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Pour ce nouveau Track-by-track, un disque qui compte beaucoup pour moi, parce que ce fut mon premier album du Blue Öyster Cult, et parce que j'aime énormément ce groupe (du moins, jusqu'à ce disque inclus, qui date de 1976, est leur quatrième album studio, et leur cinquième en tout, car sorti un an après un double live remarquable). Cet album, qui contient le premier tube du groupe (leur seul et unique, en fait), c'est Agents Of Fortune. Un disque, autant le dire, nettement moins heavy que les (formidables) trois précédents albums. Agents Of Fortune, franchement excellent, est plus orienté rock pur, malgré quelques chansons bien nerveuses. Bref, le disque est plus 'accessible' et grand public, trop, sans doute, par rapport au style habituel du BÖC. C'est néanmoins une réussite, que voici :

This Ain't The Summer Of Love : Agents Of Fortune démarre en fanfare avec sa chanson la plus courte (2,20 minutes), mais aussi une des plus grandes réussites heavy du groupe, un vrai classique, ce This Ain't The Summer Of Love emblématique. La chanson, speedée, trépidante, interprétée par Eric Bloom, deviendra rapidement un des hymnes des Hell's Angels, cette fameuse confrérie de motards créée par Sonny Barger, et dont le BÖC était un des groupes cultes (d'autant plus que pas mal des membres du groupe, si ce n'est tous, étaient bikers). La chanson, comme Transmaniacon MC sur le premier album, parle des Hell's Angels en goguette, des types peut-être sympas dans le fond, mais faut pas venir les faire chier et les laisser entrer chez vous sans raison, parce qu'avec eux, c'est pas l'été de l'amour, rien à voir avec les hippies, ah ah ah. Une très très grande chanson !

True Confessions : Grande première au sein du BÖC : le claviériste et guitariste Allen Lanier chante ! True Confessions, chanson encore une fois courte (2,55 minutes), est en effet la première chanson que Lanier chante au sein du groupe, sur album en tout cas (mais je ne pense pas qu'au cours de concerts du groupe, Lanier ait eu son moment à lui pour interpréter un titre avant True Confessions). Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il chante super bien ! La chanson est une des plus pop et conventionnelles de l'album, pas du tout heavy, mais alors, pas du tout du tout ! Pour un fanatique du BÖC heavy, style The Red & The Black (ou la chanson précédente), oui, ça peut décevoir, mais personnellement, j'adore cette petite chanson baignée d'une ambiance de piano-bar (il y à d'ailleurs pas mal de piano ici). Court mais très réussi final à base de guitare.

(Don't Fear) The Reaper : Là, on touche au sublime. C'est le classique, le tube de l'album, ce (Don't Fear) The Reaper immense. Absolument gigantesque, cette chanson qui, en 5 minutes et des poussières, offre : une mélodie imparable et sublime ; des paroles grandioses qui ont été parfois mal comprises (non, cette chanson n'est pas une apologie du suicide, juste une chanson sur l'amour qui survit à la mort d'un des deux amants, une histoire à la Roméo & Juliette) ; un chant parfait signé Donald (Buck Dharma) Roeser, qui ne chante franchement pas souvent du tout au sein du groupe (après Then Came The Last Days Of May du premier album, c'est sa seconde fois, il me semble - et il a écrit et composé cette chanson tout seul, en plus) ; et un solo de guitare tout simplement époustouflant. C'est, au final, une chanson tout simplement parfaite, une sorte de ballade sinistre (une jeune femme, détruite après la mort de son amoureux, le retrouve dans la mort après qu'il lui apparaisse en fantôme, la Mort, la Faucheuse du titre, est omniprésente ici) et pourtant totalement magnifique et touchante. Come on Mary, don't fear the Reaper... Baby, take my hand, don't fear the Reaper...

E.T.I. (Extra-Terrestrial Intelligence) : Co-écrite par Donald (Buck Dharma) Roeser et Sandy Pearlman (un de leurs paroliers et managers), E.T.I. (Extra-Terrestrial Intelligence) n'est cependant pas interprétée par Roeser, mais par Bloom. Une chanson comptant parmi les plus heavy de l'album, une réussite de plus par ailleurs. Le titre de l'album est directement puisé dans les paroles de la chanson (When prophecy fails, the falling notion/Don't report this, Agents of Fortune). La chanson, apparemment, parle d'un débarquement d'extra-terrestres, et de cette fameuse histoire d'hommes en noir (pas les Men In Black du film, hein, même s'ils s'inspirent de cette histoire), qui viendraient après chaque apparition d'OVNIS, pour voir les témoins oculaires et leur poser des questions... Chanson très sympa, rock, assez heavy mais pas violente. J'aime beaucoup.

The Revenge Of Vera Gemini : Chanson sensationnelle achevant la face A avec force et élégance, et originalité aussi, car The Revenge Of Vera Gemini est...un duo. Duo entre le batteur Albert Bouchard et Patti Smith, amie du groupe, et qui fut amante d'Allen Lanier. La chanson a d'ailleurs été co-écrite et composée par les deux interprètes, qui livrent ici une double performance remarquable. Bouchard chante plus que Smith, qui se contente de chanter quelques bribes de paroles (plus la première phrase de la chanson, You're boned like a saint, with the consciousness of a snake). Mélodie rock pure, digne des chansons des albums de Patti (le refrain, Oh no more horses, horses, we're gonna swim like a fish est une allusion évidente à Horses, le premier album de Patti), interprétation sans failles, paroles magnifiques sur une jeune femme à plusieurs facettes qui a rendu impossible la vie de son amant, qui, apparemment, en est même mort (Into the hole in which you planned to ditch me), ou presque. Immense chanson !

