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Pour ce nouveau Track-by-track, un disque controversé, à la fois chez les fans des Ramones (groupe dont je ne suis absolument pas fan du tout) et chez les fans de rock, entre ceux qui le trouvent nullissime et idiot et ceux qui estiment que c'est un classique, un des meilleurs albums de rock au monde. Ce disque, sorti en 1980, c'est End Of The Century, un album très connu que les Ramones ont fait sous la surveillance de Phil Spector, lequel a produit ce disque. Spector, producteur/arrangeur de génie mais aussi totalement fous psychotique (il croupit actuellement en taule pour meurtre) voulait épingler les Ramones à son tableau de chasse. Après avoir produit, avec plus ou moins de succès, les Beatles (Let It Be, surproduit), Lennon (JL/POB et Imagine, sublimes), Harrison (All Things Must Pass notamment, immense, Leonard Cohen (Death Of A Ladies' Man, atroce) et Ike & Tina Turner (River Deep - Mountain High, remarquable), entre autres, il s'est donc attelé à la tâche de produire, avec son fameux 'mur du son' bien lyrique et pop, un groupe de punk-rock comptant parmi les plus simplistes et idiots qui soient, le genre de groupe à faire des chansons de 2,20 avec couplet/refrain épicétou. Le résultat ? Le voici :

Do You Remember Rock'n'Roll Radio ? : Intro radiophonique, avec effets sonores et un speaker, puis un bon gros riff bien trippant, jouissif, surgit. Et la chanson démarre, chanson franchement grandiose, qui contient le titre de l'album (et qui a été trouvé par Phil Spector...) dans ses paroles. It's the end, the end of the seventies, it's the end, the end of the century... Do You Remember Rock'n'Roll Radio ? est une chanson pleine de gentille nostalgie, qui fleure bon l'ambiance American Graffiti, malgré sa musique punk grossie par les arrangements spectoriens. La meilleure chanson de l'album, de très loin.

I'm Affected : Sans doute pas un triomphe, cette chanson, mais j'adore littéralement le court mais efficace (et très spectorisé !) solo de guitare de Johnny Ramone, en son centre. Oui, un solo de guitare chez les Ramones, alors que Johnny était connu pour son jeu brut de pomme, sans chichis, sans fioritures, mécanique et simpliste ! Une chanson assez lourde, ce que les arrangements accentuent pas mal. Une de mes préférées, tout simplement.

Danny Says : Très spectorienne, cette chanson, et très douce, aussi. Inhabituelle pour les Ramones, en fait. Mélodie pop, bridge plus proche des Beach Boys ou des productions Spector que du son ramonesque. Danny Says est étonnante et plutôt sympa, mais il fait s'y faire, et il faut deux ou trois écoutes pour ça. Pas ma préférée de l'album, mais c'est quand même loin d'être dégueulasse. Le Danny du titre est Danny Fields, manager du groupe à l'époque, et la chanson semble parler de la vie du groupe pendant les tournées, l'ennui...

Chinese Rocks : Chanson qui fut écrite par les Ramones en 1976, mais leur manager Tommy ne voulait pas de chansons aussi crues sur la came dans le répertoire du groupe (qui a pourtant des chansons telles que Now I Wanna Sniff Some Glue à son répertoire...), alors Chinese Rocks fut offerte aux Heartbreakers de Johnny Thunders (et se trouve sur leur album L.A.M.F. de 1977). Spector a apparemment convaincu (ou obligé) les Ramones de la reprendre, de la chanter, enfin, et le résultat est une des meilleures chansons de l'album. Excellente collision entre la bagnole Ramones et le mur du son spectorien !

The Return Of Jackie And Judy : Une sorte de suite à Judy Is A Punk, ancienne chanson des Ramones. Musicalement, l'alliance forcée entre le son spectorien et le son Ramones est encore une fois étonnante, sympathique comme tout, un peu kitsch quand même, et les paroles, qui citent ouvertement le nom du groupe (autopublicité, pas mal comme procédé), sont aussi connes que rigolotes. Il manque un ou deux gabba-gabba-hey ! pour couronner le tout, mais sinon, malgré le son Spector, cette chanson est du pur Ramones.

Let's Go : La face A s'achevait sur un Let's Go on ne peut plus simpliste, malgré les arrangements 'mur du son' de Spector qui rendent le tout assez cacophonique (dans le pire des cas) ou étonnant (au mieux). Joey Ramone en forme pour une chanson brutale, punk et speedée, aussi subtile qu'une bombe à eau remplie de pisse, mais quand même assez sympa. Loin d'être une grande chanson, mais ça passe quand même la rampe.

