee-daï, laï-dee-daï-dee-la-dee-laï-dee-daï...) assez amusantes... Encore une fois, le chant est parfait, comme la musique, tandis que le texte est sans doute moins fort que de coutume, mais on s'en cogne, aussi...

Begging : Chanson encore une très terriblement rock, faisant penser à du Led Zeppelin ou à du Aerosmith par moments. Solo d'enfer, intro d'enfer, chant d'enfer, que dire de plus ? Begging est une des meilleures chansons de l'album et des Libertines, le genre de chanson qui fait du bien par où elle passe, qui vous ramone les conduits auditifs... Génial !

The Good Old Days : Chanson très sympathique, mais une de celles qui me plaît le moins avec Radio America, tout en précisant que j'aime quand même beaucoup ces deux chansons. The Good Old Days (riff excellent, chant parfait de Doherty) est une chanson très efficace et sympa, c'était une de mes préférées lors des premières écoutes, mais je m'en suis un petit peu lassé, au final. Mais c'est quand même très très très très bon, hein ! De toute façon, aucune mauvaise chanson sur Up The Bracket...

I Get Along : Final qui déchire, je ne vois pas quel autre terme utiliser. I Get Along fait penser à du Clash de la grande époque, ce qui n'est pas étonnant compte tenu que, dernière fois que je le dis ici, c'est Mick Jones, guitariste des Clash, qui produit le groupe (et a imposé sa toucher personnelle aussi bien sur la pochette que sur les choeurs, mais a quand même, au final, laissé les Libertines faire ce qu'ils voulaient, du moment que ça sonnait bien). Une chanson courte et signante, vrombissante, aussi conne (paroles peu originales) que totalement jouissive, du pur rock des familles, quoi ! Ce n'est pas le sommet absolu de l'album, mais assurément une excellente chanson, et en guise de conclusion (édition de 2002), totalement efficace !

Au final, en 36,40 minutes, Up The Bracket est un disque totalement réussi et efficace, une grosse claque dans la gueule, excellemment bien produite, par un groupe pas forcément novateur, mais très très convaincant et talentueux. Les textes sont immenses, le chant aussi, les chansons sont devenues des classiques du nouveau rock... Dans l'ensemble, ce premier album est totalement indispensable. Par la suite, les Libertines sortiront un deuxième album (qui fut très attendu), en 2004, sobrement intitulé The Libertines, et qui est, franchement, moins bon (mais tout de même loin d'être négligeable). Puis, le groupe splittera, et aujourd'hui, Pete Doherty est bien plus connu pour ses emmerdes judiciaires et ses problèmes de came que pour autre chose, même s'il a fondé les Babyshambles...