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130ème Track-by-track ! Et pour fêter ça, un disque remarquable, troisième album de Led Zeppelin, sobrement intitulé Led Zeppelin III, et sorti en 1970 sous une pochette largement moins sobre que son titre. Une pochette flinguée que Jimmy Page dira toujours assumer (mais tout en regrettant d'avoir confié le design à la personne à qui il l'a confié...), et qui contient quand même une roulette illustrée qui permet de quelque peu modifier certains détails (évidemment, en CD, c'est niet, sauf le vinyl-replica...). Un disque admirable mais qui n'aura pas autant de succès que les deux précédents, tout en marchant quand même super bien (N°1 au hit-parade), à cause de la direction prise par le groupe : acoustique toute ! Ce qui décontenancera Atlantic, leur maison de disques... Ce disque, le voici :  

Immigrant Song : Après un premier album très blues et un deuxième fortement heavy, on attendait quelque chose de brutal pour ce troisième album ! Et Immigrant Song, chanson malheureusement trop courte (2,20 minutes) et tout aussi malheureusement utilisée à outrance comme générique d'une stupide émission people du samedi sur TF1 (je ne la cite pas pour ne pas lui faire trop de pub), cette chanson, donc, avait de quoi présager du meilleur pour III. Chanson faisant partie des meilleures du groupe, des plus cultes, et qui parle des Vikings et de leurs invasions (We are your overlords), elle est aussi teigneuse et heavy que le reste de l'album est calme et acoustique (à prédominance). Une sorte de pied-de-nez de la part du groupe, du style vous nous attendiez aussi bourrins que cette chanson, mais en fait, non. Une réussite absolue et l'OMNI (Objet Musical Non Identifié) de l'album !

Friends : Morceau très oriental dans l'âme, ambiance planante et venue tout droit d'Orient, avec chant admirable de Plant. Friends n'est pas le morceau le plus connu de III, ni le sommet absolu du disque, mais c'est une chanson acoustique et proto-world franchement réussie et agréable. On notera, la chanson se fond dans la suivante par un procédé assez amusant !

Celebration Day : Ce procédé, c'est une astuce du groupe et de l'ingénieur du son après s'être rendu compte que les premières secondes de Celebration Day, cette chanson, avaient été effacées par erreur. Au lieu de refaire la chanson, ils ont eu l'idée de rallonger le final de Friends (ce long tunnel de claviers) afin de colmater la brêche ! C'est pour ça que les deux morceaux sont liés par ce son bizarre, à la fin du premier, et qui se poursuit pendant une trentaine de secondes sur le suivant. Sinon, un morceau un peu rock, mais pas trop, chanson superbe faisant partie des meilleures de l'album, et dont le sujet, du moins à ce que j'ai toujours entendu dire, sera la mort... Mais la chanson est (d'apparence, dans ce cas) assez gaie. Super !

Since I've Been Loving You : Que dire ? Face à une telle chanson, 7,25 de bonheur (la plus longue de l'album), on se tait. Enfin, ayant déjà fait ce coup avec Stairway To Heaven, je vais quand même parler un peu de Since I've Been Loving You, quand même, ne serait-ce que pour dire que ce blues-rock est inimaginablement beau et fort, que ce solo de guitare fait partie des monstres du genre, que Plant est ici en état de grâce... 6 ans plus tard, le groupe s'autoplagiera (il le reconnaîtra volontiers) avec Tea For One, mais en attendant, cette chanson possède la même intro que celle du New York City Blues des Yardbirds, groupe dont Page a fait partie...mais cette intro était signée d'un autre titan des Yardbirds, Jeff Beck. Ouh, le vilain Pagey pas beau ! Mais ça n'enlève rien à a force de cette éternelle chanson.

Out On The Tiles : Chanson rigolote (le titre signifie à peu près 'tournée des bars') dont l'intro servira, en live, pour Black Dog, chanson de 1971 dont l'intro étrange ne pouvait pas être rejouée live (donc, par défaut, l'intro de Out On The Tiles fut utilisée). A un moment donné, on entend clairement quelqu'un direstop  , et il semblerait que ça soit Plant lui-même, à qui on faisait des grimaces pour le faire rire (si c'est Plant, il a mis très peu de temps entre sa ligne de chant et ce stop ! avant de reprendre le chant, ah ah ah). En tout cas, qui que ce soit, ce n'était pas prévu au départ, et ça a été laissé. Ca fait assez rigolo. Sinon, cette chanson achevant la face A est assez énergique, rock, mais, comme Celebration Day, pas trop. Et elle est très très bonne !