Baby I Love You : Une reprise des Ronettes, le girl-group de Ronnie Spector, qui fut la femme de Phil, qui produisit (et même mieux : créa) ce groupe des années 60. On imagine aisément Spector imposer par la gentille force des armes à feu une reprise de cette chanson, sur laquelle on entend un nuage de violons. Ouvrant la face B, cette reprise de Baby I Love You permet surtout d'entendre Joey, le reste du groupe étant aux abonnés absents, ou presque (c'est peut-être Marky Ramone qui joue de la batterie, mais j'entend peu de guitare, et Dee Dee a toujours dit ne jamais avoir enregistré une seule note de basse sur l'album). Que dire ? Musicalement, ce n'est pas honteux, c'est même pas mal, mais entendre un groupe tel que les Ramones reprendre une chanson aussi mièvre et dégoulinante, c'est, quelque part, dégradant pour eux. Il paraît que certains fans ne s'en sont toujours pas remis. Je suis bien content de ne pas être fan, au moins, je peux me marrer à écouter cette chanson sans me dire qu'ils ont tout foutu en l'air en bossant avec ce fou de Spector.

I Can't Make It On Time : Très kitsch, cette chanson, et en tant que telle, pas vraiment nulle, pas vraiment mauvaise. I Can't Make It On Time, avec son ambiance 60's assez amusante, très American Graffiti, est une chanson cependant assez moyenne. Comme pour Let's Go, pas grand chose à dire, c'est passe-partout et franchement mineur, mais ça se laisse écouter.

This Ain't Havana : Suite de la chanson Havana Affair, This Ain't Havana est une bouse de plus qui, entre la production bien lourde et chargée et des paroles stupides (le refrain : Ba-ba-banana, this ain't Havana, do you like bananas, ba-ba-bananas ?), pose la barre très haut dans le registre de la nullité nanardeuse. Bref, je préfère m'arrêter là plutôt que de devenir insultant en continuant de parler de cette 'chanson' !

Rock'n'Roll High School : Musique du film du même nom, un film d'humour camp à l'américaine, et franchement pourri. Mais on s'en fout, ici, du niveau du film, puisque c'est de la chanson qu'il s'agit ! Une chanson bien pourrie, je trouve, mais qui aura un certain petit succès. Je ne sais pas pourquoi, mais je n'ai jamais pu m'empêcher de penser aux Forbans en entendant cette chanson, sans doute le refrain (wop wop, Rock'n'roll high school, wop wop, oh baby). Ca me fait aussi penser au générique de la série de dessins animés TV Lucky Luke, bonjour les références... Tout ça pour dire que je trouve cette chanson atroce et stupide.

All The Way : Probablement la meilleure chanson de la face B, ce qui ne veut pas forcément dire grand chose. En effet, All The Way est quand même assez moyenne, mineure, une chanson qui ne vole franchement pas haut, est même un peu lassante au bout du compte. Joey chante bien, de sa fameuse voix narquoise, et les arrangements spectoriens sont pas mal. Mais les chansons de la première face sont nettement meilleures, quand même.

High Risk Insurance : Une grosse bouse bien pourrie pour finir le disque, ça vous tente ? Non, je dis ça, parce que c'est malheureusement le cas de High Risk Insurance. Cette chanson achève le disque vinyle (en CD, il y à des bonus-tracks pas terribles), et est une des plus mauvaises de l'album. Une chanson heureusement court, car elle est d'une nullité confondante, telle qu'à côté, les précédentes passent pour des chefs d'oeuvre. Dieu que c'est moche !!!

Album enregistré dans la douleur par un groupe plus ou moins piégé, dans le studio/bunker de Spector, par un producteur malade et alcoolo qui les braquait  de son flingue pour les forcer à refaire des prises, ou pour les empêcher de quitter les lieux, End Of The Century est plus un album solo virtuel de Joey Ramone (chanteur du groupe) qu'autre chose. Les Ramones jouent dessus, même si Dee Dee (bassiste) dira par la suite qu'il ne se souvienne pas avoir enregistré une seule note de basse pendant l'enregistrement. Entre lui et Spector, des altercations violentes, d'ailleurs. Au final,un disque inégal mais assez sympa, comptant de très grandes chansons, surtout sur la première face, et aussi des trucs vraiment immondes (sur la face B). Pas le sommet du siècle, pas un ratage, mais un disque correct et amusant. Et assez essentiel, car cette collision entre le son simpliste des 'faux frères' et le 'mur du son' de Spector est assez incroyable, parfois.