7

Attention, chef d'oeuvre. Pour ce 152ème Track-by-track, je m'attaque à l'Everest rock : The Beatles, alias le Double Blanc, double album (toujours en CD) que les Beatles ont sorti, à l'étonnement général, en 1968. Une somme ahurissante de travail, enregistrée dans le doute et la douleur (les quatre Fab Four bossaient chacun de leur côté, les engueulades étaient monnaie courante), 30 titres, 95 minutes. L'album n'est pas parfait, mais c'est quand même un disque que tout le monde aborde avec un respect total. Même s'il contient quelques chansons moyennes, passables, l'album est écouté de bout en bout avec révérence, admiration, et forme un 'tout' absolument fantastique. Ce disque, donc, le voici :

CD 1 :

Back In The U.S.S.R. : Superbe intro (bruit d'avion quittant le tarmac) pour l'album, ce Back In The U.S.S.R. caustique et totalement réussi, interprété par Paul McCartney (qui tient la batterie ici, le morceau ayant, il me semble, été enregistré peu après une engueulade ayant causé le départ momentané de Ringo, lequel était, quand même, comme Harrison, difficile à énerver, c'est dire si ça n'allait pas fort...). Les paroles parlent d'un homme revenant d'Angleterre (la BOAC, compagnie aérienne britannique, est citée), retournant dans son pays natal et adoré, l'URSS, qui est décidément sans commune mesure, imbattable. Chanson très rock et efficace, qui met la patate d'entrée de jeu ! Back in the U.S., back in the U.S., back in the U.S.S.R....

Dear Prudence : Lennon au chant et à la composition de cette chanson tout simplement magnifique. C'est bien simple, Dear Prudence est une des chansons les plus belles, intouchables, du Double Blanc. Ligne de basse inoubliable, guitare toute en magnifiques arpèges, chant posé et délicat, paroles sublimes, la chanson fait partie de celles qui furent composées à Rishikesh, lors du séjour du groupe dans l'ashram du Maharishi Mahesh Yogi, qui leur a fait découvrir la méditation transcendantale (seul Harrison accrochait vraiment au bouzin). La chanson prle de Prudence Farrow, soeur de Mia Farrow, actrice américaine qui était présente à Rishikesh (sa soeur Prudence aussi). Prudence ne quittait jamais sa chambre, ce qui étonnait et inquiétait quelque peu les autres (Dear Prudence, won't you come out to play ?)...Encore Macca à la batterie...

Glass Onion : Encore Lennon au chant, et donc à l'écriture, pour Glass Onion, morceau figurant parmi les plus courts de l'album (2,18 minutes, mais il y à nettement plus court quand même), mais aussi parmi les plus essentiels et importants. La chanson est tout simplement majestueuse, et décode pas mal de choses au sujet des Beatles. On y parle de Lady Madonna, du Walrus, du Fou sur la Colline, d'un Champ de Fraises... Allusions évidentes aux chansons Strawbery Fields Forever, I Am The Walrus, The Fool On The Hill, Lady Madonna, mais aussi à Fixing A Hole, I'm Looking Through You, There's A Place. La chanson décrypte pas mal de choses (Lennon chante que le Walrus était, en fait, Paul, bien que ça soit Lennon qui chantait cette fameuse chanson de 1967), et est une des plus mythiques du répertoire beatlesien. Immense. Ah oui, et Ringo à la batterie, comme sur quasiment tous les titres.

Ob-La-Di, Ob-La-Da : Composée, écrite, interprétée par un McCartney royalement à côté de ses pompes. Que dire, sinon que cet Ob-La-Di, Ob-La-Da, bien que faisant partie des chansons les plus connues du groupe, est sans aucun doute une immense chiure de mouche diarrhéïque ? Insupportable au plus haut niveau, cette chanson pseudo- et proto-ska est une pure abomination. Sur cet album, quand les Beatles réussissent, ils réussissent magnifiquement, et quand ils se plantent, ils se plantent royalement.

