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Pour ce nouveau volet des Track-by-track, un disque sorti en 1977 sous une pochette inspirée par une cultissime peinture de Frank Kelly Freas (les musiciens ont été rajoutés), un disque qui obtiendra un fort succès et sera même, pendant 14 ans, jusqu'à Innuendo, le dernier grand disque de Queen : News Of The World. Ce disque contient deux des plus gros tubes de la carrière de Queen, qui ouvrent d'ailleurs l'album, et il contient aussi d'autres très grandes chansons. Un album assez éclectique, pas totalement parfait, mais contenant quand même largement plus de réussites que de ratages, et ce disque, le voici :

We Will Rock You : Première chanson de l'album, et un de leurs plus gros tubes. Seulement 2 petites minutes chrono, mais We Will Rock You est mythique. En fait, trop mythique : elle passe trop souvent  (encore de nos jours, évidemment) sur les ondes FM, elle est utilisée un peu trop souvent, elle saoûle grave à à longue, on la connaît par coeur, on connaît par coeur le nombre de coups de batterie avant le début de la chanson, on connaît par coeur les paroles, le refrain, le solo de guitare final... La chanson est excellente, oui, mais à force...on n'en peut plus !

We Are The Champions : Ben...pareil que pour la précédente ! Chanson plus longue (3 minutes chrono) et tout aussi mythique, tout aussi connue, tout aussi fréquente sur les ondes et un peu partout. We Are The Champions, on l'entend à chaque victoire de football, à chaque soirée entre potes, on l'entend au moins une fois par semaine au moins, et à force d'à force, pareil que pour We Will Rock You, on n'en peut vraiment plus ! Le pire, c'est que, musicalement, cette chanson est vraiment jolie. Mais à la longue... Ces deux chansons parasitent vraiment l'album, maintenant. Elles sont sorties ensemble en single, un single mythique possédant, je crois, deux faces A, vu que les deux chansons sont si bonnes qu'aucune ne méritait d'être reléguée en face B de single (comme Strawberry Fields Forever et Penny Lane des Beatles, sorties en un seul single à deux faces A aussi).

Sheer Heart Attack : A l'origine prévue pour être sur l'album du même nom (et qui lui doit son nom) de 1974, mais Sheer Heart Attack fut, au final, repoussée, écartée à l'époque, et se retrouve donc sur album trois ans plus tard. Chanson composée par le batteur, Roger Taylor, qui la chante un peu, elle est, avec Houses Of The Holy de Led Zeppelin et Waiting For The Sun des Doors, un exemple de chanson ayant donné son titre à un album du groupe sans pour autant faire partie de cet album, pour X raison. Il y à sûrement d'autres exemples, mais je ne les connais pas. Sinon ? Chanson extrêmement brutale, speedée, rapide, violente, du thrash-metal avant l'heure, en cette année punk (1977). Se finissant aussi brutalement qu'elle démarre et se poursuit, cette chanson est une de mes préférées du groupe, et une des plus cinglées. Immense et bruitiste ! Le contraste avec les deux chansons qui l'entourent sur l'album est incroyable.

All Dead, All Dead : Magnifique chanson que May commence à chanter avant de laisser le champ libre à Mercury. All Dead, All Dead, le titre est triste, la chanson aussi, franchement pas une chanson à écouter un soir de déprime, un jour où ça ne va pas bien. Car elle ne vous aidera pas à mieux tenir le cap, c'est clair ! Musicalement très douce, calme, la chanson est une de mes préférées de l'album, mais j'aurais préféré que May la chante en entier, car il est plus convaincant que Mercury ici.

Spread Your Wings : Pour moi, c'est clairement, définitivement, le sommet de l'album. Spread Your Wings, avec son fameux clip montrant le groupe se geler les couilles en plein hiver enneigé, en extérieur, en doudounes (clip très drôle involontairement), est une chanson juste parfaite. Solo final inoubliable, chant également inoubliables, durée parfaite de quasiment 5 minutes, cette chanson fait partie des meilleures du groupe, au même titre que The Prophet's Song ou You Take My Breath Away. Rien que ça ! Bref, c'est indispensable, inoubliable, essentiel. On achèterait l'album rien que pour elle que ça vaudrait carrément l'achat !

