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Pour ce nouveau Track-by-track, un disque sorti en 1976 sous une superbe et apocalytique pochette faisant penser à un comic-book (prémonitoire : bien des années plus tard, le groupe fera un comic-book...), et incontestablement le meilleur album de Kiss, j'ai nommé Destroyer. Ce disque, court comme le sont les autres albums du groupe (il fait 34 minutes), est produit par Bob Ezrin, un producteur/arrangeur canadien spécialiste du gros son lyrique, orchestral, et ayant bossé avec Lou Reed, Alice Cooper, et par la suite, Pink Floyd. En attendant, c'est avec ces gros rigolos maquillés de Kiss (de gauche à droite sur la pochette : Paul Stanley, chanteur et guitariste rythmique ; Peter Criss, batteur et chanteur occasionnel ; Ace Frehley, guitariste et chanteur occasionnel, mais pas sur cet album ; Gene Simons, bassiste et chanteur) qu'Ezrin a bossé, pour ce disque qui porte donc bien sa marque. Ce disque, le voici :

Intro/Detroit Rock City : Introduction interminable (et ezrinienne en diable) de plus d'une minute, on y entend un bruit de moteur de bagnole qui démarre, une radio que l'on tripatouille, des morceaux brièvement entendus (Rock'n'Roll All Nite, de Kiss), puis un bon grosriff déboule, et là, voilà, Detroit Rock City, chanson qui se finit sur un crash routier violent et meurtrier (autre gimmick sonore à la Ezrin), démarre. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que c'est une des meilleures chansons du groupe (et pas seulement, donc, de l'album). Un sommet ultra jouissif ! Dommage qu'il soit parasité par cette interminable et inutile introduction bruitiste...

King Of The Night Time World : Chanson co-écrite par Kim Fowley (un ami du groupe, du moins, je le pense), King Of The Night Time World est une chanson archétypale du son kissien : refrain entêtant, riff efficace, chant viril (de Stanley), paroles débiles et pleines de clichés, ambiance virile et métallique...avec, en plus, les arrangements de Bob Ezrin qui rendent le tout un peu copieux, mais tout de même très très bon et efficace ! Pas le sommet de l'album, mais franchement un très bon titre.

God Of Thunder : Un sommet, chanté par Gene Simmons, chanson aussi apocalyptique que la destructrice pochette de l'album. Ambiance lourde, riff bien doom, basse violée, chant rauque et agressif, comme d'outre-tombe, comme venu d'ailleurs...la voix du dieu du tonnerre (et du rock'n'roll, comme le refrain le dit). A propos du refrain, c'est juste à tomber le Q par terre, et niveau musical, c'est une vraie ode au guitariste Ace Frehley, ici en état de grâce. Un sommet absolu, la meilleure de l'album.

Great Expectations : Aussi chantée par Simmons, Great Expectations, qui tire son titre d'un roman de Charles Dickens (mais n'a sinon rien à voir avec ce fabuleux roman) et son intro d'un morceau de musique classique d'un certain Ludwig Van Beethoven (lequel n'est pas crédité, mais là où il est, je crois qu'il s'en fout un peu, surtout qu'il n'a rien du entendre, en plus), est la chanson la plus chargée en effets lyriques ezriniens sur l'album (avec Beth). Achevant la face A, cette chanson est très belle, un classique, mais j'ai mis du temps à l'aimer. Son intro classique, avec les arrangements d'Ezrin, fait quand même un peu beaucoup ABBA (je n'ai cependant rien contre ces Suédois disco/pop), et le chant est aussi pompeux que la musique. Mais, de temps en temps, ça passe très bien !

Flaming Youth : La face B s'ouvrait sur une des moins bonnes chansons de l'album (elle sortira ceci dit en single), Flaming Youth, chanson assez énervante, malgré un riff très efficace qui laissait présager du meilleur pour le reste de la chanson. Mais, franchement, cette chanson est répétitive et saoûlante, enfin, en ce qui me concerne. De loin celle que j'aime le moins ici, et je peux même dire que je la déteste, en fait !

Sweet Pain : Egalement très répétitive, cette chanson est quand même un peu meilleure que Flaming Youth, c'est sûr et certain. Sweet Pain possède un refrain assez fédérateur et un riff bien cinglant, malgré les arrangements d'Ezrin qui le font quelque peu 'claironner'. Le chant est assez efficace, les paroles sont connes comme une baguette sans mie et sans croûtons, mais en même temps, c'est du Kiss, pas di King Crimson... Oui, c'est plutôt bon.

Shout It Out Loud : Autre classique culte, avec refrain ultra marquant, ce Shout It Out Loud infernal et remarquable (oui, un peu saoûlant à la longue, c'est vrai). Un des incontournables du groupe en concert, ils interprèteront cette chanson quasiment tous les soirs. C'est du brut de décoffrage, très efficace !! Pas grand chose à en dire, au final. J'aime beaucoup !

Beth : La surprise de l'album. Succès monstrueux dans les charts malgré plusieurs facteurs aggravants : position de face B de single à la base (celle du single Detroit Rock City), ballade pour ménagères pleine d'orchestrations lyriques dégoulinantes, et chant signé du batteur, Peter Criss. Malgré tout ça, Beth sera un gros succès surprise, le groupe n'en reviendra pas. Que dire sur la chanson ? Le sommet de l'album ? Sûrement pas. Une mauvaise chanson ? Non plus ! En fait, Criss la chante bien, c'est joli comme un coeur, mais trop dégoulinant quand même, et puis, quasiment indigne de Kiss. Oui, Beth est une belle chanson, mais à côté de chansons telles que God Of Thunder ou, issue d'un autre album, Parasite, ça coince !

Do You Love Me ? : Mouais. Le final de l'album est franchement médiocre, répétitif. 3,40 minutes (il est indiqué quasiment 5 minutes sur le CD, mais la minute restante est précisée juste en-dessous, et est une arnaque) assez moyennes. Do You Love Me ?, co-écrite entre autres par Kim Fowley (comme King Of The Night Time World) n'est pas une reprise de la fameuse chanson, mais elle y ressemble quand même pas mal. Avec Flaming Youth, c'est la chanson la moins bonne de Destroyer. Vraiment, j'aime pas !

Outro : 1 minute et quelque franchement inutiles, du bruit de foule en délire, comme à un concert. De la même manière que Detroit Rock City s'ouvre sur une introduction interminable et inutile, l'album se finit de la même manière. A ceci près que sur le CD, cette Outro occupe la dizième plage à elle toute seule, et cette dixième et dernière plage audio n'est pas créditée sur le CD (mais Do You Love Me ? est indiqué avec une durée plus longue, englobant cette Outro). Rien à foutre ici. Au fait, elle est officiellement titrée Rock'n'Roll Party, cette Outro...mais comme elle n'est pas créditée, on s'en cogne un peu !

Au final, ces 34 minutes occupées quand même par deux minutes (presque trois !) de son sans aucun intérêt (bref, Destroyer, en fait, ne dure que 32 ou 31 minutes de vraie musique...) sont dans l'ensemble très très efficaces. Le chant, partagé entre les différents membres du groupe, est énergique, même si c'est la chanson la moins kissienne, Beth, et chantée par le membre le plus discret (le batteur), qui cartonnera le plus, à la grande surprise du groupe, dans les charts. Avec son lot de classiques, et malgré deux chansons assez nulles, Destroyer est un disque inévitable pour tout fan de hard-rock, un album emblématique et probablement le meilleur du groupe. Excellent !