Wild Honey Pie : Quand Macca se la joue Lennon du pauvre... Wild Honey Pie dure une cinquantaine de secondes, et est signée du tandem Lennon/McCartney, mais, chez les Beatles, et surtout sur ce disque et les suivants, quand un morceau est interprété par Lennon, c'est qu'il a été écrit par Lennon, et idem pour McCartney. Ici, c'est la voix de McCartney qu'on entend, chanter Honey pie, honey pie, honey pie, I love you, honey pie, sur fond de musique saccadée. Franchement sans grand intérêt, ce qui est un pléonasme...

The Continuing Story Of Bungalow Bill : Lennon au chant et à la composition pour cette chanson amusante racontant les aventures d'un chasseur de tigres parti avec sa mère, pour chasser. En fait, c'est une chanson qui parle d'un jeune homme venu à Rishikesh pour y retrouver sa mère, partie y faire de la méditation dans l'ashram, et qui, un jour, en profita pour s'organiser une petite partie de chasse au tigre. La chanson est très drôle, pas grandiose, mais quand même assez fendarde et très sympathique. N'empêche, le refrain (Hey, Bungalow Bill, what did you kill, Bungalow Bill ?) est, à la longue, usant. Le titre est en jeu de mots avec Buffalo Bill, évidemment.

While My Guitar Gently Weeps : Avec 4,45 minutes, c'est une des chansons les plus longues de l'album, et c'est aussi une des quatre à avoir été écrite, composée et interprétée par George Harrison (il y en à une par face). Indéniablement la plus belle chanson de l'album et probablement la plus belle chanson du groupe signée Harrison, While My Guitar Gently Weeps, qui sera très bien reprise par Todd Rundgren entre autres artistes, est une des rarissimes chansons du groupe sur lesquelles un musicien invité joue. En l'occurence, Eric Clapton, qui joue le solo de guitare (l'intro de piano est jouée par Macca), car Harrison ne voulait pas le jouer, n'ayant pas réussi à le faire correctement sur une autre prise. Un solo d'enfer, par ailleurs, pour une chanson juste immortelle.

Happiness Is A Warm Gun : Interprétée par Lennon, cette chanson achevait la première face. Happiness Is A Warm Gun est une chanson assez sombre qui parle notamment des soucis de came (héroïne) de Lennon (I need a fix 'cause I'm going down). La Mother Superior de la chanson, dans les paroles, est Yoko, Lennon la surnommait ainsi (Mother Superior sera le surnom du dealer dans Trainspotting de Danny Boyle...). Une chanson construite en plusieurs segments, dont un acoustique, un rempli de paroles délirantes, un autre très sombre et rock, et un final en doo-wop, le tout, en 2,45 minutes ! Pour Lennon, cette chanson était un morceau d'histoire du rock'n'roll, rapport à ça... Très bonne chanson.

Martha My Dear : La chienne de Paul McCartney s'appelait Martha (c'est Macca qui chante), mais la chanson, une chanson dans laquelle Macca demande à celle qu'il aime de ne pas l'oublier, ne s'adresse pas à son chien, mais à Jane Asher, avec qui Paul devait se marier en 1968. Ca ne se fera pas, Paul rencontrera d'autres filles, le couple se séparera, Paul rencontrera Linda... Reste cette chanson très belle, très douce...

I'm So Tired : Lennon au chant, pour ce I'm So Tired ('Je suis si fatigué') excellent et très court, 2 petites minutes. Chanson dans laquelle il dit se trouver vraiment fatigué, en pleine crise de nerfs. La chanson fut composée à Rishikesh, Lennon devait y retrouver de l'inspiration, mais en fait, c'est totalement le contraire qui se produira, le blocage sera assez durable. En plein doute, il fera cette chanson, dans laquelle il s'en prend par ailleurs à Sir Walter Raleigh, qui ramena le tabac des Amériques, autrefois. Lennon ne pouvait pas fumer, dans l'ashram, et brûlait d'envie de s'en griller une, tout en maudissant l'inventeur des clopes, car il en était accro... Paradoxe !! Excellente et très sombre chanson.

Blackbird : Courte (2 minutes) mais magnifique ballade acoustique et poétique composée et interprétée par Macca, sur un bel oiseau noir. Alors que tous les écoliers/collégiens de France et de Navarre se font rabattre les oreilles, en cours d'anglais, et ce, depuis plusieurs années (j'y ai eu droit), avec Yesterday, les professeurs pourraient très bien utiliser ce Blackbird au final très proche de Yesterday pour changer un peu, tant la chanson est belle et simple. La preuve que les deux chansons sont similaires : sur Love, l'album/compilation expérimental sorti en 2006, les deux titres sont mixés ensemble, et le résultat est, comment dire, superbe ! Une des plus belles chansons écrites et interprétées par Paul, tout simplement (comme Yesterday, d'ailleurs).

