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Pour ce nouveau Track-by-track, un sommet absolu, sorti en 1968. C'est le troisième album du Jimi Hendrix Experience, et aussi le dernier album du groupe (Jimi Hendrix : chant, guitare ; Noel Redding : basse, un peu chant ; Mitch Mitchell : batterie ; tous morts depuis, hélas, Mitchell en dernier, Hendrix en premier), car les albums suivants d'Hendrix seront faits avec d'autres musiciens que l'Experience. Ce disque, qui était double à sa sortie (tout tient sur un seul CD de 76 minutes), et est sorti, parfois, sous une pochette reniée par Hendrix lui-même et montrant, façon Le Bain Turc d'Ingres, 19 jeunes femmes nues (une photo), cet album s'appelle Electric Ladyland. Et c'est un sommet absolu de l'histoire du rock. L'Histoire, même, avec un grand H. Ce disque, le voici :

...And The Gods Made Love : Une minute de bruitage, un peu comme l'intro de l'album précédent du groupe, Axis : Bold As Love (morceau EXP). Musicalement, c'est zéro, on entend une voix très lourde, ralentie, effet très comique, qui semble dire, mais je peux me tromper, le titre du 'morceau'. Puis, des effets sonores étranges, durant une petite minute. Bizarre !

Have You Ever Been (To Electric Ladyland) : Première chanson de l'album, et assez courte (moins de 3 minutes), Have You Ever Been (To Electric Ladyland) permet à Hendrix de chanter vraiment, lui qui ne pensait pas être un bon chanteur (il aurait été super content, à l'écoute des morceaux, de se rendre compte que, si, il chante super bien tout compte fait !). C'est une chanson assez calme, planante, bénéficiant d'un jeu de guitare tout simplement sublime, même s'il y à encore mieux sur l'album évidemment. Pas le sommet absolu de l'album, mais idéal pour bien ouvrir le bal.

Crosstown Traffic : Un bon gros hard-rock bien bluesy, aussi très court (moins de 3 minutes également) et totalement furieux. Guitare qui semble cracher ses notes comme une mitraillette crache ses munitions, Hendrix en furie, voix hargneuse, rauque, la voix habituelle. Crosstown Traffic est un des morceaux les plus emblématiques de la légende hendrixienne. Puissant, et difficile d'en parler, il faut écouter !

Voodoo Chile : 15 minutes tout rond. Inutile de dire que Voodoo Chile est le morceau le plus long de l'album (en même temps, un autre titre n'est pas loin de l'atteindre, niveau durée...). C'est aussi le sommet, enfin, un des nombreux sommets de l'album. Mais parmi ces nombreux sommets, je pense vraiment que c'est le plus grand. Participation de Stevie Winwood (alors dans Traffic, groupe dont le flûtiste, Chris Wood, joue sur un autre titre de l'album) à l'orgue, ainsi que du bassiste de Jefferson Airplane, Jack Casady, pour une chanson infernale, un blues-rock terrible qui, en un quart d'heure, offre à l'auditeur un échantillon incroyable du talent, non, du génie d'Hendrix. Guitare en fusion, paroles apocalyptiques, chant génial, ce Voodoo Chile est emblématique, cultissime, légendaire.

Little Miss Strange : Noel Redding au chant, comme le She's So Fine du précédent album. Comme pour She's So Fine, sa voix est pas mal du tout, ça fait plus 60's que celle d'Hendrix, elle vieillit moins bien. Assez courte, et possédant un excellent solo de guitare, Little Miss Strange est moins exceptionnelle que le reste, mais ce n'est pas une mauvaise chanson pour autant, c'est juste qu'elle est un peu datée et un peu mineure. Ca reste assez correct ! Belle utilisation de la wah-wah sur ce titre, par ailleurs.

Long Hot Summer Night : Chansonnette sympathique mais probablement la moins exceptionnelle des chansons interprétées par Hendrix sur l'album (la chanson de Redding, Little Miss Strange, la précédente, est la moins exceptionnelle de l'album, et Long Hot Summer Night est directement classée avant, par ordre de réussite). Assez courte, cette chanson reste quand même un très bon moment, avec un chant et une guitare, comme toujours, excellents. Mais, y à pas à dire, c'est moins exceptionnel que le reste de l'album, Little Miss Strange excepté !

Come On (Let The Good Times Roll) :  Un blues-rock bien efficace et nerveux, classique comme il n'est pas permis de l'être en réalité. Oui, c'est du lourd, du simpliste, avec riff de malade, breaks, chant parfait, paroles crétines et ambiance de folie. Come On (Let The Good Times Roll) fait partie de ces chansons qui, malgré leur apparente simplicité, restent totalement efficaces. Un exemple supplémentaire du génie de Jimi à la guitare, et de son talent de chanteur, qu'il contestait, mais qui est quand même bien que moins fort que son talent de guitariste, bien là. Une chanson franchement remarquable.

Gypsy Eyes : Encore une totale réussite que ce Gypsy Eyes, qui marque la rencontre entre Hendrix et une Bohémienne, du moins, dans les paroles. Riff bien tortueux, chant parfait, rythmique de folie, solo parfait, rien  dire au sujet de cette chanson qui, si elle ne fait pas partie des plus connues (et encore...) de Jimi, fait, en revanche, partie des sommets de l'album. Fantastique !

