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Nouveau Track-by-track, et pour ce faire, le troisième album de Blue Öyster Cult, sorti en 1974, Secret Treaties. Ce disque est le troisième et dernier volet de la trilogie formée par les trois premiers albums du groupe (déjà abordés dans la catégorie Track-by-track : Blue Öyster Cult et Tyranny And Mutation), et si c'est le moins exceptionnel du lot, il n'en demeure pas moins franchement remarquable, rempli de classiques, et doté d'une ambiance très heavy, métallique. Après ce disque, le groupe sortira un double live, puis quelques albums légèrement moins heavy-metal, plus accessibles, dont un Agents Of Fortune qu'il faudra bien que j'aborde ici aussi un jour. Mais en attendant, cet album, avec sa pochette très belle représentant un avion de guerre et le groupe, est un des meilleurs du BÖC, et ce disque, le voilà :

Career Of Evil : Ecrite par Patti Smith (amie du groupe et à l'époque petite amie du guitariste et claviériste Allen Lanier) et composée par le batteur Albert Bouchard, Career Of Evil est une des chansons les plus intouchables, les plus immenses, du groupe. En seulement 4 petites minutes, cette chanson offre tout ce qui se trouve dans le cahier des charges du groupe : paroles cyniques, un peu cryptiques, et parfois salaces ici (I'd like to do it to your daughter on a dirt road) ; riff mortel ; chant parfait (d'Eric Bloom), ambiance metal mais pas trop (le BÖC était un groupe de heavy metal clouté, mais avec une dimension supplémentaire quand même, un peu SF). Le genre de chanson qui reste longtemps, très longtemps en tête une fois écoutée.

Subhuman : Changement radical de rythme avec Subhuman, également interprétée par Bloom, et une de mes préférées de l'album, clairement (comme Career Of Evil, au fait). Ambiance assez étrange, j'ai envie de dire planante, mais comme la chanson possède une ambiance subaquatique assez marquée (So ladies, fish and gentlemen, here's my angled dream, see me in the blue sky bag, and meet me by the sea), sans effets sonores du style Octopus's Garden ceci dit, j'hésite à utiliser vraiment le terme 'planant'. Paroles, encore une fois, étranges. De quoi parle Subhuman, d'un homme vivant sous les eaux avec les poissons, ou d'un homme tué (ou laissé pour mort) et jeté à la mer ? Ou autre ? Quoi qu'il en soit, une des meilleures chansons de l'album.

Dominance And Submission : Albert Bouchard au chant pour cette chanson légèrement plus longue que les deux précédentes (5,25 minutes, Subhuman en faisait 4,40), Dominance And Submission. Contrairement à ce que son titre avance, cette chanson ne parle pas de sadomasochisme. Le Blue Öyster Cult, groupe de motards, était tout de cuir vêtu, et a déjà fait quelques chansons sur le SM (She's As Beautiful As A Foot), mais là, c'est une chanson qui parle de l'adolescence, des premiers émois sexuels, ainsi que de la vie dans un college à l'anglosaxonne (internat). Le final, où Bouchard (batteur du groupe) répête Sub-mission, sub-sub-sub-mission alors que le reste du groupe répête Dominance, et ce, avec une musique allant en s'accentuant, est franchement remarquable. Sinon, pas le sommet absolu de l'album, mais certainement pas une mauvaise ni une moyenne chanson. C'est très bon, dans l'ensemble, c'est juste que ce n'est pas une de mes préférées.

