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Pour ce nouveau Track-by-track, un disque à part, à la fois parce que c'est une sorte de compilation (c'st un album contenant des chansons interprétées par plusieurs artistes) et parce que c'est un disque qui n'est pas vraiment en accord avec la saison : c'est un disque, de 1963, de chants de Noël. A Christmas Gifr For You From Philles Records (renommé A Christmas Gift For You From Phil Spector désormais), aussi connu et sorti sous le titre Phil Spector's Christmas Album, est un des meilleurs albums de l'histoire. L'album offre des chants de Noël traditionnels repris par des artistes de l'écurie Spector (un légendaire mais psychotique producteur), Darlene Love, The Ronettes, The Crystals et Bob B. Soxx & The Blue Jeans. L'album subira les affres d'une sortie malheureuse, le 22 novembre 1963. Date qui est celle du carton que Lee Harvey Oswald a fait à Dallas sur la personne de JFK. Ca, c'est pas de bol. En respect et signe de deuil, Spector fera retirer de la vente le disque, qui ressortira en 1972, sur le label Apple (des Beatles) sous le titre Phil Spector's Christmas Album et une autre pochette. Il faudra attendre un petit moment avant que le disque ne sorte en CD séparément d'un coffret (Back To Mono), et sous sa pochette et son titre de base. Voici ce disque, court (35 minutes, 13 titres), mais imparable :

White Christmas : Ce Noël Blanc (version française bien connue), interprété par Darlene Love (petite chanteuse de couleur, comme les autres artistes de l'album, issue du ghetto et devenue une star, l'exemple parfait du conte de fées à l'américaine) est une des toutes meilleures chansons de l'album. Spector se permet de placer une incartade spoken-word moderne dans la chanson (Darlene Love disant There's never been such a day in old L.A., but it's December 24th...), ce qui ne gâche absolument rien. Que dire ? Du chant aux arrangements 'mur du son' (un son unique, du pur mono), avec Sonny Bono aux percussions, Hal Blaine à la batterie, Leon Russell au piano, Jack Nitzsche aux arrangements...(du beau linge, tout ça !), rien à dire,ce standard d'Irving Berlin, White Christmas est inoubliable, comme bien d'autres chansons de l'album.

Frosty The Snowman : Première participation des Ronettes, le girl-group de Ronnie Spector (qui fut la femme de Spector), avec Frosty The Snowman, chanson magnifique sur un bonhomme de neige. Oui, ça fait enfantin, mais l'interprétation sans failles des Ronettes (connues pour des chansons telles que Be My Baby ou Baby I Love You, chanson que Spector, en 1980, fera subir aux Ramones quand il les produira le temps d'un très contesté album), couplée à une mélodie juste parfaite, font de ce morceau un petit trésor pop sucré littéralement enchanteur.

The Bells Of St.Mary : Chanson absolument magnifique, assurément une des plus belles de l'album, et la première des deux chansons de l'album à être interprétée par Bob B. Soxx & The Blue Jeans, groupe assez oublié dont la voix était masculine (Bobby Sheen de son vrai nom), accompagné de choristes féminins. Autant la deuxième chanson interprétée par le groupe est correcte mais sans plus, autant The Bells Of St.Mary est juste inoubliable et parfaite. Un des airs de Noël les plus connus, mondialement je veux dire. De toute façon, si certaines chansons, ici, sont surtout connues aux U.S.A. et dans les pays anglophones, elles ne sont pas majoritaires, le plus gros des chants ici présents sont mondialement connus, dont ces fameuses cloches de St.Mary ! Magnifique.

Santa Claus Is Coming To Town : Immense. Cette chanson est tellement immense, dans cette version interprétée par les Crystals (girl-group dirigé par LaLa Brooks et dont le plus gros tube, mis à part cette chanson, fut Then She Kissed Me), que la majorité des artistes qui, par la suite, chanteront Santa Claus Is Coming To Town (Bruce Springsteen, par exemple), utiliseront les arrangements spectoriens, le style de chant, le rythme, comme référence, comme si la chanson avait été écrite et composée par Spector et sa clique, ce qui n'est pas le cas, c'est une reprise (une seule chanson de l'album est écrite spécialement pour l'album). Devant une telle perfection, comme c'est le cas pour White Christmas, le silence se fait. C'est juste parfait.