Piggies : Chanson cynique, cinglante, sarcastique sous ses dehors classiques et amicaux (la musique est constitué de claveçin), et qui aurait très bien pu être signée Lennon. Mais non, c'est signé et interprété par Harrison (c'est d'ailleurs la chanson la plus sombre de Harrison au sein du groupe, avec Blue Jay Way, mais encore plus sombre que ça). Piggies se moque de l'establishment, des bougeois britanniques, qu'Harrison surnomme, ici, les petit cochons. La chanson est malheureusement entrée dans la légende pour avoir inspiré ce fou de Charles Manson, qui a lancé les membres de sa 'Famille'  (nom qu'il donnait à sa secte de dingues) en expédition sanguinaire à Laurel Canyon (quartier huppé de Los Angeles), en 1969. Le fameux et terrible carnage perpétré dans la villa de Sharon Tate (femme de Polanski, elle était enceinte), tuée ainsi que plusieurs autres personnes. Sur les murs, écrits avec du sang, les inscriptions "Piggies", "Helter Skelter" (autre chanson de l'album), entre autres joyeusetés. Au procès, les malades de la secte avoueront s'être rincés du sang qui les recouvrait en se baignant, de nuit, dans le Pacifique, tout en chantonnant, ensemble, Piggies. La chanson, au départ conçue pour être cynique et bon enfant, est devenue emblématique, malgré elle, de ce fait divers sanglant... Dommage, car elle est plutôt belle, à la base.

Rocky Raccoon : Chanson en forme de pastiche country/western, qui raconte l'histoire de Rocky Raccoon, cowboy (fictif) originaire des Black Hills du Dakota. Interprétée par Macca, la chanson commence par un couplet assez amusant (la manière dont Macca le chante), puis est interprété d'une voix assez morne, monotone (si la chanson avait été plus courte, et elle dure 3,30 minutes, elle aurait été vraiment chiante, mais là, ça passe), malgré des refrains assez enlevés avec piano de saloon. La chanson parle de Rocky Raccoon, amoureux d'une jeune femme de probablement petite vertu, appelée Maggill, surnommée Lil, connue aussi sous le nom de Nancy... Cette jeune femme a été volée à Rocky par Dan, un autre cowboy, et Rocky provoque Dan en duel...et perd. Heureusement, la balle n'a fait qu'égratigner Rocky, et on suppose qu'une fois remis de ses émotions, il reprovoquera Dan en duel, jusqu'à ce qu'il reconquérisse Maggil/lil/Nancy ! Une chanson amusante, que j'aime beaucoup, même si ce n'est pas une des plus grandes de l'album. Mais c'est franchement pas mal du tout.

Don't Pass Me By : Chanson à part sur le disque, car la seule à être composée et écrite par Ringo Starr. C'est même la toute première chanson que Ringo a écrite au sein du groupe. Et, évidemment, il la chante (là, par contre, ce n'est pas la première fois : Yellow Submarine, What Goes On, With A Little Help From My Friends, étaient interprétées par Ringo, et il y en à d'autres). Don't Pass Me By sera un gros hit en...Suède, ce qui tend à se demander si les Scandinaves auraient toute leur tête. Sur l'album suivant (Abbey Road), Ringo récidivera avec Octopus's Garden, et il chantera aussi une autre chanson, Good Night, sur le Double Blanc. Don't Pass Me By est une chanson au titre approprié ('ne me néglige pas'), car elle fut mise de côté pendant plusieurs années, mais fut sans cesse rejetée. Le fait que le Double Blanc ait été fait chacun de son côté a permis à Ringo de faire imposer sa chanson, une des plus longues de l'album avec 4 minutes. Une chanson un peu country, avec pas mal de violon. Franchement pas nul, mais à la longue, on s'en lasse un peu...

