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Pour ce nouveau Track-by-track, un disque remarquable, sorti en 1972, le premier album de Blue Oÿster Cult : vu qu'il est éponyme, il s'appelle donc, évidemment, Blue Öyster Cult. Assez court (36 minutes à tout casser, voire un petit peu moins), ce disque, sorti sous une pochette intergalactique et étonnante signée Gawlik (qui signera aussi la pochette hypnotique du deuxième album du groupe, le quintessentiel Tyranny And Mutation que j'ai déjà abordé ici et qui est le maillon central de la trilogie des premiers albums du groupe), laquelle pochette représente déjà le fameux logo du groupe, ce symbole Kronos du point d'interrogation inversé et doublé d'une croix, Blue Öyster Cult est un exemple parfait de heavy metal, genre alors totalement naissant. Un disque fantastique que voici, morceau par morceau (il y en à 10) :

Transmaniacon MC : Attention, pour ouvrir l'album, le BÖC n'a pasété dans la dentelle, c'est du lourd, du brutal ! Transmaniacon MC (MC pour Motor Club) est une chanson qui parle de la fameuse tragédie du festival rock d'Altamont (un spectateur de couleur tué, pendant un concert des Rolling Stones - qui avaient organisé le festival - par des Hell's Angels défonçés qui étaient chargés de la sécurité et ont outrepassé leurs droits en butant ce mec à l'arme blanche, sous une caméra ayant quasiment filmé le drame). Mais la chanson en parle en la racontant du côté des bikers (We're pain, we're steel, a plot of knives, we're Transmaniacon MC). Musicalement, indescriptible, avec cette intro légendaire, ces guitares qui s'entremêlent, se croisent, se battent en duel...et le chant d'Eric Bloom, parfait. Une chanson immense et brutale.

I'm On The Lamb, But I Ain't No Sheep : Intro boogie parfaite, et chanson (interprétée par Bloom ; je le précise, car il n'est pas le seul à chanter, dans le groupe et sur ce disque) remarquable qui parle de la police montée canadienne, d'un homme qui, apparemment, les fuit, en cavale. La chanson sera reprise en version bien heavy (et sous le titre The Red & The Black) sur Tyranny And Mutation, sans rien changer des paroles, et est déjà une reprise. En effet, le groupe, avant de s'appeler Blue Öyster Cult, s'appelait StalkForrest Group (personnel quelque peu différent), et avait fait quelques chansons, sorties très tardivement en CD (et un CD, St. Cecilia Recordings, très difficile à trouver aujourd'hui), et parmi elles, cette chanson, même titre, mais musicalement un peu différente. Cette version est juste parfaite.

Then Came The Last Days Of May : On change de chanteur : là, c'est au tour de Donald (Buck Dharma) Roeser, guitariste, de pousser la chansonnette, avec cette chanson faussement nostalgique mais en réalité totalement glauque. L'histoire d'une bande d'amis en virée qui, sur la route, font une mauvaise rencontre, un type qui va tous les tuer sadiquement... Apparemment, c'est inspiré d'un fait divers arrivé à des amis de Roeser... Une chanson triste, faussement douce, possédant un son de guitare magnifique qui m'a toujours fait penser à du Dire Straits, mais avant l'heure. Ou a du J.J. Cale, lequel est une influence majeure de Dire Straits. Magnifique, donc. Ah oui, et le nom entre parenthèse, pour le guitariste, vient du fait qu'à la base, chaque membre du BÖC devait avoir un pseudonyme, mais seul Roeser a conservé le sien, les autres ayant abandonné l'idée...

Stairway To The Stars : Retour de Bloom au chant, pour une chanson bien efficace, teigneuse, dotée d'un riff mortel et boogie en intro. Totalement jouissive, Stairway To The Stars est une chanson qui, si elle n'a jamais fait partie de mes préférées de l'album, n'en demeure pas moins une totale réussite dans le genre boogie-rock, avec chant parfait, paroles très réussies, ambiance remarquable... Vraiment excellent !