Sleigh Ride : Ring-a-ling-a-ling-a-ring-dong-ding ! Ces vocalises, en choeur, par les Ronettes (car ce sont les Ronettes qui chantent ce Sleigh Ride admirable), sont remarquables, et, ajoutées aux effets sonores (bruit de traîneau avançant dans la neige, 'sleigh ride' signifiant 'trajet en traîneau') et aux arrangements, ça donne un effet vraiment exceptionnel à cette reprise imparable d'un autre grand standard du genre. Le chant de Ronnie est parfait, sa voix est inoubliable. Sleigh Ride fait partie des intouchables de l'album, une des quatre chansons qui sortiront sur un 45-tours à quatre titres, promotionnel, avec White Christmas, Santa Claus Is Coming To Town et The Bells Of St.Mary, 45-tours promotionnel qui, ainsi, représentait  tous les artistes oeuvrant sur l'album.

Marshmallow World : La face A se finissait sur Marshmallow World, interprétée par Darlene Love, une pure merveille (qui se finit sur quelques notes de musique bien connues des enfants et amateurs de Noël) qui a probablement été utilisée dans des films se passant à Noël (et qui sont quasiment tous, voir tous sans exception, très mièvres et insipides, surtout les plus récents et les TVfilms). La chanson, elle, n'est pas mièvre et insipide du tout, l'interprétation de Darlene est jute parfaite (quand elle commence à chanter, It's a marshmallow world in the winter..., c'est juste sublime) et, encore une fois, quels arrangements ! Au final, c'est encore une fois une totale réussite.

I Saw Mommy Kissing Santa Claus : La face B s'ouvrait sur la dernière chanson interprétée par les Ronettes, I Saw Mommy Kissing Santa Claus, chanson excellente (cependant celle que j'aime le moins des trois titres chantés par les Ronettes) et rigolote, assez coquinette ('j'ai vu maman embrasser le Père Noël') dotée encore une fois de tout ce qui fait la force et la beauté de ce disque, à savoir des arrangements magistraux et une interprétation très convaincante (peu importe que Spector ait martyrisé - ou pas - ses artistes pour qu'ils donnent, en été, le meilleur d'eux-mêmes, dans un studio étouffant sous la chaleur, pour chanter des chansons de Noël ; le résultat est de toute façon totalement convaincant). C'est pas ma préférée de l'album, comme les deux suivantes, mais l'ignorer serait criminel.

Rudolph The Red-Nosed Reindeer : Retour des Crystals avec Rudolph The Red-Nosed Reindeer (chantée en français sous le titre On M'appelait Nez-Rouge, je crois que c'était Bourvil, entre autres, qui l'a chantée chez nous). Là encore, pas ma préférée de l'album, et celle que j'aime le moins de la part des Crystals (honnêtement, c'est sans doute la moins réussie des trois chansons qu'elles interprètent ici), mais tout comme la précédente chanson, l'ignorer serait faire une grave erreur, car c'est totalement enchanteur, encore une fois. Arrangements, chant de toute beauté. Avec ce disque, même quand c'est pastotalement grandiose, ça reste, quelque part, grandiose !

Winter Wonderland : Troisième chanson interprétée par Darlene Love (l'artiste la plus représentée ici, avec quatre titres), Winter Wonderland est probablement la moins exemplaire des chansons que cette chanteuse interprète. Bon, c'est une très belle chanson, rien à dire là-dessus, Darlene Love, encore une fois, met tout son coeur et sa voix (et elle est extra, sa voix, même si le chant fait un petit peu poussif quand même ici !), mais si on doit comparer cette chanson avec White Christmas, Marshallow World et Christmas (Baby Please Come Home), c'est inutile de dire que Winter Wonderland finit en dernière position. Encore une fois, c'est loin d'être mauvais, vraiment loin, mais y à pas photo, quoi.

Parade Of The Wooden Soldiers : Retour des Crystals, pour la troisième et ultime fois, avec cette chanson assez réussie mais ne faisant pas partie des plus connues et évidentes du lot. Parade Of The Wooden Soldiers ('La parade des soldats de bois') est dotée d'une musique riche en cuivres, une musique de fanfare, qui est donc totalement justifiée et en adéquation avec la chanson. Arrangement superbes, chant également superbe, pour une chanson faisant partie des plus attachantes de l'album, à défaut d'être un des plus emblématiques. C'est vraiment bien foutu, encore une fois !

