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Pour ce nouveau Track-by-track, un disque très récent, sorti en été dernier, le dernier album studio d'Iron Maiden, The Final Frontier. Cet album est assez particulier. C'est le plus long du groupe avec 76 minutes pour seulement 10 titres. C'est le premier album, depuis The X Factor en 1995, à proposer une chanson dépassant les 10 minutes. C'est l'album le plus progressif du groupe depuis 1988 et Seventh Son Of A Seventh Son. C'est leur quinzième album studio, et à plusieurs reprises, dans des interviews, Steve Harris (basse, direction générale du groupe, composition) dira, autrefois, que le groupe s'arrêterait à 15 albums. En espérant que le bassiste revienne sur sa décision (probable), cet album ne sera pas le dernier de Maiden. Et même si c'était le cas, en tout cas, Maiden aura arrêté sa carrière sur un grand disque. Car ce nouvel album, sorti en 2010 sous une pochette assez moche faisant penser à Alien et Starship Troopers, est incontestablement leur meilleur. Hé oui, j'ose le dire ! Et ce disque, le voici :

Satellite 15...The Final Frontier : Morceau monstrueux, un des meilleurs de l'album. En presque 9 minutes, Satellite 15...The Final Frontier, scindé en deux parties, est un morceau aussi heavy que progressif. La première partie, principalement instrumentale (en tout cas, démarrant par une section instrumentale assez longue), est très spatiarde, très planante, on se croirait dans l'espace, en orbite autour de la Terre ou de je ne sais quelle planète. Quand la voix de Bruce Dickinson surgit, elle est nappée d'effets, prise dans un étau de guitares assez progressives. Les paroles sont assez remarquables, sur un homme en plein voyage interstellaire, même si la suite du morceau laisse aussi présumer qu'en fait, le morceau parle de la mort... Quand la deuxième partie commence, après quelques roulements de batterie bien teigneux, c'est une explosion littéralement libératrice, et le son devient plus heavy, du Maiden pur jus. Du chant à la musique, avec refrain entêtant, solo d'enfer, rythmique parfaite. Au final, un morceau épique, anthologique, immense !

El Dorado : Sorti en single pour promouvoir l'album, El Dorado est une chanson très efficace, refrain fédérateur digne d'être chanté dans les stades, chant assez efficace de Dickinson (même si c'est vrai que, parfois, sa voix ne monte plus aussi haut, en tout cas pas sans quelques difficultés liées à l'âge, même s'il n'est pas si vieux que ça). Encore une fois, les paroles sont excellentes, ça démarre super bien. Sans être un des plus longs de l'album, El Dorado se paie le luxe de faire quand même 6,50 minutes, ce qui est loin d'être négligeable. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, aucun temps mort ici, c'est excellent !

Mother Of Mercy : 5,20 minutes, durée radicalement moins élevée que pour les deux précédents morceaux...Et dans un sens, tant mieux, car si Mother Of Mercy est une très bonne chanson (même si son refrain est assez énervant à la longue...), elle est quand même moins exceptionnelle que les deux précédente, que la suivante, et que la majorité des chansons suivantes, une excepté. La chanson parle de la guerre, la 'Mère de Pitié' du titre serait-elle la Vierge Marie ? J'espère que le groupe ne s'est pas inspiré de Marie de Johnny Hallyday, quand même ! Non, là, je déconne... Bon, les paroles sont très bien écrites, la musique aussi, c'est juste les refrains qui me saoûlent, et il faut bien admettre que la chanson, sans être mauvaise ni moyenne, n'arrive pas au niveau himalayesque des autres chansons de l'album.

Coming Home : Presque 6 minutes admirables. Tout est parfait ici, même si l'intro a un petit air de déjà-vu. Mais Coming Home est une chanson puissante, des paroles au chant, en passant par le solo de guitare, la durée (longue, mais pas  trop), et ce refrain, mon Dieu, ce refrain... Probablement la meilleure performance vocale de Bruce Dickinson sur The Final Frontier avec When The Wild Wind Blows, le dernier et immense morceau. Coming Home est juste magistral. Pas vraiment épique (pas assez long, ah ah ah, quoique, 5,50 minutes...), mais un sommet absolu du groupe.

The Alchemist : Avec 4,30 minutes, cette chanson est de loin la plus courte de l'album. Après des chansons aussi longues que Satellite 15...The Final Frontier ou El Dorado, inutile donc de dire que The Alchemist passe vraiment vite, très vite...trop vite. De là à dire que c'est la chanson la moins exceptionnelle de l'album, il n'y à qu'un pas à franchir, et je n'hésite pas trop à le franchir, ce fameux pas. The Alchemist est une excellente chanson, mais au même titre que, par exemple, The Pilgrim, Face In The Sand, Sea Of Madness ou Only The Good Die Young, ça fait partie des excellentes chansons de Maiden qui restent cependant légèrement confidentielles, très bonnes, mais pas au point de faire partie des classiques absolus du groupe. Bref, c'est en grande partie sa durée qui fait que The Alchemist est un peu un morceau-fantôme ici, contrairement à Mother Of Mercy qui est plus long, mais moins époustouflant que les autres morceaux longs et épiques.