Before The Kiss, A Redcap : Nettement plus sombre est Before The Kiss, A Redcap, chanson assez étrange, limite inquiétante de part sa mélodie pleine de tension. C'est assez bluesy, avec des paroles remplies d'allusions à la came et au fétichisme/SM. Le chant (de Bloom) est plus sobre que de coutume, au point qu'on se demande, au début, si c'est bien lui qui chante (c'est le cas, et d'ailleurs, un bridge assez différent du reste du morceau le prouve). Une des meilleures de l'album. A noter, le Conry's Bar cité dans la chanson est un endroit où le groupe aimait se retrouver. Fin de la première face.

Screams : Et la face B s'ouvrait sur le très space et remarquable Screams, chanson un peu inquiétante parfois (rythmique, mélodie assez oppressantes, lourdes, tendues) et interprétée par Joe Bouchard, bassiste (et frangin du batteur, Albert). Paroles cryptiques, mélodie entêtante et hypnotique, cette chanson n'est pas une des plus connues de l'album, mais elle fait partie des plus mémorables, du moins selon moi. Final de batterie qui se fond totalement dans le morceau précédent, qui est...

She's As Beautiful As A Foot : Quel titre de chanson à la con ! Mais la chanson, je vous rassure, est nettement meilleure que son titre. Assez courte (3 minutes), elle est interprétée par Bloom et possède une ambiance orientale absolument magnifique. Avec Before The Kiss, A Redcap, c'est une autre chanson possédant des allusions un peu fétichistes. Paroles assez crétines (le titre de la chanson, pareil, comme je l'ai dit), mais musicalement, She's As Beautiful As A Foot est une splendeur, assez subtile.

Cities On Flames With Rock'n'Roll : Albert Bouchard (batterie) au chant, pour cette chanson immense et fortement inspirée (riff introductif, mortel) par une chanson de Black Sabbath, The Wizard (premier album du groupe). Faisant partie des classiques intouchables du BÖC, Cities On Flames With Rock'n'Roll est un monstre sacré, une chanson lourde, violente, tribale, totalement jouissive, interprétée à la perfection par le batteur du groupe (qui rechantera par la suite). Grandiose !

Workshop Of The Telescopes : Retour de Bloom au chant pour Workshop Of The Telescopes, chanson de SF remarquable et dont le titre donnera son nom à une compilation du groupe, bien des années plus tard. Ambiance spatiarde, intersidérale, pour cette chanson dans laquelle on visite un atelier de téléscopes. De la pure science-fiction à la Heinlein ou K. Dick, voire Harlan Ellison, pour une chanson très hypnotique, dont l'ambiance n'est pas sans rappeler celle de la pochette de l'album. Pas trop violente, assez planante mais énergique, cette chanson est une des meilleures de l'album.

Redeemed : De la folk métallique, assez étonnante, que ce Redeemed très fantasy, écrite par un ami du groupe, ce qui n'a pas empêché le BÖC de se créditer aussi dessus. La chanson (interprétée par Bloom), qui semble être tirée d'un roman de fantasy à la Moorcock/Tolkien/Hobb (Moorcock écrira par la suite pour le groupe), est superbe, assez calme, douce, se finissant d'une manière très planante, ce qui permet à l'album de s'achever sur une note très inhabituelle, par rapport au reste des chansons. Vraiment sublime.  

Au final, même si Tyranny And Mutation, leur album suivant, sera supérieur, ce premier album éponyme du BÖC reste un grand classique du hard-rock. Un grand nombre de classiques, des moments inoubliables, une ambiance à la fois oppressante et électrique, ce disque fait partie des sommets de cette année 1972 qui en compte quand même pas mal (Exile On Main St, Transformer, The Rise And Fall Of Ziggy Stardust And The Spiders From Mars, Cravanserai...). Par la suite, donc, le groupe fera un Tyranny And Mutation (1973) immense, puis un Secret Treaties (1974) moins exceptionnel mais tout de même franchement remarquable, et que j'aborderai ici assez vite dans la catégorie. Bref, un disque à écouter absolument !