6

Pour ce nouveau Track-by-track, revoici le Pink Floyd. Mais pas n'importe quel album, hein : The Piper At The Gates Of Dawn. Sorti en 1967 sous une pochette kaléidoscopique et un titre tiré du roman Le Vent Dans Les Saules de Kenneth Grahame (classique de la littérature britannique pour la jeunesse faisant partie des livres de chevet de Syd Barrett ; le titre de l'album est celui du septième chapitre du roman), cet album est le premier de Pink Floyd, et le seul et unique album du groupe alors que Syd Barrett y officiait en tant que leader (et, bien entendu, en tant que chanteur/guitariste/compositeur). Sur la pochette, de gauche à droite, en haut : Roger Waters (basse, choeurs), Barrett ; en bas, Nick Mason (batterie), Rick Wright (claviers, choeurs). Dès l'année suivante, Barrett sera viré, pour raisons d'addiction profonde au LSD qui entamera violemment sa raison mentale, et sera remplacé par son ami, David Gilmour. Mais en attendant, là, même s'il prenait déjà suffisamment de LSD pour l'ensemble du groupe (les trois autres n'en prenaient pas, n'en prendront jamais), Barrett est encore maître de lui-même et du Floyd. Ce disque, le voici :

Astronomy Domine : Un classique absolu que le groupe jouera souvent sur scène (une version grandiose et deux fois plus longue que la version studio soit 8,20 minutes, sur Ummagumma, et une version plus sobre en durée surP.U.L.S.E.). Barrett aidé de Wright pour le chant, pour une chanson totalement spatiarde, planante, dans l'espace intersidéral et sidérant. Astronomy Domine (titré Astronomy Dominé, notez l'accent, sur le vinyle original) est un morceau grandiose, un des sommet du groupe, et, donc, par conséquent, de l'album. Paroles complètement space, musique aérienne et en même temps, quelque peu inquiétante... Un joyau brut !

Lucifer Sam : Intro légendaire, riff parfait, y compris pour la basse de Waters. Ca m'a toujours fait penser au Day Tripper des Beatles. L'introduction est légendaire, la chanson aussi, qui parle d'un chat siamois, Lucifer Sam, mais aussi d'une certaine Jennifer Gentle, qui serait une sorcière (je me trompe, ou ce nom est celui d'une petite amie de Barrett ? Il me semble l'avoir lu quelque part, une fois, corrigez-moi si je me trompe, mais en tout cas, ce nom n'est pas innocent). That cat's something I can't explain... Sous des aspects de comptine, une chanson très, très, mais alors très psychédélique. Excellent.

Matilda Mother : Une des chansons les plus belles de l'album, et qui raconte une belle histoire de roi, de princesse, de château dans un lointain pays, d'un chevalier, etc... Une histoire pour gosse, racontée à Matilda par sa mère (Ooh, mother, tell me more, refrains par Wright) pour l'aider à s'endormir. Barrett chante un peu sur cette chanson, mais il s'agit en fait de la première chanson du Floyd, du moins sur album, que Rick Wright chante quasiment en totalité, de sa si particulière voix grave. Ce mec, claviériste, est mon Floyd préféré, malheureusement décédé en 2008... Cette chanson est juste sublime.

Flaming : Très légère, cette chanson est chantée d'une voix guillerette par un Barrett très en forme, qui nous régale avec ses allusions à des licornes, etc... Flaming est une chanson rêveuse, une chanson très légère, comme une bulle de savon, une chanson très amusante et onirique. Ambiance assez fantastique, enchanteresse... C'est difficile de parler de cette chanson, dont le refrain (Yippie !! You can't see me but I can you) résume bien la situation : c'est farfelu, enchanteur, irréel, on se croirait dans le Pays des Merveilles de Lewis Carroll...

Pow R. Toc H. : Instrumental grandiose, court (4 minutes) et pourtant très riche. Essentiellement basé sur une improvisation de piano free de Wright, avec des effets sonores, Pow R. Toc H. (ce titre, étrange ! J'ignore ce qu'il signifie vraiment, Waters dira du titre qu'il ne veut rien dire) est une réussite absolue qui annonce des morceaux tels que Up The Khyber ou Sysyphus. La face expérimentale du Floyd, ma préférée, est ici bien présente. Un des morceaux les plus réussis et dingues de cet album.

Take Up Thy Stethoscope And Walk : Morceau composé par Waters, et sur lequel il chante quelque peu (les Doctor doctor sont de sa bouche). Mais Syd chante quand même bien plus que Waters sur ce titre, ce qui prouve sa position de leader du groupe. Une chanson assez étrange, principalement instrumentale, car le passage instrumental (improvisation du groupe avec une grande part d'importance à l'orgue de Wright) est assez long, prend pas mal du temps de la chanson. Ce n'est pas le sommet du disque, mais c'est quand même pas mal du tout !!!