Isle Of Avalon : 9,05 minutes au Paradis, absolument magistrales. Là, rien à dire, on tient, avec Isle Of Avalon, chanson épique (terme qui convient donc parfaitement à l'album, vu que je ne cesse de l'utiliser, et c'est pas fini !) sur les légendes celtiques et entre autres celle du Roi Arthur (parti sur l'île d'Avalon afin de s'y faire soigner, en attendant son retour hypothétique en sauveur). Musicalement, c'est 20/20, alternance parfaite entre douceur et furie, avec un Dickinson en forme olympique et des paroles en béton armé. Un chef d'oeuvre absolu, un des sommets absolus de The Final Frontier.

Starblind : 7,50 minutes que j'ai mis plusieurs écoutes (trois, environ) à apprécier, je trouvais la chanson longuette et répétitive, ennuyeuse, au départ (le refrain est assez brailleur, le comble pour du Maiden, et assez redondant et répétitif, un peu lassant, même si je m'y suis fait depuis). Starblind est une très belle chanson, pas le sommet de l'album, et elle déçoit un petit peu ne serait-ce que parce qu'elle se trouve placée après ce sommet absolu qu'est Isle Of Avalon, mais c'est quand même une très bonne chanson, bien écrite (par le guitariste Adrian Smith, Harris et Dickinson), et contenant de bons moments. Oui, c'est très bon, très efficace !

The Talisman : A la fois acoustique et métallique (ça commence doucement, pendant plusieurs minutes c'est très acoustique, de toute beauté), The Talisman est une des plus longues chansons de l'album avec 9 minutes au compteur, comme Isle Of Avalon. Ecrite par Steve Harris et le guitariste Janick Gers, c'est encore une fois un modèle de chanson épique à la Maiden, avec changements de rythmes, paroles super bien écrites, interprétation sans failles, durée parfaite, même si je reconnais qu'une minute de moins aurait été bien aussi pour la chanson ! Pas ma préférée de l'album, mais je reconnais que c'est franchement superbe.

The Man Who Would Be King : 8,30 minutes absolument sublimes, fortement inspirées par la nouvelle de Rudyard Kipling L'Homme Qui Voulût Être Roi dont elle tire son titre et, bien entendu, par le film de John Huston (avec Sean Connery et Michael Caine) qui en fut tiré, un film magistral. A la fois acoustique et heavy, The Man Who Would Be King est une chanson épique qui fait partie des meilleures de l'album avec Isle Of Avalon, When The Wild Wind Blows et Satellite 15...The Final Frontier (je ne cite pas Coming Home car, bien qu'une des meilleures absolues de l'album, elle n'est pas vraiment du genre épique, enfin, pas totalement). On ne s'en lasse pas. Sublime.

When The Wild Wind Blows : 11 minutes fantastiques et sombres, qui ont comme un air prémonitoire (album sorti en août 2010), car on y parle du péril nucléaire, ce vent fou qui souffle, comme dans le titre de la chanson, transporte des radiations nucléaires... A quelques mois de la catastrophe de Fukushima au Japon, ça rend le morceau très actuel ! Le morceau le plus long de l'album, et le plus épique, et un des sommets, si ce n'est le sommet de The Final Frontier. Si jamais le groupe devait s'arrêter là, il aurait achevé sa carrière sur un grand disque et une immense chanson. Une chanson à prédominance assez douce, calme, sobre, mais une montée en puissance, également, qui laisse K.O., avec, en final, ce vent fou qui souffle, pendant la dernière minute... Immense.

Au final, ce quinzième cru de la Vierge de Fer est une incontestable réussite, un disque très mélodique, plus subtil que de coutume, avec quand même des passages assez heavy, évidemment, il s'agit avant tout d'un groupe de heavy metal, bien que très progressif ici (et pas pour la première fois). Certes, l'album est très long, les chansons sont très longues (7 minutes en moyenne !), mais au final, peu de passages moyens sur ce disque à écouter plusieurs fois pour bien s'en imprégner, la première écoute étant souvent assez difficile (la longueur des morceaux et du disque y étant pour beaucoup). Un disque renversant et exigeant ! On notera, un livret assez sympathique, illustrations sobres et moins moches que celle de la pochette, qui montre un Eddie (mascotte du groupe) reconverti en alien écoeurant dans un spaceship ravagé, trois victimes au compteur...