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Pour ce nouveau Track-by-track, un album sensationnel mais aujourd'hui un peu méconnu, un peu oublié, sauf des amateurs de rok bien musclé et de blues-rock. Cet album, sorti à l'époque sous la forme très inhabituelle d'un double disque à trois faces (la dernière face est vide, condamnée), c'est le deuxième album studio de Johnny Winter, chanteur et guitariste américain ayant la particularité d'être albinos. Ce disque, sorti sous une magnifique pochette bleutée, s'appelle Second Winter. Bien que triple en terme de faces, il ne contient que 11 titres, et est tout entier sur un seul CD. En fait, tout aurait pu tenir sur un seul vinyle, mais compte tenu que Winter ne voulait pas serrer à fond les sillons afin de préserver le son au maximum... L'album, dure tout rond, 47 minutes, et le voici :

Memory Pain : Riff mortel pour ouvrir le bal, avec cette reprise d'une chanson de Percy Mayfield, Memory Pain, très heavy (je me répète, mais la guitare, bon Dieu !!!), interprétée d'une voix enragée par Winter. La section rythmique est imparable ("Uncle" John Turner à la batterie, Tommy Shannon à la basse ; le frangin de Johnny, Edgar, joue du piano, orgue et du saxophone sur l'album). C'est typiquement le genre de chanson au sujet de laquelle il n'y à rien à dire : c'est musclé, vibrant, teigneux, du pur hard-rock à l'ancienne !

I'm Not Sure : D'apparence plus 'calme' que Memory Pain, mais c'est quand même assez enlevé. I'm Not Sure est une chanson admirable et très bluesy, interprétée à la perfection par un Johnny Winter tout simplement au sommet. C'est une des chansons écrites pour l'album (il y en à cinq en tout, dont toute la troisième et dernière face). Ici, c'est juste 5 minutes de pur bonheur, plus mélodique que la précédente et que la suivante ! 

The Good Love : Encore un riff bien sanguinolent et bluesy pour cette chanson, The Good Love, écrite par le bassiste Dennis Collins, qui joue sur le morceau (et uniquement sur ce morceau, sur l'album). Solo de guitare infernal, totalement jouissif (et speedé) de Johnny, qui chante d'une voix très rageuse. Sans grosse surprise, c'est du lourd, du bourrin, totalement efficace, mais avec le cerveau au vestiaire ! Là, c'est solo, solo, solo sur solo... C'est dantesque, ceci étant ! Fin de la face A.

Slippin' And Slidin' : Edgar Winter en grande forme au pian et saxophone sur cette reprise ahurissante d'un standard de Little Richard, Slippin' and Slidin', qui ouvrait la deuxième face de l'album, la B, donc (faut tout vous dire). Encore une fois, Johnny est en forme, guitaristiquement et vocalement parlant, aucun répit avec cette chanson bien tueuse et rythmée, piano de saloon et solo d'enfer. C'est hélas court (2,45 minutes), mais tout simplement remarquable.

Miss Ann : Et voici  Miss Ann, chanson assez sympathique (encore une fois, Edgar Winter avec son saxophone, qui met l'ambiance direct, même s'il est en second plan). Loin d'être ma préférée de l'album, et elle est nettement moins remarquable que les quatre précédentes et que les deux suivantes, mais franchement, cette reprise d'un classique de Little Richard est quand même à écouter.

Johnny B. Goode : Enième reprise du standard absolu du rock'n'roll Johnny B. Goode de Chuck Berry, et honnêtement, il s'agit probablement d'une des toutes meilleures reprises de la chanson. Chanson courte comme l'originale, elle dure, ici, 2,50 minutes, mais qu'est-ce que c'est bon ! Encore le démentiel et inoubliable riff de guitare et l'interprétation sans failles, cette reprise est un des meilleurs moments de Second Winter, tout simplement.

Highway 61 Revisited : Reprise de la fameuse chanson de Bob Dylan, évidemment. Ici, c'est 5 minutes et 7 secondes de pur bonheur, aussi nerveux que l'original de Dylan (niveau chant), mais en version rock, limite hard-rock. Oubliée, la folk dylanienne ! Cette chanson achevant la deuxième face est une des meilleures de l'album, et même une des meilleures reprises jamais faites, tout simplement, et je n'exagère en rien en disant cela, vous pouvez me croire. Rien que le riff, bluesy à l'extrême tout en étant également digne du meilleur hard-rock de l'époque, en dit long sur la puissance de feu de Winter sur cette reprise...

I Love Everybody : La face C, dernière de l'album, et entièrement constituée de morceaux composés par Johnny Winter (qui n'a pas réussi à écrire suffisamment de morceaux corrects pour faire une quatrième face...), commence avec ce I Love Everybody. Chanson totalement trippante, interprétée avec force (la voix de Winter !), dotée d'un riff bien vibrant. La face C s'ouvre avec force, donc, avec cette chanson qui trouvera sa réponse totalement inversée (I Hate Everybody) un peu plus tard. Une de mes préférées de l'album, rien que pour ce riff cyclique...

Hustled Down In Texas : Un blues-rock basique plein de clichés, interprété avec fougue, doté d'un riff assez efficace et d'une basse bien présente (un peu trop en premier plan quand même). Hustled Down In Texas n'est cependant pas la meilleure de l'album. Comme Miss Ann, c'est du bon hard-blues-rock, mais sans être quintessentiel non plus. Ca se laisse franchement écouter, clair, mais c'est pas d'un niveau époustouflant.

I Hate Everybody : Très jazzy, cette chanson, à la fois grâce au saxophone d'Edgar Winter et à la rythmique générale. Cette antithèse de I Love Everybody est très sympathique, mais pas du même niveau, malgré un solo de guitare juste puissant. C'est encore une fois une très très très bonne chanson, interprétée avec puissance, avec maîtrise, mais sans doute trop jazzy, pas assez bluesy. Un peu en décalage avec le reste de l'album, donc, un peu l'OMNI de Second Winter... Chanson courte, 2,35 minutes, la plus courte de l'album.

Fast Life Rider : 7 minutes pour achever l'album. Fast Life Rider est la plus longue de Second Winter, et assurément un sommet, une des meilleures chansons de l'albinos (et pas seulement de cet album). Riff ultra mortel, chant ultra mortel, rien à dire, c'est, en guise de final, une déflagration hard-rock et blues-rock tout simplement somptueuse, ultra efficace, d'une puissance rarement égalée dans le genre. Et quel solo...Difficile d'en parler : comme pour The Good LoveMemory Pain, I'm Not Sure, Highway 61 Revisited ou I Love Everybody, bref, comme les autres joyaux de l'album, c'est grandiose. On notera la dernière minute, étrange : après 5,50 minute, un petit break, puis une petite improvisation, puis, de 6,30 minute à la fin, rien....jusqu'à la septième minute !

En bref, Second Winter est donc une tuerie de blues-rock et de rock tout court, 47 minutes et zéro secondes de pur bonheur. Pour amateurs de rock pur et dur, c'est un disque qui est même tout simplement indispensable. Il y à d'autres très bons disques de la part de Johnny Winter (Still Alive And Well, ainsi que son album live Captured Live), mais avec Second Winter, on tient tout simplement le sommet absolu de sa carrière, un disque culte aussi bien pour sa structure en triple-face que pour la musique qui s'y trouve !