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Pour ce nouveau Track-by-track (le 142ème), j'ai décidé de vous proposer le seul et unique album que j'aime de la part des Red Hot Chili Peppers, fameux groupe de rock californien que je n'aime franchement pas du tout. Cet album, sorti en 1995, unique album du groupe avec le guitariste Dave Navarro (de Jane's Addiction), c'est One Hot Minute, sorti sous une superbe pochette de Mark Ryden. Ce disque dure 60 minutes pour 13 titres, et il est nettement plus métal plus violent (c'est, en fait, du hard-rock pur et dur) que les autres albums du groupe. Ce disque, contesté chez les fans et le préféré des non-fans, le voici :

Warped : Probablement ma préférée de l'album, Warped est une ouverture efficace et puissante, très bourrine parfois, avec un chant tout simplement parfait de la part d'Anthony Kiedis (je précise cependant que la voix de Kiedis est une des raisons de mon désamour envers le groupe : c'est moi, où bien il a un défaut de prononciation léger ? On dirait qu'il zozote, et ça fait un peu bof, un peu comme les longues respirations de Bellamy - de Muse - entre deux lignes de chant) et une rythmique haletante. Avec, en plus, un final en total contrepoint, d'une douceur (et d'une mélancolie) absolue. Effréné, allant à cent à l'heure, Warped est une bombe absolue en guise d'intro.

Aeroplane : Un des deux tubes de l'album (mais il y aura cinq singles en tout), et probablement une des chansons les plus 'traditionnelles' de One Hot Minute, Aeroplane, avec son clip montrant les Red Hot au bord d'une piscine (avec belles nanas faisant de la natation synchronisée, mais aussi la fille de Flea avec d'autres enfants, pour la chorale finale), est une réussite de plus. Intro assez calme, mais la chanson part très rapidement dans un déluge funky-rock ; Navarro, en très grande forme, nous offre une poignée de riffs bien juteux. Les paroles semblent parler des problèmes de came de Kiedis (Someone better slap me, before I start to rust, before I start to decompose). La chanson sera un succès, comme l'autre single.

Deep Kick : Chanson assez longue (6,30 minutes ; c'est même la plus longue, même si deux autres chansons atteignent les 6 minutes et si un quatrième approche de cette durée sans l'atteindre) commençant par un long monologue en spoken-word, c'est une chanson en hommage à Hillel Slovak, ancien guitariste et surtout ami du groupe, mort en 1988. Le spoken-word est signé Anthony Kiedis, c'est en tout cas lui qui le déclame, un texte dans lequel il parle de leur amitié, des 400 coups qu'ils ont fait ensemble. La musique, soudain, explose, funky et rock en même temps (Navarro est décidément un excellent gratteux), le chant devient saccadé, typique des Red Hot, et toujours Kiedis au chant, sauf le dernier couplet, chanté par le bassiste Flea. Qui est meilleur bassiste que chanteur, sans vouloir le vexer (s'il me lit, un jour, ce qui est aussi probable qu'une averse de neige dans le Sahara au mois d'août)...

My Friends : Et voilà ce deuxième single à succès. My Friends (la chanson parle-t-elle du départ de Frusciante, qui a quitté temporairement les RHCP par brouille et divergence artistique avec eux ?) est une chanson aussi calme que Aeroplane (et, en général, les chansons précédentes et pas mal des suivantes de l'album) est énergique. Le chant de Kiedis est juste superbe (oui, je le reconnais, malgré ce que j'ai dit sur lui plus haut, et que je maintiens), la rythmique (je n'ai pas cité le batteur, au fait : Chad Smith) est très bonne, excellent et court solo de guitare de Navarro, et un bridge parfois assimilé à celui du Something des Beatles (le passage Imagine me... de My Friends fait un peu penser au passage You step around now It may show, I don't know, I don't know de Something, bien que cela ne soit pas flagrant). Quoi qu'il en soit, c'est une très très belle chanson (le clip sera considéré, par Kiedis, comme raté et irréaliste, il faut dire qu'il n'est pas terrible et montre le groupe sur un bateau).

Coffee Shop : A ce moment-là, Coffee Shop est la chanson la plus violente de l'album. Une décharge électrique qui, avec son allusion à Iggy Pop (je soupçonne cependant le groupe d'avoir cité le chanteur uniquement parce que ça rime avec le titre de la chanson...) et sa guitare bien tronçonneuse, se pose là comme étant une des plus brutales et hard-rock de l'album. Pour les fans de la première heure, ça a gueulé, en effet, le son est radicalement différent de ce qui faisait alors le style RHCP. Flea offre cependant une ligne de basse comptant parmi les sommets du groupe (et la basse est très importante chez les Red Hot !). Chanson courte (3 minutes) mais franchement efficace.

Pea : Même pas 2 minutes (1,47 minute en fait) pour ce Pea acoustique et rigolo, possédant des paroles assez vulgaires dans son final (Fuck you asshole, you homophobic redneck dick...), effet assez choquant accentué par la voix très calme non pas d'Anthony Kiedis, mais du bassiste Flea, seul avec sa basse ici. L'album marque les débuts de Flea (de son vrai nom Michael Balzary) à l'écriture, pour compenser les problèmes d'addiction à la drogue d'Anthony Kiedis, qui avait parfois bien du mal à écrire durant cette période (la mort par overdose de son pote River Phoenix, qui était aussi l'ami de Flea, ne fera pas grand chose pour le calmer, en tout cas, ça ne sera que temporaire). Pour en revenir à Pea, c'est sympa, mais c'est un peu passe-partout, aussi. 

