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Pour ce nouveau Track-by-track, un disque aujourd'hui un peu oublié, mais qui fut un assez beau succès à sa sortie en 1985 : Steve McQueen. Ce disque est le plus connu et, je crois, vendu, d'un groupe dep op-rock anglais au nom totalement stupide, Prefab Sprout (n'allez pas vous imaginer n'importe quoi : le nom du groupe signifie 'bourgeon préfabriqué' !) Cet album doit son titre au fameux acteur américain port en 1980, et la pochette, qui représente les quatre membres du groupe (tenant le guidon, Paddy McAloon, chanteur et guitariste, claviériste aussi ; derrière, le blondinet, son frangin Martin, basse ; le mec accroupi, c'est le batteur, Neil Conti ; et la fille, Wendy Smith, chanteuse) sur une belle moto antique, est une allusion évidente au film La Grande Evasion de John Sturges. Aucune des chansons de l'album (qui a été produit par Tom Dolby) n'est en lien avec l'acteur, cependant. Aux USA, l'album est sorti sous un autre titre, Two Wheels Good, car les ayant-droit de l'acteur refusèrent l'utilisation de son nom pour le titre. L'album ? Dure 45 minutes pour 11 titres, et parmi ces 11 titres, un grand nombre de sublimes réussites (et quelques tubes). Le voici, ce disque :

Faron Young : Intro un peu boogie (dans un sens), pour une chanson irrésistible qui ouvre à merveille l'album. Je ne sais comment bien définir Faron Young : c'est pop, frais, racé, classieux, super bien produit, super bien interprété, bien écrit et composé (la partition de guitare, irrésistible et minimaliste), super bien joué... Je préfère m'arrêter là, c'est tellement réussi (comme le reste de la première face) que je ne sais quoi dire !

Bonny : Ma chanson préférée de l'album, tout simplement. Bonny met du temps à démarrer, mais dès que le refrain déboule, c'est juste sublime. Quel dommage que la chanson soit aussi courte, car, franchement, on a ici un exemple parfait de pop classieuse qui aurait très bien pu cartonner si elle était sortie en single... But Bonny don't live at home... Pour moi, une des très très grandes chansons des années 80, tout simplement !

Appetite : Encore une réussite pour l'album - décidément ! Après, Appetite n'est pas ma préférée de l'album non plus (le refrain est très très bon, mais je m'en suis un petit peu lassé, de cette chanson), mais elle est du niveau de Moving The River, Hallelujah ou When The Angels, autres chansons franchement excellentes issues de l'album. Bref, du très très bon !

When Love Breaks Down : Le voilà, le tube de Steve McQueen. When Love Breaks Down, chanson douce/amère, le genre de chanson qui devait passer assez souvent sur les ondes en 1985/86, un tube un peu mineur (pas de quoi rivaliser avec les tubes monstrueux de l'époque), mais, pour Prefab Sprout, ce fut quelque chose ! Production tout simplement immense (claviers très présents, mais pas envahissants, ils sont juste sublimes), choeurs sublimes de Wendy Smith, chant parfait, refrain entêtant et couplets sobres, cette chanson n'a qu'un défaut : elle est trop courte, moins de 4 minutes. Sinon, c'est parfait.

Goodbye Lucille #1 : Egalement connue sous le titre Johnny Johnny, Goodbye Lucille #1 (j'ignore s'il existe un Goodbye Lucille #2 !) est un autre tube, moins connu que When Love Breaks Down, certes, mais tout de même magistral. Encore une fois, le genre de chanson qui s'impose à l'auditeur, pour peu qu'il ne soit pas insensible à la pop des années 80. C'est juste sublime, que voulez-vous que je vous dise de plus ? Il faut écouter !

Hallelujah : La chanson qui me plaît le moins sur la face A (pas sur l'album), mais Hallelujah, qui n'a rien à voir avec la chanson de Leonard Cohen (que reprendra Jeff Buckley), est franchement excellente. En fait, je n'aime pas les choeurs, sur ce titre, oui, je sais, c'est con, mais c'est comme ça. La chanson, sinon, encore une fois, est imparable dans le registre pop, c'est bien produit et bien interprété, sans défauts majeurs... Superbe. Mis à part, en ce qui me concerne, les choeurs... Fin de la face A.

Moving The River : La face B ne contient que 5 titres, et elle s'ouvre sur ce Moving The River excellent. Rythme excellent, paroles sublimes, chant admirable, durée idéale, cette chanson fait partie des meilleures de l'album. Hélas, la suite de l'album sera parsemée de deux chansons franchement pas top (le reste est très très bon), faisant de la face B une pâle copie de la première, et de Steve McQueen, un disque un peu inégal... Mais, là, c'est remarquable.

Horsin' Around : La chanson la moins bonne de l'album, ce Horsin' Around qui m'a toujours ennuyé, dans un sens. Paddy McAloon ne chante pas mal du tout, mais c'est une chanson assez plate, mis à part ça. La musique est plutôt passe-partout, les paroles sont bien, mais ça ne suffit pas. Incontestablement, donc, une chanson très moyenne, pas un ratage, mais comparée aux autres, c'est pas terrible...

Desire As : I got six things on my mind...You're no longer one of them... Les paroles sont, on le voit, assez cinglantes, du moins, celles qui ouvrent la chanson. Desire As est incontestablement la plus belle chanson de la face B, laquelle est très bonne mais quand même franchement moins exemplaire que la A. En fait, Steve McQueen est un petit peu inégal, oui, n'ayons pas peur des mots, mais n'allez pas croire que, mis à part Desire As (chanson franchement calme et apaisante, malgré les paroles un peu cyniques) soit le seul bon moment de la face B. C'est vrai, c'est une chanson parfaite, du niveau de celles de la première face, et ma préférée de la B. Elle est vraiment sublime.

Blueberry Pies : Chanson la plus courte, et de loin, car elle ne fait que 2,25 minutes. Blueberry Pies ('tartes aux myrtilles', miam) est une des moins bonnes chansons de l'album, et je dois dire que c'est en partie à cause de sa trop courte durée. Elle fait un petit peu expédiée vite-fait/bien-fait, cette chanson, elle fait un peu bâclée, le comble... Oui, elle est pas mal, hein, ce n'est pas mauvais du tout, mais ça fait franchement fainéant, ici, le morceau aurait été plus intéressant s'il avait duré un peu plus longtemps... Correct, donc, mais ça ne suffit pas.

When The Angels : Final plutôt efficace, ce When The Angels, très pop, interprété par un Paddy McAloon en forme. Le refrain se retient facilement, et après un Blueberry Pies sympa mais un peu décevant (on restait sur sa faim), cette chanson nettement plus longue (2 minutes de plus) est une bien belle manière d'achever, en fanfare, ce disque qu'il faut vraiment écouter au moins une fois (et qui risquera fort de vous devenir un peu indispensable par la suite) !

Au final, Steve McQueen est un très très grand album de pop-rock de son époque, rempli de superbes petites chansons bien attachantes. On notera, c'est vrai, une face B moins grandiose que la A (la face A est parfaite, la B contient un ou deux titres moins exceptionnels, mais rien de grave), mais entre les superbes textes de Paddy McAloon et son interprétation également superbe (agrémentée de la voix de Wendy Smith), et cette production remarquable qui a plutôt bien vieilli, Steve McQueen est un des meilleurs albums de son époque ! Ne vous fiez donc pas au nom du groupe, qui est ridicule ; au nom de l'album, qui est aussi étonnant que moyennement bien choisi ; et à l'époque à laquelle il a été fait (les années 80 furent difficiles pour le rock, surtout la période 1983/1986).