Fight From The Inside : Roger Taylor au chant, et c'est aussi lui qui a signé ce Fight From The Inside très efficace bien qu'un peu bourrin (et encore...). Cette chanson fait partie, avec I'm In Love With My Car, Drowse, The Loser In The End et Tenement Funster, des meilleures qu'il a interprétées au sein de Queen (en moyenne une chanson par album, comme May). Sa voix rauque fait encore une fois des merveille ici, sur cette chanson qui semble être un hymne à la baston, au combat intérieur aussi. Excellente rythmique, pour une chanson qui achève la face A avec bestialité et efficacité, à défaut d'être subtile (pas le genre de Taylor, Drowse excepté).

Get Down, Make Love : Etonnante chanson qui ouvrait la face B sur une note un petit peu décalée, un peu électro par moments (malgré qu'il n'y ait aucun synthétiseur sur l'album, et c'est d'ailleurs fièrement indiqué sur la pochette de l'album ainsi que sur celles du suivant et de tous les précédents, malgré ça, donc, le bridge instrumental central fait très synthétique). Pour être honnête, ce n'est pas le sommet de l'album, mais son intro de basse, son chant puissant, son alternance entre violence (refrains) et calme inquiétant avec piano entêtant (couplets) font que la chanson est franchement attachante, à défaut d'être parfaite. Après, c'est vrai que le passage instrumental expérimental est un peu long...

Sleeping On The Sidewalk : Brian May au chant, comme ça arrivait une fois par album (parfois plus, comme pour A Night At The Opera). Le guitariste chevelu bouclé livre ici une chanson bluesy très sympathique, très réussie, probablement même une de ses meilleures (parmi celles qu'il a chantées, je veux dire, car May a aussi écrit pas mal de chansons au sein du groupe, sans les interpréter). Sleeping On The Sidewalk possède des paroles pleines de clichés sur le thème du paumé dormant sur le trottoir, jouant de la musique, et qui se fait un jour repérer par un producteur qui le transforme en superstar ne dormant désormais plus sur le trottoir. Mis à part ces paroles banales, la chanson est franchement une réussite, que j'aime énormément.

Who Needs You : Incontestablement un sommet, la plus grandiose chanson de l'album, un trésor d'inventivité, de magnificence pop/rock, chant parfait, musique inoubliable et paroles en béton... Non, je déconne ! Who Needs You est incontestablement, en fait, la pire chanson de l'album, et une des pires chansons de Queen. Sincèrement, cette chanson au rythme chaloupé, calypso, est une abomination capable de faire rendre gorge au plus acharné des fans du groupe, le genre de fan capable de tout pardonner en temps normal. Là, c'est juste inexcusable et indéfendable. Sans cette chanson, l'album aurait fait dans les 36 minutes au lieu de 39, et aurait été vraiment supérieur.  

It's Late : La chanson la plus longue de l'album avec un peu plus de 6 minutes. Ce n'est pas parce que c'est la plus longue que c'est la meilleure (ni la pire), mais It's Late est très bonne, très rock, limite hard-rock par moments (un passage très rapide, avec solo de guitare, énervements de Mercury, etc). Riff de guitare remarquable, chant excellent, les couplets sont fantastiques et le refrain, simpliste, beaucoup moins. Dans l'ensemble, c'est une très bonne chanson de hard-rock pur et dur, que j'aime beaucoup, et qui fut même pendant longtemps, quand j'ai découvert l'album (qui fut mon premier Queen avec le Greatest Hits II), mon préféré de l'album. Excellent, quoi !

My Melancholy Blues : En guise de final, une chanson sobre, sublime, Mercury seul au piano. My Melancholy Blues porte bien son nom, elle est totalement mélancolique, tristounette, et tout simplement magnifique. C'est beau, c'est fort, touchant, aussi sobre que Sheer Heart Attack et Get Down, Make Love étaient déglinguées. Avec cette chanson faisant partie des plus belles du répertoire queenien (dans le registre sobre), Mercury prouve définitivement que malgré ses tenues de scènes pas possible (surtout à l'époque) et ses ridicules looks capillaires (moustaches comprises, mais pas à l'époque), il était un très très grand chanteur. C'est juste sublime.

 Au final, News Of The World (le titre est une allusion vraisemblable à un journal quotidien britannique qui porte le même nom) est donc un très grand disque de Queen, certes pas aussi grandiose que les deux précédents (la paire A Night At The Opera et A Day At The Races), mais tout de même fantastique. Il faudra attendre jusqu'à 1991 pour avoir enfin un disque aussi réussi, chez Queen, et ça sera Innuendo, par ailleurs leur dernier du vivant de Freddie Mercury... Malgré une ou deux chansons moyennes, ce disque sorti sous une superbe et culte pochette est vraiment remarquable !