Why Don't We Do It In The Road ? : Une des chansons les plus courte de l'album (1,40 minute), interprétée par un Macca visiblement en petite forme, tant la chanson est ridicule, dans sa forme (Macca répête plusieurs fois le titre, sur une musique minimaliste et boogie, piano, basse, guitare, batterie. Macca joue de tous les instruments sauf de la batterie (là, c'est Rrrrrrrrringo). Why Don't We Do It In The Road ? est amusante, mais ne sert pas à grand chose, sauf à apporter un titre de plus à l'album.

I Will : Macca encore, et chanson ultra courte encore, 1,45 minute. I Will a été composée pour Linda Eastman, future Linda McCartney. Malgré son évidente simplicité, I Will a nécessité pas moins de...67 prises ! Lennon aux percussions, Ringo aux bongos et maracas, Macca à la guitare et chant. Que dire ? C'est un peu beaucoup totalement terriblement horriblement mièvre, une des chansons les plus insipides de l'album, ce qui est accentué par sa très courte durée. I Will est passe-partout, plutôt jolie, mais sans grand intérêt, au final...

Julia : Le final du premier disque est signé et interprété par Lennon. Julia est une merveille. La chanson est un hommage de Lennon envers sa mère, Julia Stanley, morte en 1958, écrasée par un chauffard (qui était, en plus, un flic). La chanson cite aussi Yoko (Ocean child calls me ; Yoo, en japonais, signifie 'fille de l'océan'). Interprétée seul à la guitare (jeu en picking) par Lennon, Julia est une pure merveille mélancolique, nostalgique, impossible de s'en lasser. Magnifique.

CD 2 :

Birthday : Le deuxième disque (47 minutes - le premier en faisait 46, je vous épargne les secondes) commence par ce Birthday sans équivoque : c'est une chanson rigolote, très rock, vibrante, interprétée par Macca (qui l'a écrite, pour l'anniversaire de Linda), Lennon, et avec, aux choeurs, Patti Harrison (femme de George) et Yoko Ono. Aux claquements de mains, tout le monde cité, plus Harrison, Ringo et Mal Evans (un road-manager, assistant du groupe, et un de leurs amis). Chanson festive, sympathique comme tout, bien meilleure que le Happy Birthday que Stevie Wonder fera par la suite, sans vouloir dire du mal de Wonder, que j'aime énormément, mais...

Yer Blues : Comme son nom l'indique, Yer Blues ('Your blues') est un blues. Ecrite, composée et interprétée par un Lennon en pleine crise de nerfs (comme I'm So Tired, mais, ici, en mode électrique), la chanson, en 4 minutes, est d'une noirceur assez marquante. Lennon y parle de ses emmerdes, dit qu'il en à marre, envie de se tuer, il parle même et surtout de ses ennuis de came. I'm so lonely, wanna die, if I ain't dead already, girl you know the reason why. La chanson n'est pas du chiqué, Lennon était vraiment dans un sale état moral quand il l'a écrite ! C'est pour de vrai, et c'est une des chansons les plus réussies et marquantes du Double Blanc. A ne pas écouter quand on se sent mal dans sa peau...

Mother Nature's Son : Macca aux commandes pour ce Mother Nature's Son musicalement sublime (même si un petit peu trop mièvre, quand même...Aaah, McCartney est tout le contraire d'un énervé !) et doté de belles paroles. Orchestrations (cuivres, cordes) de George Martin, et chanson qui fut, comme pas mal de titres de l'album, composée à Rihikesh, en Inde, dans l'ashram du Maharishi. C'est une chanson qui ne trompe personne, un appel à la nature, la Nature, même (avec une majuscule), inspirée par une conférence du Maharishi, au pied de l'Himalaya, conférence qui parlait de l'union entre l'homme et la Nature. Bref, une chanson sympathique, mais aujourd'hui un peu trop gentillette...

Everybody's Got Something To Hide Except Me & My Monkey : Composée par Lennon, qui l'interprète, Everybody's Got Something To Hide Except Me & My Monkey est, avec Yer Blues et Happiness Is A Warm Gun, une des chansons de l'album qui parlent des soucis de came de Lennon. Le 'monkey' (singe) du titre symbolise l'addiction aux drogues dures. Bon, le singe, ici, symbolise aussi Yoko, ce qui peut sembler douteux. Musicalement très rock et guillerette, la chanson, répétitive (couplets...), sans être un sommet, est quand même pas mal du tout. Elle parle de l'amour que Lennon et Yoko Ono partageaient, contre tout le monde. Elle parle aussi des soucis de came du binoclard, car il en avait à l'époque... Bref, double-sens, d'utant plus que les autres Beatles ignoraient le sens caché de 'monkey' ou, pour Happiness Is A Warm Gun, de 'fix'...