ME-262 : Chanson monstrueuse qui fera que l'on accusera les membres du groupe d'être des néo-nazis (enfin, ME-262 n'est pas la seule chanson, la seule raison, pour ces accusations stupides, mais elle ne fera rien pour changer la donne). Accusations stupides : une bonne partie des membres du groupe, ainsi que leurs managers et auteurs, sont de religion juive, et vous voudriez que des juifs soient néo-nazis ? Et pourquoi pas des Noirs faisant partie du Ku Klux Klan ? Cette réputation de nazillons traînera quelques temps, à la vie dure, mais personne, heureusement, n'y croit, et c'est tant mieux, car c'est aussi vrai que 2+2=5). En même temps, cette chanson terriblement metal, riff mortel, parle de la Seconde Guerre Mondiale, et du côté des Allemands (Must these Englishmen live that I might die, must they live that I might die), plus particulièrement la Bataille d'Angleterre et le Blitz contre Londres. Une des meilleures chansons de l'album, une des plus mythiques, un vrai sommet, épique malgré qu'elle fasse moins de 5 minutes. Au fait, inutile de préciser (je le fais quand même) que le titre signifie Messerschmidt 262, un modèle d'avion allemand de l'époque (je ne suis pas calé en avions, mais je ne suis pas certain que cela soit le même modèle que sur la pochette).

Cagey Cretins : La face A était, on l'a vu, franchement remarquable. La face B est aussi très bonne, et même remarquable aussi, mais elle a le malheur de débuter par Cagey Cretins, un morceau au sujet duquel un seul mot convient pour la décrire, et ce mot est dans son titre (non, pas' Cagey', l'autre). Oui, ce morceau est crétin, et même nul, horrible. Le riff de guitare est pas trop mal, mais le reste est mauvais, mais mauvais... Les choeurs (Ooooooh, cagey, what you gooooooot ?) sont ridicules, le chant (d'Albert Bouchard) est pas terrible, les paroles sont stupides... Seule consolation, la chanson est courte (3,15 minutes), et, aussi, c'est la seule mauvaise chanson de Secret Treaties. Mais quelle purge !

Harvester Of Eyes : Riff  bien sanglant pour ce Harvester Of Eyes assez remarquable, une de mes grandes préférées du groupe et de Secret Treaties. Le titre de la chanson est un poème ('le récolteur d'yeux'), et l'interprétation, par Bloom, est absolument saisissante. Paroles absolument fantastiques, mélodie entêtante et heavy, durée parfaite (4,40 minutes) avec final assez apocalyptique (le morceau se fond dans le suivant par l'intermédiaire d'une mélodie issue d'une boîte à musique) dans lequel Bloom est en mode 'hystérique'. Une grande chanson sur laquelle il n'y à pas grand chose à dire, ça se passe de commentaires.

Flaming Telepaths : La boîte à musique fait en fait partie intégrante, et cela, malgré qu'elle se trouve en fin du morceau précédent, de Flaming Telepaths, chanson admirable permettant à Allen Lanier de nous offrir un court mais remarqué solo de claviers. Sinon, la chanson est interprétée par Bloom, et possède tout ce qu'il est possible d'avoir pour en faire un gros classique : refrain immense, chant parfait, solo de guitare imposant, ambiance spatiarde, durée idéale (5,20 minutes), final dantesque (And the joke's on you...). Le genre de chanson immortelle que tout le monde pense déjà connaître même quand ce n'est pas le cas, car elle est immédiatement culte (ce refrain, ce chant dans les couplets) !

Astronomy : Pure merveille pour achever l'album. Astronomy est une chanson épique à la 7 Screaming Diz-Busters (album précédent), un quasi-hymne pour le groupe qui, en 6,40 minutes (chanson la plus longue de Secret Treaties), offre : des paroles sublimes (signées Joe et Albert Bouchard et Sandy Pearlman, un de leurs auteurs et managers) ; une interprétation sans failles ; une alternance admirable de rythmes, entre la douceur un peu aérienne du début et un final dantesque (Astronomy...a star...) ; et, enfin, des parties de guitares tout simplement somptueuses, notamment un riff bien efficace. Assurément un des sommets du BÖC, et, donc, de l'album, même si elle n'est pas le seul sommet absolu issu de cet album.

 Bref, comme on vient de le voir, Secret Treaties est encore une fois un excellent disque de la part du BÖC, même s'il contient une pure catastrophe (Cagey Cretins) et est, de toute façon, légèrement moins époustouflant que les deux précédents opus, et surtout le précédent direct, du groupe. L'un dans l'autre, ça reste un classique, adulé par les fans du groupe de Long Island, et il contient vraiment de très grandes chansons. Bref, un classique à écouter absolument !