Gallows Pole : La face A alternait entre rock pur (pas trop heavy) et acoustique. La face B, elle, est totalement acoustique. Et elle démarre par une reprise d'un air traditionnel, Gallis Pole, renommé Gallows Pole ('mat de potence'), une chanson qui, comme le The Hangman's Knee du Jeff Beck Group (Beck-Ola, 1969), montre un condamné à mort par pendaison tenter de soudoyer son bourreau. Argent, jeune soeur du condamné, tout y passe, mais au final, swinging on the gallows pole, yeah, swinging on the gallows pole, le mec y passe quand même. Moralité, quand c'est ton tour d'y passer, ben c'est ton tour d'y passer. Une chanson à la fois acoustique et entraînante, purement remarquable, sur laquelle Plant est en grande forme. Le groupe aussi.

Tangerine : Il paraîtrait que cette chanson, proposée sur l'album avec une fausse intro (un plantage studio laissé tel quel, ça fait très sincère), aurait été une des références du groupe pour leur Stairway To Heaven un an plus tard. C'est vrai qu'il y à des ressemblances, mais c'est pas toujours flagrant ! En attendant, Tangerine est une pure petite merveille acoustique, douce comme une mandarine (traduction du titre), comme une petite pluie d'été... C'est malheureusement court (moins de 3 minutes, fausse intro incluse), mais indémodable, un de mes morceaux préférés de III et du groupe.

That's The Way : Magnifique et longue (5,30 minutes) chanson, que j'ai mis un petit peu de temps à aimer (comme pour la suivante, la version live, présente sur How The West Was Won, a ma préférence), mais dont je raffole désormais. Elle met son temps, cette That's The Way, et son refrain, ainsi que son final, sont de toute beauté. Malgré sa longueur, elle n'est jamais ennuyeuse, tout au plus je trouve la voix de Plant moyenne sur les couplets (je préfère le refrain aux couplets, perso, sur cette chanson). Sinon, superbe, encore une fois, et ça ne commence pas à bien faire !

Bron-Y-Aur Stomp : Chanson assez énergique malgré qu'elle soit acoustique et folk (disons qu'elle n'est pas dans le genre 'ballade') et qui est une manière, pour Plant, à la fois de rendre hommage à son chien (au sujet duquel on apprend, sur la version live présente sur How The West Was Won, qu'il s'appelait Strider, nom anglais pour le personnage de Grands-Pas, alias Aragorn, dans Le Seigneur Des Anneaux de Tolkien), mais aussi de rendre hommage au petit cottage dans lequel lui et Page se sont rendus pour composer, paisiblement, cet album, cottage du nom de Bron-Yr-Aur (un instrumental grandiose enregistré à la même époque mais qui ne se trouvera sur album qu'en 1975 sur Physical Graffiti rend aussi hommage, par le titre, à ce lieu). Pas ma chanson préférée de l'album, loin de là, même, et je préfère sa version live. Mais Bron-Y-Aur Stomp est quand même sympa.

Hats Off To (Roy) Harper : Chanson dédiée à un ami du groupe, Roy Harper, chanteur folk britannique (plus connu pour avoir chanté sur le Have A Cigar de Pink Floyd, en 1975, que pour ses propres chansons, dommage pour lui). Du bluegrass, un peu comme la première partie de Bring It On Home, mais en plus énergique ici. Malheureusement, cette chanson est franchement moyenne, pour ne pas dire pire, c'est même une des moins bonnes du groupe, de toute leur carrière, avec Hot Dog, Fool in The Rain, D'yer Mak'er et Candy Store Rock. Et le pire, dans tout ça, c'est qu'elle achève l'album, qui se finit donc sur une note très décevante...

Alors, ce troisième album ? Certes, il se finit par une chanson assez space et franchement pas parmi les meilleures du groupe, et certes, il possède une des pochettes les plus sauvagement flinguées de l'histoire, n'en déplaise aux amoureux des petits trucs tels que la roulette à faire bouger pour changer l'emplacement de certains des dessins (roulette papier bien visible sur l'illustration en haut, ainsi que les cercles creux des dessins interchangeables). Malgré ces deux défauts dont un seul est musical, III est une réussite absolue. Oui, l'album décevra à l'époque, car on attendant vraiment du lourd de la part de Led Zeppelin (de plus, le premier morceau est trompeur, car très lourd). Mais cet album, très subtil et assez reposant, est une vraie réussite du rock, un disque essentiel, un des meilleurs du groupe, et s'il a déçu à sa sortie, ce n'est plus le cas de nos jours. Immense.