Sexy Sadie : A la base appelée Maharishi, Sexy Sadie, qui a nécessité un nombre incalculable de prises (au moins 107...), est une chanson cinglante (sous des aspects pop/rock très calmes et sobres et un chant posé et quasiment apaisé de Lennon, car c'est lui qui a écrit et interprété la chanson), une chanson qui dénonce les activités du Maharishi Mahesh Yogi, lequel faisait certes de la méditation, mais était surtout un obsédé sexuel, selon Lennon, et un amateur de beaux billets verts. On parviendra non sans peine à faire renommer la chanson, mais les paroles restent ce qu'elles sont (Sexy Sadie, what have you done ? You made a fool of everyone). Une des plus réussies de l'album.

Helter Skelter : Ecrite et interprétée par Macca, Helter Skelter, chanson de 4,30 minutes, est la chanson la plus rock de l'album. En fait, c'est du hard-rock, tout simplement ! Le titre de la chanson ('balançoire') est assez ridicule, mais sonne bien, et la chanson est efficace comme un coup de boule. Apparemment, un grand nombre de prises a été nécessaire (à la fin, on entend Ringo brailler I got blisters on my fingers ! - 'j'ai des ampoules aux doigts !' - car il n'en pouvait apparemment plus). La chanson est un vrai bordel sonique signe des Stooges par moments. Macca a eu l'idée de ce titre en entendant Pete Townshend, guitariste des Who, parler de son 'lourd et brutal', de 'chanson très vulgaire et brutale', en parlant de I Can See For Miles, la dernière chanson des Who au moment de cette interview. Macca trouvera la chanson assez conventionnelle, au contraire, et aura l'idée de faire une chanson correspondant aux attentes selon la description faite par Townshend. Bilan : positif ! Une chanson tout simplement immortelle, un vrai OMNI pour Macca, qui, ici, braille littéralement.

Long, Long, Long : Troisième chanson de l'album à être signée Harrison, qui la chante donc, Long, Long, Long achevait la face C. C'est une chanson sublime aux paroles assez ambiguës : parle-t-on de Dieu (Harrison, par la suite, dira que c'est le cas), ou d'une femme ? La chanson est très calme, tellement calme qu'après le bordel sonore de Helter Skelter, elle paraît silencieuse. Une chanson assez sous-estimée, personnellement une de mes préférées d'Harrison et de l'album. Une pure petite merveille qui, en 3 minutes, offre une mélodie certes très calme et peu sonore (il faut parfois tendre l'oreille, Harrison, de plus, chante très calmement), mais absolument magnifique.

Revolution 1 : La face D s'ouvrait sur Revolution 1, reprise calme, folk, de la chanson Revolution qui sortira en single (en face B de Hey Jude) la même année, plus tôt. Là, c'est pareil que Revolution, mais en mode calme, fini le gros riff et les Alright ! braillés par Lennon. N'empêche, au cours de l'enregistrement de la version rock (qui fut faite en même temps que la version calme, mais sortira donc bien avant), une prise sera un tel bordel qu'elle en deviendra le point de départ de Revolution 9, morceau de barge situé plus loin sur l'album... Chanson superbe, je préfère personnellement cette version blues/folk à la version rock, qui est quand même excellente.

Honey Pie : Une des plus mauvaises chansons de l'album, et c'est à Macca qu'on la doit. McCartney, qui a voulu; ici, retrouver un style proche de celui des chansons réalistes du début du siècle, comme Your Mother Should Know ou When I'm Sixty-Four (1967 toutes deux). Mais Honey Pie (sans lien avec Wild Honey Pie, malgré le titre) se plante grave là où les deux autres chansons réussissaient leur but. Ici, c'est lent, chiant comme la pluie, totalement insipide... Qu'est-ce que je hais cette chanson !

