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Pour ce nouveau Track-by-track, un sommet absolu de rock, sorti en 1994, premier et unique album studio de Jeff Buckley (fils de Tim Buckley, un immense artiste folk américain mort trop tôt) : Grace. Buckley Jr, comme son père, mourra top tôt, connement, en 1997 (ou 1998 ?), noyé dans le Mississippi. Comme son père, qu'il n'a pour ainsi dire pas connu (Tim est mort en 1975 overdose, Jeff était jeune gosse, sa mère l'élevait un peu à part des dérives droguées de son père), Jeff avait une voix d'or, magnifique, et savait bien s'en servir. Grace, qui porte bien son nom, en est l'exemple parfait, et cet album, le voici :

Mojo Pin : Intro fantastique pour une de mes chansons préférées de l'album (et en général), ce Mojo Pin commençant calmement, doucement, intro assez aérienne. On entend la voix de Jeff, faisant des vocalises, avec quelques arpèges de guitare en accompagnement. Puis, la chanson démarre, lentement, calmement, le son de guitare couplé avec la voix de rossignol de Jeff donne à l'ensemble des allures magnifiques. Le morceau finit par s'emballer dans le final. Dans un sens, c'est dommage, car Mojo Pin est vraiment magnifique quand il va à 2 à l'heure. Mais, en même temps, ce final destroy est vraiment magnifique, donc ce n'est pas forcément si dommage que ça ! Su-per-be chanson.

Grace : Arpèges sublimes en guise d'intro, et riff bien pop et sympathique, léger, sautillant, pour aller avec. Grace est une des chansons les plus connues et réussies de l'album, une chanson qui, comme l'album, porte bien son nom, car elle est vraiment gracieuse. Toujours la sublime voix de Jeff, qui hérite donc bien de son papounet de ce côté, et une mélodie juste imparable, pour faire de cette chanson un classique absolu des années 90 (et de toujours, en fait) ! 

Last Goodbye : Encore une grande chanson pop/rock, à la fois tendre et énergique, jamais violente (seules deux chansons de l'album sont vraiment violentes, So Real et Eternal Life, et encore, So Real n'est pas vraiment violente, juste très nerveuse), comportant un ou deux passages assez enlevés et, pour le reste, d'une douceur magnifique. Et, vraiment, je sais que je me répête, mais la voix de Jeff fait vraiment des miracles... Au final, pas grand chose à dire sur Last Goodbye, c'est une chanson aussi parfaite que les deux précédentes, et que les suivantes.

Lilac Wine : Une des chansons les plus calmes, douces, tendres, lyriques aussi, et tristes, de Grace. Lilac Wine est une chanson magnifique, même si elle ne sera jamais dans mes préférées de l'album (elle est un peu plombante, je le reconnais, et je préfère des chansons alternant entre douceur et énergie, comme Dream Brother ou Mojo Pin). Comme toujours, ici, la voix et la guitare de Buckley Jr font tout, et les paroles, bien que tristounettes, sont sublimes. Excellents arrangements, ce qui ne gâche rien, au contraire. Remarquable chanson.

So Real : Retour à un son plus rock, plus vif, avec So Real, autre grande chanson faisant partie de mes préférées de Grace. Là, c'est du lourd, même s'il y à plus violent encore sur le disque. Mais So Real est largement l'inverse de Lilac Wine ou des trois chansons qui suivent sur l'album !! Chant plus énergique, Buckley braille en fait plus qu'il ne chante dans les refrains, et notamment dans le final, dans lequel il se lâche vraiment. Ce qui peut, à la longue, sembler légèrement éreintant, mais la chanson est quand même excellente, alternance entre furie et calme. Remarquable, une fois de plus, mais le meilleur de l'album reste à venir !

Hallelujah : Immense reprise d'une chanson de Leonard Cohen, une chanson très religieuse, intense, mystique qui, en presque 7 minutes, impose définitivement Jeff Buckley comme LA voix des années 90. Que dire sur Hallelujah, qui n'a pas déjà été dit mille fois au moins ? Devant tant de beauté, je préfère me taire. Il faut écouter cette chanson, à tout prix. Comment ça, vous ne la connaissez pas encore ?

Lover, You Should've Come Over : 6,43 minutes de pur bonheur, une chanson soul, bluesy, gospel, religieuse (dans l'âme, pas dans le texte), purement magistrale. Malgré sa longueur, Lover, You Should've Come Over n'est jamais, jamais au grand jamais ennuyeuse, une des plus belles chansons de l'album. Le coeur de Grace avec la chanson précédente (et, aussi, la suivante, plus modeste de durée mais tout aussi belle, voire même encore plus belle) ! Difficile de parler de cette chanson, comme pour la précédente Hallelujah, il faut écouter, à tout prix !

Corpus Christi Carol : Reprise d'un air traditionnel très ancien et d'une mélodie de Benjamin Britten, Corpus Christi Carol est une chanson lyrique, courte, quasiment a capella, et très religieuse, quasiment mystique ici. C'est un des grands moments d'intensité de ce disque si magique. Ici, Jeff chante d'une voix très aiguë, religieuse (oui, ce terme est vraiment celui qui convient le mieux ici), habitée, et si le morceau est court (moins de 3 minutes), il n'en demeure pas moins exceptionnel. Beau à chialer dans sa bière.

Eternal Life : Changement radical de style, Eternal Life étant une furie hard-rock bien teigneuse, guitares en fusion, chant parfait et très enlevé, Buckley qui braille même par moments. Après la douceur des trois morceaux précédents, qui totalisent quand même 17 minutes (à peu près), ce titre est une monstruosité heavy qui n'aurait pas dépareillé sur un disque de Nirvana. Ce n'est pas grunge, plus metal mais très saignant !

Dream Brother : Une de mes grandes préférées de l'album, rien que ça. Et, en fait, pour deux choses : l'ambiance planant, étrange, un petit peu orientalisante, et le bridge instrumental, grandiose, dans lequel on entend, à plusieurs reprises, et joué de plus en plus fortement, un air de guitare, effet totalement grandiose. Sinon ? Dream Brother, qui était le final de l'album à la base, du moins il me semble, est une chanson admirable, Jeff la chante parfaitement, la mélodie est intense et inoubliable... Un sommet de plus !

Forget Her : Il ne me semble donc pas que cette chanson se trouvait sur l'album à sa sortie en 1994 (il n'est pas crédité sur le disque en lui-même, juste au dos du CD, et est sorti en single probablement en même temps que Grace), mais il se trouve sur le CD trouvable actuellement, donc, je l'aborde. Cette chanson fait passer l'album à une durée de 57 minutes, et elle est juste admirable. Assez douce, un peu comme Grace ou Last Goodbye, avec un peu plus d'energie vers sa conclusion, mais dans l'ensemble, Forget Her est une chanson vraiment douce, idéale pour une sortie single (ça tombe bien, donc, car elle est sortie en single !) et pour finir l'album. Magnifique.

 Alors, que dire, pour finir, sur Grace ? Que c'est un sommet qui, en presque une heure de temps, ne lasse jamais l'auditeur, passant de la rock la plus endiablée à de la douceur folk ou même religieuse ? Que Jeff Buckley, parti trop tôt, possédait vraiment une voix du tonnerre de Dieu, bien utilisée ici ? Que ses musiciens (dont le guitariste Gary Lucas sur deux titres, les deux premiers) sont parfaits, que les chansons assurent, qu'elles soient reprises ou originales ? Que la production est immense ? Oui, merci, on savait déjà tout ça ! Pour moi, c'est clair, net, définitif, on tient ici le THE disque rock de la décennie 90, ni plus, ni moins !