One Big Mob : 6 minutes qui, en vinyle, achevaient le premier des deux disques (car l'album, en vinyle, est double). Une chanson tout simplement immense, possédant un break assez psychédélique en son centre (au cours duquel on peut entendre les pleurs d'un très très jeune bébé, celui de Dave Navarro), mais très bourrine pour le reste. One big mob, oh yeah oh yeah... Le chant est parfait, saccadé, un peu hip-hop (encore une chanson assez proche du son traditionnel du groupe, malgré la guitare de Dave Navarro qui, ici, transforme le tout en monstre hard-rock), et malgré sa longue durée, One Big Mob (le titre signifie non pas 'une grosse mobylette', ah ah ah, mais 'une grande foule') est une des meilleures chansons de l'album.

Walkabout : Sorti en single, Walkabout est une chanson assez funky, assez proche du style classique du groupe de part sa construction assez funk et son chant un peu hip-hop (mais sobre). Riff assez répétitif et remarquable, cette chanson aurait pu être jouée par Frusciante au lieu de Navarro (c'est bien Navarro qui joue, mais le style de Walkabout est vraiment digne de Blood Sugar Sex Magik, le précédent opus des RHCP). Pas ma préférée de l'album, mais c'est franchement excellent.

Tearjerker : Chanson triste (le titre est éloquant, 'cracheur de larmes') en hommage à Kurt Cobain, suicidé en 1994. C'est probablement une des plus belles chansons de l'album, même si elle est moins connue que My Friends. Cobain n'est pas explicitement cité dans la chanson, mais la chanson parle bien de lui. Apparemment, sa mort a été un gros choc pour les Red Hot, même si je ne sais pas si Kiedis, Flea et les autres étaient potes avec le leader de Nirvana ou si Tearjerker est surtout une chanson là pour rendre hommage à un mec auquel beaucoup de monde s'est attaché... 

One Hot Minute : Une tuerie presque aussi longue que Deep Kick (6, 25 minutes) et comptant parmi les sommets de l'album lui devant son titre. Sitting in the fire... Le refrain est une pure tuerie, une bombe métallique, et la chanson fait partie des plus efficaces et hard-rock de l'album. Une montée en puissance absolument grandiose, sur laquelle le groupe est en forme olympique. One Hot Minute est si parfait que je préfère m'arrêter là ; en fait, difficile pour moi de parler d'une telle réussite sans tomber dans le cliché.

Falling Into Grace : Comme Walkabout, Falling Into Grace est une chanson proche du son classique des Red Hot. Comme Walkabout, ce n'est pas une de mes préférées de l'album. En fait, Falling Into Grace est même, avec Pea, celle qui me plaît le moins sur One Hot Minute...et je préfère Pea (qui n'a rien à voir, en même temps). Guitare funky en cocotte, chant chaloupé, ambiance un peu étrange, à la fois funky et 'hare krishna' (je pense que c'est l'illustration de livret qui me fait dire ça), cette chanson, pas très longue (3,50 minutes), est un des points faibles de l'album selon moi. Malgré la guitare.

Shallow Be Thy Game : Une chanson très rock, comme Warped ou Coffee Shop. Plus réussie que cette dernière, moins réussie que Warped, Shallow Be Thy Game, et son refrain exemplaire, la chanson, férocement anti-religions, sortira en single en Australie (apparemment, le sujet et la manière dont il est traité empêchera une sortie en single aux USA et en Europe...). C'est du lourd, du saignant, ce n'est pas le sommet de l'album, mais je l'ai toujours aimée. Efficace, quoi.

Transcending : Et le final, 5,45 minutes en grande partie écrites par Flea, Transcending, avec sa guitare aérienne dans sa première partie (et sa deuxième partie d'une extrême brutalité, du pur metal) est une chanson en hommage à River Phoenix, ami du groupe mort par overdose, on le sait. C'est une power-ballad aussi calme que brutale ; comme je l'ai dit, elle se finit aussi violemment qu'elle démarre doucement. Le chant de Kiedis suit, bien entendu, ce changement radical. Au départ, ça ressemble au chant de Tearjerker ou de My Friends, et à la fin, il braille d'une manière absolument tétanisante, se bousillant allègrement les cordes vocales. Jamais encore les Red Hot n'avaient fait une chanson aussi sombre, et ça ne se reproduira dès lors plus dans leur carrière. Une des meilleures de l'album, clairement.

Voilà donc ce qu'est One Hot Minute : 61 minutes et des poussières de rock bien efficace, souvent du hard-rock en fait, par un groupe boosté par son inclusion du guitariste Dave Navarro. Navarro, cependant, ne restera pas longtemps au sein des Red Hot Chili Peppers : le fait que l'album n'ait pas été un succès monstrueux (sans pour autant être un bide), que son style très métal ne plaise pas trop aux fans du groupe qui préféraient le style funky de John Frusciante (qui reviendra dans le groupe dès l'album suivant Californication) ou du regretté Hillel Slovak (leur premier gratteux, mort par overdose en 1988), le fait, aussi, que Navarro ne se sentait pas totalement à l'aise au sein du groupe et que Perry Farrell, son pote de Jane's Addiction, le rappelle pour qu'il l'aide sur son side-project Porno For Pyros, tout ça, fera que Navarro quittera la bande et que les RHCP retrouveront leur style habituel dès l'album suivant. Bref, One Hot Minute est un peu l'album unique, à part, du groupe, celui qui ne ressemble quasiment à aucun autre. Le meilleur ? En tout cas, le seul que j'aime.