Savoy Truffle : Dernière chanson écrite et interprétée par Harrison pour le disque (il y en à une par face, comme je l'ai déjà dit plus haut), Savoy Truffle est une chanson groovy, limite funky, totalement réussie, dans laquelle Harrison cite Ob-La-Di, Ob-La-Da (pour se marrer ?), enfin, juste le titre. La chanson, qui sera reprise par Ella Fitzgerald, est une pure merveille qui donne envie de manger (Harrison rend hommage à l'addiction au chocolat de son pote Clapton, qui était par ailleurs accro à autre chose de bien moins savoureux - la drogue - , mais là, silence radio)...

Cry Baby Cry : Lennon au chant, pour cette pure merveille dans laquelle il nous embarque dans un royaume. Le roi et la reine font diverses choses, tandis que la nounou tente de calmer le bébé, qui ne cesse de pleurer. La chanson est sublime, douce, elle est un contrepoint total avec le morceau suivant. Magnifiques lignes de piano, magnifiques envolées de guitare... Une sommet de plus pour l'album !

Revolution 9 : Le bordel. Quiconque ne connait pas encore le Double Blanc (j'envie cette personne !) se prendra une sacrée claque lorsqu'il arrivera à cet avant-dernier titre, Revolution 9, morceau le plus long de l'album (et du groupe) avec 8,20 minutes. Comment définir ce truc ? Un collage dadaïste, fait par Lennon (l'assemblage aurait pris du temps, et, tiens, comme on n'est pas surpris de l'apprendre !), un assemblages de bandes sonores et de bruits divers. On y entend un homme répéter, inlassablement, Number nine, number nine, number nine... (passée à l'envers par un animateur radio, cette partie permettrait d'entendre un Turn me on, dead man amusant, qui serait une des pièces à mettre au stupide dossier de la stupide rumeur sur la prétendue mort de McCartney en 1965...vous savez bien, cette histoire idiote !), on y entend aussi des extraits de films (Take this, brother, may it serves you well pourrait très bien être un extrait de dialogue de film, mais je n'en suis pas certain), des explosions, bruits de foule en délire, cris divers, extraits musicaux rapides (piano, guitare, etc), et, à la fin, la voix de Yoko Ono (...If you become naked). Vrai délire, Revolution 9 sera sévèrement critiqué, même si les amateurs d'avant-garde trouveront le résultat très efficace. Le morceau, le plus à part de l'album et du groupe, divise toujours les fans. Perso, j'aime beaucoup, mais c'est quand même sacrément bizarre, et si jamais vous l'écoutez un jour où vous n'êtes pas d'humeur, il vous paraîtra détestable et vous en arriverez même à le zapper !

Good Night : Ecrite par le tandem Lennon/McCartney, mais interprétée par Ringo, Good Night est donc le final du Double Blanc. C'est indéniablement une des plus mauvaises chansons de l'album, et pas parce qu'elle est interprétée par Ringo (même si, c'est vrai, Ringo est le chanteur le moins talentueux du groupe). Chanson insipide, mièvre, plate comme une sole et faisant penser aux chansons des dessins animés Disney de l'époque et d'un peu avant, Good Night est une chanson qui prend congé des auditeurs, qui ont partagé les 95 minutes de l'album avec le groupe. Mais, le problème, c'est que c'est lent, chiant, pompier, mièvre, sans âme, rempli de clichés...A la longue, Good Night en devient écoeurant de nullité.

 Au final, que dire ? Le Double Blanc est le genre d'album essentiel à tout fan de rock, l'album à posséder à tout prix chez soi (surtout que, depuis 2009, l'album a été remastérisé, comme les autres des Beatles, et que le son est juste puissant). Certes, le disque contient des trucs pas terribles, mais s'il fallait conserver le meilleur de l'album et virer les chansons moyennes, un seul disque vinyle n'y suffirait pas (ou alors, certaines chansons très bonnes passeraient à la trappe, ce qui serait con), bien qu'en CD, ça pourrait tenir sur un seul disque. Et puis, cet album sans ces petites chansons du style Ob-La-Di, Ob-La-Da et Good Night, franchement, ça ne serait plus la même chose ! Bref, tout ça pour dire que, bien que surchargé et contenant une petite poignée de chansons moyennes, le Double Blanc reste ce qu'il est, un monument.