Christmas (Baby Please Come Home) : Vous connaissez cette chanson. Ah, ne me dites pas le contraire, surtout ! Si vous avez vu le film Gremlins de Joe Dante (et qui ne l'a pas vu ?), alors vous connaissez cette chanson. Pourquoi ? Parce que Christmas (Baby Please Come Home), interprétée par Darlene Love, est la chanson du générique de début du film, voilà pourquoi. C'est, à noter, la seule chanson de l'album à ne pas être une reprise d'un chant traditionnel, mais à avoir été écrite spécialement pour l'album (et pour Darlene Love, quelle voix !) par Spector. Une chanson absolument magnifique, une de plus, qui respire bon les fêtes de Noël, les années 60, les U.S.A.... Je ne sais pas comment décrire ça, mais c'est une chanson qui, vraiment, représente bien tout ça ! Emblématique et ô combien sublime chanson.

Here Comes Santa Claus : Deuxième chanson de l'album à être interprétée par Bob B. Soxx & The Blue Jeans, clairement le groupe spectorien le moins bien représenté sur l'album (et le seul groupe dont le chanteur est masculin, avec des choristes féminins). Il faut dire aussi, qui se souvient encore de Bob B. Soxx & The Blue Jeans, dont l'unique succès, mis à part les deux chansons de A Christmas Gift For You, fut une reprise de la chanson Zip-A-Dee-Doo-Dah du film Mélodie Du Sud (des studios Disney, film aujourd'hui banni pour cause de racisme, par les studios eux-mêmes) ? Here Comes Santa Claus est une chanson courte (2,10 minutes), sympathique, mais pas la meilleure de l'album. C'est pas mal du tout, loin d'être mauvais ou moyen, mais pas du niveau des précédentes, y compris l'autre chanson interprétée par ce groupe.

Silent Night : Hello, this is Phil Spector... 2,15 minutes au cours desquelles on entend Phil Spector parler, sur fond de Silent Night, avec ses artistes faisant, une fois son speech fini, des vocalises sur l'air de la chanson. Et que dit Spector, ici ? Grosso merdo, le texte situé au dos de la pochette (et dans le livret), et dans lequel il explique aux auditeurs que cet album a été fait pour eux, pour leur plaisir. Il finit en souhaitant à tout le monde un très joyeux Noël et une très très bonne année. La musique est sucrée, mièvre, digne d'une bande-son de dessin animé Disney de l'époque et se passant à Noël. Le message est sincère, mais gentillet. Compte tenu de l'actualité au moment de la sortie de l'album, ça fait un peu incongru, mais Spector n'y pouvait rien. Conclusion étonnante et kitsch d'un album qui est dans l'ensemble, on l'a vu, un milliard de fois supérieur à ça.

Au final, que dire ? A Christmas Gift For You From Phil Spector est un album intemporel. Enregistré en été 1963 afin de sortir pour la période des fêtes de fin d'année (mais on a vu que des impondérables ont fait que l'album, finalement, sera retiré de la vente), enregistré, on s'en doute, avec un Spector comme à son habitude (impérieux, agressif, colérique, suppliant, gai, triste, violent, doux, bref, totalement out of control, capable de braquer un flingue sur un chanteur pour l'obliger à bien chanter, capable de faire 100 prises pour au final conserver la troisième...). Comme il a été dit une fois sur un site francophone, ce disque est certes fait pour Noël (et croyez-moi, à cette période, il fonctionne parfaitement, mettez-le en fond sonore pour une soirée de Noël, c'est magique), mais vous arriverez tout aussi bien à l'écouter l'été sur la plage sans que ça vous paraisse pour le moins incongru. Oui, ce sont des chants de Noël, traditionnels sauf un, et Dieu sait si je n'aime pas ce genre de chants. Mais ici, c'est magnifique, pop, chatoyant, ça passe comme une lettre à la Poste, et même le plus anti-chants de Noël (comme moi) parviendra sans peine à adorer ce disque. Car c'est, avant tout, un grand disque de pop luxuriante made in 60's, made in U.S.A., et made in Spector. Gran-diose !