Interstellar Overdrive : Ouverture de la face B avec les 9,40 minutes (de loin, morceau le plus long de l'album) instrumentales d'Interstellar Overdrive. Si les chansons de l'album sont essentiellement en forme de comptines psychédéliques faussement sages, Interstellar Overdrive, lui, est un morceau totalement barré (Barrett ?), remplis de feedbacks, de soli dingues de chez dingues, rythmique spatiarde, ambiance intergalactique et planante, un petit peu oppressante parfois aussi. Même si The Piper At The Gates Of Dawn est un disque largement différent du reste de la discographie floydienne, on sent quand même les prémices de morceaux tels que A Saucerful Of Secrets ou Set The Controls For The Heart Of The Sun ici. Immense.

The Gnome : 2 minutes et des poussières, magnifiques et acoustiques, sur un gnome. Vraisemblablement inspiré par la lecture de Bilbo Le Hobbit de Tolkien, ou du Seigneur Des Anneaux du même auteur, voire des deux livres, deux livres de chevet de Syd. Même si, dans la chanson, ce n'est pas un hobbit, mais un gnome, pas pareil du tout ! Chanson très simple, un peu comme Scarecrow, et franchement magnifique. Pas grand chose à en dire, ce morceau distille une ambiance fantasy champêtre très réussie.

Chapter 24 : Le morceau qui me plaît le moins ici, oui, je sais, je suis con de dire ça, mais.. Voilà, je ne suis pas fanatique du tout de Chapter 24. Chanson qui dot son titre (et ses paroles, probablement) à un recueil de poèmes chinois, le I-Ching, très connu (autre livre de chevet de Barrett). Qu'est-ce qui me déplaît, ici ? La voix de Barrett, qui pousse un peu trop (Suuuuuuuunseeeeeeeeeeeeeeeeet, ou bien des phrases telles que All movement is accomplished in six staaaaaageeeeeeeeeees). Sinon, musicalement, ce morceau très oriental est très bien foutu, mais...voilà, quoi.

Scarecrow : 2 petites minutes apparemment sans prétention. En fait, oui, sans prétention aucune, car il ne s'agit que d'une chansonnette en forme de comptine (avec une mélodie minimaliste) sur un épouvantail noir et vert, effrayant les corbeaux dans un champ d'orge... Une des chansons les plus simples de l'album, et même la plus banale, mais elle est quand même très belle ! La partie instrumentale finale, courte, est assez planante...

Bike : Sous des aspects enfantins, sous des dehors de comptine pour gosses, Bike est une des chansons les plus barges de l'album. Et pas seulement à cause de son final bruitiste durant lequel on entend, pendant une trentaine de secondes, des mécanismes d'horlogerie et bruits divers et variés ! La chanson est une allusion, discrète mais vraie, à une légende urbaine bien connue des amateurs de drogues : le LSD aurait été inventé, dans les années 40, par un chimiste suisse qui manipulait l'ergot de seigle et qui, un jour, se sentant quelque peu fièvreux et imputant ça à un début de grippe, rentra chez lui en vélo ('bike'), sans se douter qu'il venait, en manipulant ainsi l'ergot de seigle, de se shooter. Il rentra donc en vélo chez lui à travers la campagne, en vivant un petit trip durant son trajet de retour... La chanson, terriblement réussie, est donc faussement simpliste, avec paroles assez amusantes et légères, musique comme issue d'une fête foraine et chant insouciant. Mais elle cache un secret, donc...

Au final, The Piper At The Gates Of Dawn c'est, à une seconde près, 42 minutes de pur bonheur psychédélique. C'est l'album le plus étrange du groupe. Enfin, un des plus étranges avec The Final Cut et Ummagumma (disque studio) ! La majorité des chansons font penser à des rhymes anglaises, ces petites comptines musicales un peu (beaucoup) enfantines. On sent cependant bien, derrière, le travail de sape des petits buvards magiques, des champignons, des pétards aussi, mais l'ambiance globale de ce premier cru floydien est quand même assez enfantine. Une ambiance indescriptible et pleine de charme et d'attrait, mais qui a fait que j'ai mis un peu de temps avant d'aimer vraiment ce disque : au départ, ce côté enfantin m'énervait un peu, mais maintenant, c'est tout le contraire ! Bref, sous des dehors parfois simplistes, ce disque ofre une collection de chansons plus complexes qu'il n'y paraît, et est un joyau absolu du rock.