Burning Of The Midnight Lamp : La face B (et le premier disque, donc) se finissait sur Burning Of The Midnight Lamp, chanson assez étonnante et sublime, à la prise de son un peu étrange (et que certains jugent ratée, mais je crois que le rendu sonore un peu bizarre de ce morceau est volontaire). Encore une fois, un chant parfait, un peu énervé, et une mélodie irrésistible et inoubliable. Solo de guitare et ambiance du tonnerre de Zeus, ce morceau achevait idéalement ce premier disque. Une pure merveille mélodique et en même temps très rock.

Rainy Day, Dream Away : Chanson assez calme, aérienne, éthérée, qui se finit cependant en fanfare, mais aussi en fade-up (pour entendre la suite, ça sera sur Still Raining, Still Dreaming). L'ambiance globale de ce morceau ouvrant la face C est magnifique, ça fait jour de pluie, on est chez soi bien au chaud, mais en regardant par la fenêtre, on se rend compte qu'il pleut, temps de merde. On est à la fois triste devant un tel temps, et content d'être à l'abri chez soi... Une des chansons sur lesquelles Hendrix chante le mieux, dans le registre 'soft'. Sublime.

1983... (A Merman I Should Turn To Be) : Avec un peu plus de 13 minutes, 1983... (A Merman I Should Turn To Be), qui bénéficie de la participation de Chris Wood, flûtiste de Traffic, est un autre grand sommet pour Electric Ladyland. Paroles cryptiques et magnifiques, ambiance parfaite et parfois subaquatique, chant magistral, jamais long malgré sa durée assez imposante, ce morceau, dont un passage ressemble un peu au Bold As Love du précédent album (mais ça ne fait pas autoplagiat pour autant), est tout simplement paradisiaque. Difficile d'en parler, en fait. Je pense que je le préfère à Voodoo Chile, d'ailleurs, et pourtant, j'adore Voodoo Chile !

Moon, Turn The Tide...gently gently away : Une petite minute instrumentale achevant la face C avec discrétion. En fait, 'est la conclusion du précédent long morceau, qui atteint donc quasiment, avec ce rajout, la durée de Voodoo Chile. Qu'est-ce qu'on entend, ici ? Un peu de feedback peu sonore, du silence, comme des bruits de marée (justement, le titre contient le mot 'tide', qui signifie 'marée'). Ca dure une minute tout rond, c'est musicalement nul, ça ne sert que de transition entre deux faces, comme le One Change de l'album Doremi Fasol Latido de Hawkwind. Assez parlé, on passe à la suite

Still Raining, Still Dreaming : Commençant littéralement là où Rainy Day, Dream Away, qui ouvrait la face C, s'achevait (on y entendait un riff bien tortueux, puis ça finissait en fade ; hé bien là, ça commence par ce riff tortueux !), Still Raining, Still Dreaming, qui ouvrait la face D et dernière, est donc la suite directe de ce morceau. Et c'est une suite aussi rock et nerveuse que le premier morceau était calme et aérien. Une deuxième partie dantesque qui ouvre à merveille l'ultime face de cet Electric Ladyland mythique !

House Burning Down : Chanson explosive, incendiaire, contre le racisme du genre Ku Klux Klan et autres gentillesses du même ordre (maisons qui crament, etc...). Le chant et la guitare d'Hendrix, sur ce titre, sont aussi aptes à faire frissonner l'auditeur l'une que l'autre. House Burning Down, cependant, n'est pas ma préférée de l'album, sans doute son final à rallonge et le fait qu'elle se trouve avant un total monstre sacré du rock y sont pour quelque chose... N'empêche, une très grande chanson, rien à dire !!

All Along The Watchtower : Reprise rock inspirée de la fameuse chanson de Bob Dylan (datant de 1967, et de l'album John Wesley Harding). Hendrix entendit cette chanson et ça lui a tellement plu qu'il a demandé au Barde s'il pouvait la reprendre. La simple présence du titre sur l'album signifie que Dylan a accepté, et il a eu raison ! Car cette reprise, de son intro à la voix d'Hendrix, en passant par le texte inchangé, est tout simplement fantastique, à donner le frisson. Elle me file toujours le frisson, d'ailleurs ! And the wind begin to howl...

Voodoo Child (Slight Return) : Final dantesque pour Electric Ladyland, ce Voodoo Child (Slight Return) certes largement plus court que Voodoo Chile, mais franchement immense. En un peu plus de 5 minutes, ce morceau est un amoncellement de riffs, de furie rock absolue, idéale pour achever ce mythique double album. Encore une fois, les mots me manquent, ce morceau, anthologique, est juste grandiose !!!!

 Au final, que dire sur ces 76 minutes ahurissantes ? Electric Ladyland est bel et bien un sommet absolu, un des plus grands albums de l'histoire de la musique enregistrée, un album essentiel. Jel 'ai découvert le même jour que le Double Blanc des Beatles, les deux albums furent achetés le même jour, vous dire si j'ai pris un panard d'enfer ce jour-là (c'était il y à longtemps) ! Un album rempli de trésors, de moments cultes, le meilleur album studio d'Hendrix. Indispensable.