Sinful Love : La face B s'ouvre sur une chanson interprétée en solo par Albert Bouchard, Sinful Love, chanson assez moyenne, mais possédant un refrain remarquable faisant des allusions à diverses oeuvres en rapport avec le Diable (Daredevil, She - Devil, Printer's Devil, Evil/I love you like sin, but I won't be your pigeon). Sinon, la chanson n'est franchement pas parmi les meilleures de l'album et du groupe. Elle est moyennement rock (il y à plus heavy sur le disque, et moins, aussi - et puis, de toute façon, Agents Of Fortune est un disque rock conventionnel, après tout, plus qu'un disque de hard-rock). Dans l'ensemble, correct, sans plus. Et, pour préciser les références données dans le refrain, Daredevil, c'est bien entendu un comic-book ; She - Devil, une allusion à un vieux film d'horreur, du moins il me semble, ou à une légende slave, ou un roman de H. Ridder Haggard ; Printer's Devil, c'est le titre d'un des meilleurs épisodes de la série TV La Quatrième Dimension, qui traitait du Diable ; et 'Evil', c'est le mot anglais pour le Mal...

Tattoo Vampire : Interprétée par Bloom, cette chanson assez courte (moins de 3 minutes, et heureusement) est le ratage de l'album. 2,40 minutes d'ennui. Je ne sais pas ce qu'il y à de pire ici : le chant de Bloom (d'ordinaire, je n'ai rien contre le chant d'Eric Bloom, surtout que c'est le chanteur principal du groupe, quand même ; mais là, c'est horripilant) ? Les paroles, stupides (Vampire photo suckin' the skin) ? La musique, franchement peu marquante ? Un peu de tout, mon capitaine ? En fait, oui, un peu de tout. Tattoo Vampire est nul, dans l'ensemble. Il fallait bien un ratage, apparemment, le BÖC n'arrivait pas à faire un disque entièrement constitué de chef d'oeuvre (pourtant, c'est bien eux qui ont fait Tyranny And Mutation)...

Morning Final : Interprétée par le bassiste Joe Bouchard (frangin d'Albert le batteur), Morning Final est sans doute ma préférée de l'album. Oui, clairement, même ! La chanson, assez sinistre, parle d'un fait divers, un homme assassiné dans le métro par un autre, armé d'un flingue, un junkie qui, pour se payer sa dose, agresse un mec, le bute, pour le dépouiller (mais la police et les journaux parlent d'un crime sans mobile). La chanson est racontée un peu à la manière d'un article de journal, avec, dans le refrain, un homme disant à sa femme/petite amie que ce qu'il vient de lire dans le journal vient de le retourner, de le choquer (dans le final, on entend une voix horripilante gueuler Extra ! Man killed in subway, no motive for it ! Extra, read all about it !, une annonce de vendeur de journaux ambulant). Le junkie finit abattu par la police après une traque. Intro remarquable, solo de guitare court mais fantastique, chant très très bon, Morning Final est une réussite absolue pour l'album !

Tenderloin : Bloom au chant pour cette chanson franchement étrange, étonnante, et que j'ai mis du temps à aimer comme elle le mérite. Tenderloin est une réussite, mais cette chanson, franchement, est bizarre. La mélodie est pas mal, le chant est très bon, les paroles, un peu cryptiques, sont très bonnes. En revanche, le titre de la chanson est difficile à comprendre  est-ce le nom d'un ancien quartier de New York, situé autrefois à Manhattan (au XIXème siècle), et qui comptait parmi les quartiers chauds (nombreux bordels, violence) de la ville ? Ou bien, est-ce le nom anglais d'une pièce de viande de porc ou de boeuf, le filet ? Car les deux propositions, pour le nom Tenderloin, existent ! Vu les paroles, la chanson ne parle pas de viande, évidemment. Mais j'ai cru, au départ, quand j'étais plus jeune et moins fort en anglais, que ça parlait de fleurs (Nighttime flowers, evening roses), puis d'une ou de pluieurs femmes. Si ça parle de putes, alors c'est sans doute une allusion à cet ancien quartier chaud de la Grosse Pomme, aujourd'hui disparu... Quoi qu'il en soit, Tenderloin est une très bonne chanson ! 

Debbie Denise : Après The Revenge Of Vera Gemini, Debbie Denise est une autre chanson composée et écrite en duo par Patti Smith et Albert Bouchard. Mais, là, pas de duo, c'est Bouchard seul qui la chante. Une chanson totalement idéale pour achever Agents Of Fortune, une petite merveille pop/rock de 4,25 minutes, irrésistible, au refrain magnifique et difficile à oublier (And I was out rollin' with my band), tant il est simplet et efficace. Le chant est excellent, les paroles, basées sur un poème de Patti, sont franchement excellentes aussi, et la musique, bien que très conventionnelle, assure totalement. En résumé, Debbie Denise est encore une fois une totale réussite !!

 Au final, que dire au sujet de cet Agents Of Fortune ? Très rock, l'album est plus commercial que de coutume, plus accessible, et il sera d'ailleurs un gros succès public (disque de platine, du moins, selon ce qui est indiqué au dos de la réédition CD). Disque, de plus, totalement démocratique, puisque, pour la première fois, tous les membres du groupe interprètent au moins une chanson (Allen Lanier était jusque là le seul à ne pas avoir chanté de chanson sur les précédents opus du BÖC). Un disque certes court, dans les 36 minutes, mais regorgeant de classiques, même s'il contient quand même une chanson bien ratée (Tattoo Vampire), mais bon, ce n'est pas trop grave, le reste étant franchement remarquable...